A Londres, 1795. sans nom daiiteur, ni d'rditcur
La P^-ance devrait aclo])tor un Gouvernement qui ne fut ni précisément l'ancien, ni la Constitution de 1791 reconnue impraticable, ni a forme républicaine dont la nation ne tardera pas à être dégoûtée ; mais une constitution sag-ement appropriée à son caractère, ainsi qu'à la situation et à l'étendue de la France, suivant laquelle le Chef de l'Etat aurait assez de pouvoir pour régir une vaste domination, et les lois auraient assez d'empire et de stabilité pour modérer dans tous les cas l'exercice de ce pouvoir.
C'est alors que Montyon rentra en scène ; il était si peu clans les sentiments favorables qu'on lui a prêtés relativement aux doctrines des constitutionnels, que la conclusion de' Galonné l'indigna ; il résolut de protester, au nom de l'ancien Conseil du roi, contre ce qu'il considérait comme la subversion de tous les principes ; au mois de mars 1796, il fît donc un Rapport à Sa Majesté Louis XVIII, roi de France et de Navarre '. Voici la lettre au roi qui sert d'introduction à l'ouvrage :
Mars 1796 Sire,
Comme l'Ancien de vos Conseillers d'Etat retirés en Angleterre, je crois devoir mettre sous les yeux de Votre Majesté, un Ouvrage qui vient de paraître à Londres, intitulé : Tableau de l'Europe ; j'en rendrai compte à Votre Majesté, comme je le ferais dans son Conseil, si les circonstances permettaient de l'assembler.
Quoique dansle moment actuel, Votre Majesté ne puisse ni récompenser, ni punir, le jugement qu'elle porte n'en est pas moins respectable aux yeux de ses sujets fidèles ; et l'approbation ou l'improbation de Votre Majesté doit être précieuse ou formidable pour tout Français sensible à l'honneur.
II n'est pas nécessaire que Votre Majesté prenne la peine de me répondre ; mon zèle n'a pas besoin dune marque débouté pour remplir un devoir.
Je mets aux pieds de Votre Majesté, l'hommage du plus profond respect.
1. A Londres, 1796, sans nom d'auteur, ni d'éditeur. Montyon publia aussi, vers le même temps, à Londres, cliez Dulonchamp, un pamphlet de douze pag:es, intitulé Jugement de la Hépiihlique française par un citoyen ignorant et dont on retrouve plusieurs manuscrits corrif^és de sa main, aux Àrcfiives de l'Assistance Publique. C'est un petit ouvrage où il y a bien de l'esprit.
Le livre qui suit et qui ne comprend pas moins de 316 pages, présente une série de critiques des assertions de Galonné, et, par voie de conséquence, un exposé très documenté et très complet de la théorie contenue dans le manifeste royal de juillet 1795, et que nous avons analysée plus haut. Avec Louis XVIII, Montyon affirme l'existence d'une constitution française, et la nécessité de la rétablir dans son intégralité, tout en supprimant « les abus ».
La Constitution est écrite, dit-il, dans les « lois fondamentales qui créent des pouvoirs et les limitent, soumettent le citoyen à la loi et non au roi, et en lui imposant des devoirs, lui donnent des droits ». Ces droits, imprescriptibles et intangibles, sont : la liberté de tous les sujets du Roi, d'ailleurs divisés en trois ordres ; le droit de consentir l'impôt ; le droit de consentir la dépense ; le droit de consentir l'emprunt ; le droit de coopérer à l'établissement des lois nouvelles ; comme corollaire, le droit d'être représenté dans les États Généraux. Parmi les « abus », Montyon énumère : la désuétude dans laquelle était tombé, au profit du seul pouvoir royal, l'exercice de tous les droits ci-dessus, sauf peut-être le droit à la liberté ; l'usage qui s'était introduit de briser dans des lits de justice, jusqu'à la résistance des Parlements, devenus pourtant les seuls gardiens de la Constitution ; l'inaction de la noblesse, dont les privilèges n'étaient plus compensés par des services ; la mauvaise répartition de l'impôt; l'arbitraire des dépenses royales, toujours confondues avec celles de l'Etat ; la multiplication des gros traitements et des pensions, etc., etc.
Chacun de ces abus peut être corrigé par une loi spéciale, dont Montyon trace d'avance l'exposé de motifs et les principales dispositions ; quant aux lois fondamentales, étant, de leur nature, immuables, elles méritent qu'on les rétablisse, même contre le vieu de la nation et sans un changement.
D'après ce court résumé on aperçoit déjà que le Rapport nu roi n'autorise pas le moins du monde les rapprochements qui ont été faits entre Montyon et les monarchiens. Traditionnaliste en 1789, Montyon le demeure en 1795 : sa politique reste d'autant plus rétrograde qu'elle s'appuie non point sur des cou-
tûmes régnantes, mais sur des principes abandonnés depuis près de trois siècles, et dont un corps de spécialistes comme lui gardaient seuls la science et la vénération.
Si respectueux qu'il fût de Tancienne royauté, le Mémoire au Roi ne laissa- pourtant pas de mécontenter la société émigrée et valut à son auteur des reproches ou des affronts renouvelés de ceux dont on avait abreuvé Lally-Tollendal. A première vue, le fait surprend ; on se demande quelle relation plausible pouvait être établie entre des doctrines tendant à la création d'un gouvernement copié sur la monarchie anglaise, et des opinions qui inclinaient vers une restauration ])ure et simple de l'ancienne monarchie française. Mais à l'examen, il apparaît que Montyon dut, en effet, heurter par le détail et par les passages concrets de son ouvrage, les préjugés, les sentiments, peut-être même les intérêts de ses compagnons dexil. Tout en courant, sa plume avait rencontré maints sujets brûlants ; un auteur prudent les eût évités. Lui, les a^ait aboi'dés de front; emporté par sa nature ardente et mal disciplinée. 'du moins dès qu'il s'agissait de bonne foi ou de justice, il s'était mis :'une fois de plus sur le pied d'un redresseur des torts. Sait-on, par exemple, comment cet ami de l'ancienne constitution entend la réforme de l'impôt ? Déjà imbu de l'idée qu'une relation de dépendance existe entre la science des mœurs et celle des richesses, et que la première doit commandev à la seconde, il écrit gravement :
La loi de 179b, qui ordonne que tous les impôts seront supportés par tous dans la proportion de leurs propriétés, cette loi *[irésentée à la Nation comme une innovation bienfaisante du Républicanisme, dans la réalité, n'est ni une innovation, ni peut-être une règle suffisamment équitable. Déjà le feu roi Louis XVI avait marqué ses intentions sur cette égalité (Uimpôt ; mais d'après les lumières qu'a iicquises noti-e siècle sur les principes de toute contrijjution, il serait à désirer, pour qu'une justice entière fût rendue à la pauvreté, que l'impôt ne portât que sur les possessions qui forment un superflu, ou du moins que cet impôt fût établi de préférence à tout autre. Cette taxe même ne devrait pas être dans une simple proportion numérique, mais dans une proportion morale et politique, en sorte
MONTYON PENDANT L ÉMIGRATION Si3
que rini()6l fût gradué suivant le préjudice qui résulte pour l'Etal des divers genres de luxe.
Ce système d"impôt a été et est admis chez les peuples qui ont des lumières et la volonté d'être justes.
A Athènes, un revenu de cinq cents mesures de grains payait un talent ; trois cents mesures, un demi-talent, et deux cents mesures, un sixième de talent ; un revenu inférieur ne payait rien.
A Rome, dans les crises de l'Etat, les sénateurs se taxaient dans une proportion plus forte que celle des autres citoyens ; il y eut même des occasions oîi ils exemptèrent le peuple de tout impôt, déclarant que les pauvres payaient une assez forte contribution à l'Etat en élevant leurs enfants.
En Angleterre, la plus grande partie des impôts porte sur les jouissances de la consommation du luxe.
Sait-on encore de quelle manière Montyon prétendait assurer la stabilité de la monarchie, une fois celle-ci rétablie? Il disait :
Depuis que la Religion, par le progrès des lumières, a cessé d'être le motif ou le prétexte des guerres entre les Etats, et des attentats entre les individus ; depuis que les mœurs adoucies ont banni des sociétés civilisées les injustices et les violences sans objet, il n'existe plus qu'un sujet de division politique, c'est la propriété, ou, pour parler le langage du commerce et des gouvernements, c'est l'argent, signe et gage de la propriété. L'argent est le premier des intérêts, et le plus fort des agents dans la lutte des nations, et dans l'intérieur de chacune d'elles ; c'est encore le plus puissant des ressorts, et l'objet pour lequel ces ressorts sont mis en mouvement ; c'est pour obtenir l'argent que les gouvernements oppriment ; c'est pour le défendre que les peuples se portent à l'insurrection ; c'est souvent par la corruption des représentants du peuple que les gouvernements parviennent à faire exécuter leurs volontés ; et ainsi, c'est par l'argent qu'on obtient l'argent ; c'est par les besoins d'argent que la France a péri ; et quels que soient les revirements opérés par la transmission du produit des impôts exigés du citoyen comme contribuable, entre les mains du citoyen comme créancier, tout Etat qui est grevé d'une grande dette, porte en lui-même un germe de destruction.
Ainsi la finance étant aujourd'hui l'élément de tout gouvernement, c'est par elle que la stabilité de l'Assemblée de la nation doit être assurée.
Si la finance est l'élément du gouvernement, la dépense est lélément de la finance; cette partie commande à toutes les autres, nécessite les impôts et les emprunts, ou en dispense ; réformer les abus dans la dépense est le moyen le plus sûr, et peut-être le moyen unique de rectifier toute la finance. Ainsi, le germe du désordre des finances, le motif des injustices du gouvernement, la cause de la subversion de l'Etat seraient déracinés, si la destination des fonds pulilics était sagement ordonnée. Il sera donc nécessaire de déterminer par une loi, concertée avec les représentants de la nation, et qui ne serait révocable que par leur consentement, si les fonds destinés à l'acquit des dettes de l'Etat ou de ses charges, ou à la représentation personnelle du Roi, ne doivent plus être confondus ; si chaque année les fonds des divers départements doivent être assignés par le concours du Roi et de la nation ; si, par la même voie, la subdivision de ces fonds doit êti-e faite dans chacun de ces départements entre la solde des agents employés par le département, le traitement des administrateurs, l'achat des matériaux, et autres objets ; si le nombre des emplois et le traitement de chacun d'eux devra être déterminé ; si tout achat de matériaux, si toute confection d'ouvrages sera, lorsque l'objet en est susceptible, réglé par devis et adjugé par enchères, si la somme totale des pensions sera déterminée annuellement, avec distribution par départements, le taux le plus haut de chaque grade étant limité à une pension, et n'étant plus un (Ion qui accroisse la fortune, mais un secours accordé aux besoins de l'homme qui a bien mérité de l'Etat ; s'il doit être permis d'avoir deux traitements ou deux pensions, ou traitement et pension ; si le montant des dépenses secrètes doit être déterminé, et si la réalité doit en être attestée par le serment du ministre, etc., etc.
Excellenls avis, en vérité, et qui attestent que l'auteur du Rapport eût fait un habile ministre des finances, sous n'importe quel gouvernement. Mais on conçoit que les émigrés les aient peu goûtés, el par exemple, on imagine mal le livre de Monlyon tombant entre les mains de cette M™'^ de Monregard, à laquelle il arriva de prononcer le mot fameux : « Les abus, dans l'ancien régime, hé 1 n'était-ce pas ce qu'il y avait de meilleur? »
Aussi bien, l'ouvrage contenait de quoi irriter ceux-là mêmes qu'une discussion purement économique ou financière n'aurait peut-être pas touchés, et voici notamment dans quels termes s'y trouvait condamné l'esprit de parti :
MONTYON PENDANT l'ÉMIGRATION 31")
Je ne dissimulerai point à Votre Majesté que je ne puis adopter cet esprit de parti qui voue haine à tout le parti conti-aire, et en criminalise tous les sectateurs ; il me semble qu'on ne considère pas assez quel empire prend une opinion présentée avec éloquence sur un esprit qui n'est pas en état déjuger par lui-même ; quel ascendent un sentiment accrédité acquiert sur une âme faible, et comme, dans tous les temps et sur tous les objets, le préjugé, la passion el l'esprit de parti ont falsifié les idées du juste et de l'injuste. J'en prends à témoin l'homme qui a le mieux connu l'homme dans l'état de trouble et de faction : « Les hommes ne se sentent pas (dit le cardinal de Retz) dans ces sortes de fièvres d'Etat, qui tiennent de la frénésie ; je connaissais en ce temps des gens de bien, qui étaient persuadés jusqu'au martyre, s'il eût été nécessaire, de la justice et de la cause de MM. les Princes ; j'en connaissais d'autres d'une vertu désintéressée et consommée, qui fussent morts avec joie pour la défense de celle de la Cour. » Si telle a été l'exagération de la passion dans cette guerre qui fut plutôt une tracasserie de Cour qu'une dissension nationale, aujourd'hui que de plus grands intérêts nous agitent, il est facile de concevoir l'excès du délire ; et on ne doit pas s'étonner si, dans quelque Français, la haine même est un elfet de la vertu. Quant à moi, j'ai peine à rompre ces liens, h renoncer à ces afîections qui, ayant commencé avec mon existence, semblent se confondre avec les sentiments de la nature ; et dans ces Républicains devenus mes persécuteurs, j'aperçois encore mes concitoyens. Je ne dissimule pas que sous ce nom de Français dont longtem|)S je m'honorai, il existe encore, même au sein de la République, des hommes réellement estimables ; l'amour de l'humanité et de la Patrie, l'idée de rendre l'homme aussi heureux que le comporte l'état social, le projet de faire régner la justice la plus exacte et de supprimer tous les abus ; ces idées sont si grandes, ces sentiments si nobles, qu'il est possible que leur exaltation, égarant des âmes pures, ait fait considérer des injustices comme des sacrifices nécessaires de l'intérêt particulier à l'intérêt général, et des actions désavouées par la raison et par la morale, comme légitimées par le patriotisme...
Tous les Parlements du royaume ont professé une grande partie de ces principes qu'un zèle inconsidéré flétrit dans la bouche des Républicains. Dans une des assemblées du Parlement de Paris les plus solennelles, M. Talon, avocat général, aussi célèbre par son éloquence ({ue par ses vertus, a établi des règles de lil)erté civique
aussi hardies, aussi étendues que la plupart de celles établies dans ces derniers temps.
Souvent j'ai entendu dans les Conseils des rois vos prédécesseurs, défendre les droits des peuples, fixer les limites de la puissance royale, et réclamer le pacte social, non dans les mêmes termes que dans les clubs, mais avec le même vœu d'équité; et la vérité, pour être revêtue des formes de la politesse et du respect, ne perd rien de sa pureté ni de son énergie. Ce n'est que par une imposture insidieuse, par la dissimulation des lois existantes, par l'exagéi-ation évidente des torts du gouvernement et par la confusion de l'abus et des principes qu'on a persuadé à une multitude ignorante qu'elle doit ses droits à la Révolution.
Je proteste que dans tout homme je reconnais un frère ; que je m'honore du nom de citoyen, et que j'en défendrai les droits tant que j'existerai ; que j'abhorre le despotisme, et que nul plus que moi ne mérite le titre de patriote ; car pourquoi céder à un fanatisme coupable un titre qui exprime un devoir et une vertu"? mais à ce titre même, je suis sujet fidèle de Votre Majesté ; j'aime mon roi. parce que j'aime ma Patrie ; et c'est le désir du bonheur de ma nation et de mon bonheur personnel qui m'attache indissolublement à la monarchie.
On a dit que dans ces paj^es souvent citées, Moutyon ne laissait à la Révolution rien de ce qu'il pouvait lui reprendre, au nom de Tancienne royauté. Gela est juste ; mais les émig-rès tenaient que tout rapprochement même théorique entre les deux rég'imes constituait une hérésie ; Montyon eut beau affirmer son orthodoxie, il eut beau rappeler que son ouvrage contenait, à l'égard de la République ' et des républicains^, des apprécia-
1. « Cet étal que je ne puis nommer qu'avec répugnance, la République française », dit-il. à la page 10.
2. Voici comment il arrang e les hommes au pouvoir : « Les tyrans de la France n'ont d'asile que dans le régime vicieux qu'ils ont adopté: hé, que leur importent les malheurs de leur patrie et ra\'enir, pourvu que quelques moments de plus ils existent et ils régnent. Un député de l'Assemblée nationale, ou de la Convention a dit : Je suis athée. Un autre a dit: un apothicaire vous défera du fils de Louis XVI. Ces propos ont été tenus publiquement en s'adressent à rassemblée. Les deux députés n'ont été ni punis, ni exclus de l'assemblée ; dès lors son secret est révélé, ses principes sont connus. Un Dieu, un Roi, une Nation, tout sera sacrifié pour ses intérêts particuliers. Fermer les temples ou placer une prostituée sur l'autel ; employer un bourreau ou du poison; allumer à dessein et sans in-
lions peu favorables, on le taxa quand même de libéralisme et des propos malsonnants coururent sur sa fidélité.
On peut croire qu'il fut très sensible à un semblable procédé ; mais il ne le fut pas moins à la réparation que Louis X\'1II résolut de lui accorder.
Ce prince se croyait à un tournant de sonexistence politique ; le commencement de l'année 1796 avait été marqué par les premières défaites des armées républicaines ; à Paris, un vif mécontentement se manifestait contre le Directoire. Le temps semblait venu des tractations, et, par suite, des concessions ; le souci de gagner des républicains ' remplaça le soin que l'on prenait aupai-avant de ménager les émigrés. Dans ces sentiments, Louis XMII trouva le rapport de Montyon excellent : il le fit impi'imer aux frais d'une cassette qui n'avait plus de royal que le nom ; puis il adressa à l'auteur ce billet écrit entièrement de sa main :
A lîhuikenburg-, le 17 octobre 1796.
Quoique vous soyez, Monsieur, fort au-dessus des propos aux- (juels votre réfutation du Tableau de l'Europe vient de vous exposer, je saisis cependant cette occasion pour vous témoigner la satisfaction que m'inspirent la probité, le désintéressement, l'attache-
lérêt national la guerre dans toute l'Europe, faire périr plusieurs millions de Citoyens par le fer ou par la misère ; ce sont des moyens dont le choix est indiUérent à la sublimité des vues des prétendus Représentants de la Nation fp. 176 du Rapport au Roi et la noie p. 28 4 .
Dans une autre note, voici ce qu'il dit de l'honneur que l'on fil à Rousseau, en transportant sa dépouille au Panthéon : <■■ Rousseau a abandonné à J.yon son ami tombé évanoui et dans le plus grand danger, tandis (|ue les plus légers soins suffisaient pour lui cf>nserver la vie ; étant d(jmeslic(ue, il a volé, a accusé son camarade du vol et l'a perdu ; père de plusieurs enfants il a laissé leur existence au hasard; et par le plus grand et le plus coupable des \ols, a privé ses enfants de leur étal et a manqué au premier devoir que prescrit la nature. Tel est le Dieu de la République Française, ou du moins l'homme qu'elle vénère comme son fondateur et tju'ellc a placé au premier rang dans son temple » (p. 283).
On voit ce qu'il faut penser des couplets faciles dans lesquels certains biographes, plus prompts à écrire qu'à étudier, prennent dix lignes th; .Montyon, les rapprochent de dix lignes de Rousseau, et concluent à une parenté d'esprits.
l. Sur les négociations entamées, à cette époque, par Louis .WllI a\ec desmembresdulparti républicain, voiries déclarationsde Duvei'ncde l'resle, dans Bûchez et Roux, xxxvu, p. 43" à ii5.
ment à vos devoirs dont vous avez toujours fait profession, ainsi que la fidélité à votre souverain et le zèle pour mon service, dont vous avez donné, depuis la révolution, des preuves constantes.
Soyez persuadé. Monsieur, de tous mes sentiments pour vous.
Louis
Monlyon, comme on pense, lira quelque vanité de ce royal satisfecit : il en fît trophée, auprès des émigrés ', et se fortifia lui-même dans l'idée qu'il était né pour conseiller les princes et enseif^ner les peuples. Ce ne fut pourtant pas un prince, ce fut Bonaparte qui lui offrit Foccasion de renouveler l'exposé de ses vues politiques, en même temps que d'en vérifier la justesse. En 1796, à la page 167 du Rapport au Roi, Montyon avait écrit :
Quand même les Finançais, méconnaissant tout ce qui les avertit (juils ne peuvent être Républicains, auraient la malheureuse constance de vouloir toujours porter ce titre, ils ne tarderaient pas à le perdre, malgré eux ; parce que la France étant obligée d'avoir de grandes armées, ces armées étant souvent hors du territoire français, les mêmes hommes devant, suivant les principes actuels de la guerre, être longtemps sous les armes, ces hommes prendraient l'esprit militaire, qui se concilie mal avec l'esprit civique ; s'attacheraient aux Généraux auxquels ils devraient des victoires, et ne tarderaient pas à recevoir leurs ordres, de préférence à ceux de la République ; et, avant un long temps, un Général Républicain serait t;"ansformé en Roi, et un Roi fait par l'épée est funeste à la liberté, parce qu'il est intéressé. à détruire les lois qui lui sont contraires, tandis qu'un Roi légitime est intéressé à leur maintien, parce qu'il règne par elles.
Trois ans après, le 18 brumaire an ^'1II, Bonaparte exécuta la première partie de ce programme divinateur ; le 18 pluviôse de la même année, la France exécuta la seconde partie, en acceptant des mains du général victorieux une constitution
1. Dans les nombreuses listes manuscrites qui! a laissées de ses ouvrages, il est rare que Montyon ne fasse pas suivre la mention du Rapport au Roi, de quelques lignes analysant la lettre approbative de Louis X^'1II. Archives niiliomiles, F"'" 6034, et Archives de l'Assislniice Publique.
captieuse, et en se donnant, sous le nom de premier consul, « un maître plus puissant que ne l'avait été Louis X\'I sous la constitution de 1789-1791 < ».
A la dilFérence des faiseurs d'oracles que réjouit d'ordinaire l'accomplissement de leurs prédictions, Montyon accueillit fort mal la nouvelle d'un, semblable événement. Son indignation fut grande de voir qu'un étrang-er -, un plébéien, allait entreprendre la besog'ne de contre-révolution, pour laquelle le roi de France semblait exclusivement désigné ; de même que nous l'avons vu disputant aux hommes de 1789 et de 1792 la propriété de certaines idées libérales, qui n'étaient point en eflet si nouvelles, nous pourrions donc montrer maintenant un Montyon courroucé, nerveux, intrépide, défendant presque à Sieyès et à Bonaparte de se mêler d'une affaire qui ne les regarde point, revendiquant pour Louis X\'in le monopole des principes d'ordre et des mesures d'apaisement.
Mais nous nous garderons d'analyser par le détail la longue et minutieuse critique qu'il donna de la constitution de l'an \'II1, sous le lilre de Examen de hi constitution de France de / 7.9.9 et comparaison avec la constitution monarchique de cet état "*. Nous nous bornerons à en reproduire le .morceau de bravoure, qui commence par une citation de Montesquieu :
Ce fut un assez teau spectacle dans le siècle passé de voir les efforts impuissants des Anglais pour établir parmi eux la démocratie. Comme ceux qui avaient part aux affaires n'avaient point de