Montesquieu, Esprit des Lois. liv. III, chap. ni
2. Si peu intéressant que soit Sieyès, il convient de le laver ici dune faute qu'il n'a pas commise. Telle qu'il l'avait conçue et préparée, la Conslitiilion (le l'an VIII eut été libérale voir Aulard. op. cit.. p. 708 et 709, et le* notes : mais Bonaparte ne fit littéralement qu'une bouchée des {jaranties de liberté qui avaient été prodiguées dans le piojet primitif, et l'on peut dire que telle qu'elle a fonctionné, et telle quelle a été acceptée, cette constitution est son œuvre.
3. .\près Necker, Sieyès est un des hommes que Montyon détesta le plus furieusement. Peut-être l'avait-il connu, avant la Révolution, chez M"" Necker et de Genlis, où labbé fréquenta en compagnie d'autres futurs conventionnels, et chez deux ecclésiastiques en renom, l'abbé Gros (le Besplas, aumônier du comte de Provence, et l'abbé Armand de Chahan. aumônier du comte d'Artois voir Albéric Xéton. Sieyès, p. 21^ Après la Révolution, il le suivit de loin et recueillit sur lui des notes ([ui
médiocre. Montyon lui-même néglig^e de le mentionner dans les listes qu'il a établies de ses différents ouvrages, et rien ne montre qu'il ait mis à le répandre un zèle bien considérable. Peut-être l'histoire de sa vie dans les deux ou trois années qui vont suivre nous livrera-t-elle le secret de cette discrétion.
Aussitôt après le coup d'Ktat de brumaire, des mesures gracieuses avaient été prises par le gouvernement de Bonaparte envers une partie des exilés. Les déportés du 18 fructidor, d'abord, les constitutionnels, ensuite, avaient été admis à la réintégration, sous prétexte qu'ils ne s'étaient jamais armés contre la République. Deux ans après, ce prétevle lui-même parut inutile ; on résolut d'ouvrir purement et simplement la frontière à tous les Français qui voudraient bien demander leur radiation de la liste des émigrés, et prêter serment de fidélité à
iijrurent dans un manuscrit appartenant aux Archives de l'Assistance Publique el intitulé De queUfues personnages répulés principaux auteurs lie la liévnlulion. Ces notes ont été publiées, par M. Albert Maufrcr, dans le Temps du 16 novembre 1888; elles comprennent la copie d'une lettre — peut-être bien apocryphe — . dans laquelle Sieyès se défend contre l'accusation de versatilité, et prétend qu'il a toujours été monarchiste. A quoi Montyon répond:
" A quel parti tenait-il donc ? A l'en croire, il était royaliste ; il pensait que, dans toutes les hypothèses, la monarcliie était préférable à la République.
« Ce n'était pas Louis XVI qu'il voulait pour roi. puisqu'ilétaitdu nombre de ceux qui demandaient sa destitution. Qui voulait-il donc pour roi? d'Orléans. 11 me semble que ce n'est pas là interpréter sa réponse, puisqu'on ne voit pas qu'il put en faire une autre.
<• Tel est pourtant l'homme qui nous assure, dans la notice sur sa vie, qu'il n'a pas été pkis orléaniste que robespicrriste. Il est aussi peu croyable dans cette assertion que lorsqu'il assure aujourd'hui avoir été toute sa vie républicain. Dira-t-il qu'il mentait en 1791, lorsqu il se disait royaliste? Kh, qui nous répondra qu'il ne ment pas aujourd'hui? La vérité est que cel homme a toujours été et sera toujours du parti du plus fort. Il était royaliste. f,'rand \icaire, et chanoine, quand il y axait un roi et un ministre de la feuille des bénéfices. 11 tournait au calvinisme, quand il croyait que d'Orléans refînerait : il a été athée quand Anacharsis Clootz et Hébert ont proclamé l'athéisme: il s'est dit déiste sous Robespierre. Cette infâme versatilité est une preuve de plus que. dans le cœur d'un apostat, il n'y a que lâcheté, hypocrisie et fourberie. »