‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 195 sur 224 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

jours prêt à foncier son traditionnalisme sur des chilîres et des réalités ; on le retrouve éj^alenient dans l'ouvrage qu'il lit paraître en 1811, sous le litre : Exposé statistique du Tonkin, de la Cochinchine, du Cambodge, analyse aussi impersonnelle que possible des notions que Montyon avait recueillies sur cette région, dans les carnets d'un missionnaire français, le P. La Bissachère ',

1. N'oici le titre exact de cet ouvrage, dont Montyon revendique expressément la paternité dans les listes autojrraphes qu'il a laissées de ses publications : Exposé sfalislique du Tonkin, de la (^ochinchine, du Tsiampa. du Laos, du Lao T/io. par M. M.-N., sur la relation de M. La Bissactière, missionnaire dans le Tonliin. Londres, de l'Imprimerie de ^'oJïel et Schuize, 181], 2 vol. in-8.0nlit d'autre part, dans le Grand Dictionnaire Larousse, article La Bissacfière : <' Pierre-Jacques Lemonnier de La Bissachère, missionnaii-e français, né à Bourgueil, vers 1761, mort en 1830. Ordonné pi'étre de bonne heure, il remplit quelque temps les fonctions du ministère sacré, entra ensuite au séminaire des missions étranf^ères, et. en 1790, fut envoyé au Tonkin. Il y passa dix-sept ans, et échappa comme par miracle aux dangers sans nombi-c de la grande persécution qui commença en 179S, et qui dura quatre années. Le souverain légitime du Tonkin étant à cette époque remonté sur le trône, les missionnaires eurent toute facilité pouriJrécher l'Évangile, et pendant les sept années qui suivirent, La Bissachère parcourut toutes les provinces de la contrée, ainsi que les l'oyaumes voisins de Cochinchine, de Cambodge, de Laos, etc. Il était en grande faveur à la cour et avait même reçu le titre de mandarin. Il s'embarqua pour l'Europe en 1807, et arriva l'année suivante en Angleterre. Comme il se trouvait sans ressource, on lui conseilla de publier les matériaux qu'il avait recueillis pendant ses voyages, et qui ne ])ouvaicnt manquer d'exciter un grand intérêt, car ils avaient trait à des pays sur lesquels on ne possédait que des notions rares et inexactes. La Bissachère \ oulut suivre ce conseil, mais il avait perdu entièrement la facilité d'écrire en français et dut confier la rédaction de ces documents à M. de Montyon qui était alors à Londres. Celui-ci se conduisit dans cette circonstance d'une façon inexplicable pour un pareil philanthrope ; non seulement il fit au manuscrit des additions et des changements déplacés, mais il s'appropria la somme assez considérable payée par l'éditeur, et ne donna au véritable auteur que six exemplaires de son ouvrage. La Bissachère rentra en France en 1817, et revint au séxiiinaire des Missions Etrangères où il habita jusqu'à sa mort. »

Nous aurions voulu pouvoir vérifier ou discuter raccusation ainsi portée contre Montyon, dans un ouvrage qui a trop longtemps servi de gardemeuble à l'esprit français, et qui jouit encore d'une certaine notoriété. Mais les archives des Glissions Etrangères ayant été transportées hors de France, il nous a été impossible de consulter la correspondance dans laquelle La Bissachère fait, parait-il, allusion à ses démêlés avec Montyon. Nous avons seulement recueilli de la bouche du P. Launay, archiviste actuel des Missions, les deux affirmations suivantes : 1° Toute la première partie de l'article du Dictionnaire Lai-ousse, concernant les voyages et les mérites de La Bissachère relate des faits grossis et exagérés ; 2° La Bissachère a laissé aux Missions la réputation d'un homme de caractère difficile.

Au surplus, Montyon lui-même s'explique, dans l'introduction de l'ou-

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On le retrouve enfin dans les Particularités. Les Particularités et Observations sur les ministres des Finances de France, les plus célèbres depuis 1660, jusqu'en 1792, parurent, à Londres, en 1812'. C'est évidemment le chef-d'œuvre de Montyon, tant par la linesse des idées, que par l'heureuse sobriété delà forme. Aussi bien ne faut-il plus parler ici d'une production de vieillesse. La conception et les matériaux du livre datent delà jeunesse de Montyon, ou des années passées par lui dans la pratique de l'administration, et sans manquer à la chronologie, nous avons pu citer déjà certains portraits de labbé Terray et de Necker, tirés des notes préparatoires -.

Du point de vue littéraire, en effet, les Particularités constituent avant tout une galerie de portraits. Leur lecture a fait dire de l'auteur qu'il était un « portraitiste de la grande école » et rappelait souvent Saint-Simon •'. Cela nest pas tout à fait exact, ou plutôt cela se rapporterait mieux aux brouillons de l'ouvrage, qu'à cet ouvrage lui-même. \'if et primesautier, quand il ébauche, prompt en même temps aux coups de boutoir, et ne reculant guère devant les duretés, Montyon se piquait évidenmient de redevenir fin et discret, dès qu'il rédigeait en vue

vrage, sur sa collaboration avec le missionnaire : « Cette notice du Toiikin, écrit-il, a été obtenue par les mêmes moyens qui ont donné àlEurope les premiers renseignements certains sur la Chine. C'est une exposition de faits constatés par ^l. de La Bissachère, missionnaire français, le seul Européen qui, après avoir habité le Tonkin, réside actuellement en Europe. M. de la Bissachère a passé dix-huit années dans le Tonkin et la Cochinchine, les a parcourus dans toute leur étendue, ainsi que la plupart des pays adjacents. Il en entend et en parle la langue et a été en relations avec toutes les classes des habitants de ce pays. Père temporel, confident, conseil des chrétiens, qui, dans ces pays, sont en assez grand nombre, il a été en société avec les plus grands personnages de l'Etat, souvent en conférence avec les mandarins; il a eu lui-même un brevet de mandarin ; des Tonkinois ont été par ordre du gouvernement attachés à son service personnel; plusieurs fois, il a été admise laudience de l'Empereur. Sur des faits, sur lesquels il n'a pu fournir de notions, on en a eu indépendamment de lui par la communication de mémoires et de lettres de personnes, qui. ayant résidé dans ces contrées, ont eu part aux événements qui y sont survenus et, à tous les titres, méritent confiance. »

1. L'ouvrage fut publié, sans nom d'auteur, en un volume in-8". 11 fut réimprimé dans le même format, à Paris, chezLe Xormant, en 1S12. L'édition de Londres contient une Épilre dédiciUoire aux Mânes de W. Pitl, et quelques anecdotes, qui ont disparu de l'édition française. Nos citations seront empruntées à cette dernière.

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