F. Labour, op. cil., p
de l'impression. La pointe de son ironie el de sa malice se dis simulait alors sous un manteau de g-ravité; toutes griffes rentrées, il faisait délicieusement patte de velours. Est-ce un ennemi, ou si c'est un admirateur de Tur<,'-ot, qui a composé le fragment suivant ?
Il était d'une noblesse si antique et si illustre, qu'il en existe peu de pareilles dans la magistrature * ; et quoique cet avantage soit, avec liaison, de peu de considération en administration, il n'y est pas absolument nul : soit parce que le public croit toujours revoir les grands hommes dans leurs descendants, quand, par la déchéance de leurs qualités, ils ne mettent pas de grands obstacles à l'idée de cette représentation ; soit parce que dans ces descendants le souvenir des aïeux détourne des actions basses et malhonnêtes qui déshonol'eraient un nom célèbre.
L'état ecclésiastique fut la première carrière dans laquelle fut engagé M. Turgot, et, en théologie, il soutint des thèses, où il défendit avec éclat et succès des vérités, sur lesquelles, depuis, on l'a accusé d'avoir plus que des doutes. 11 renonça à cet état pour celui de la magistrature qui depuis longtemps était celui de sa famille ; mais il n'en goûta jamais les discussions épineuses, et chercha à s'en distraire par la littérature et les sciences. Il composa pour l'Encyclopédie plusieurs articles de métaphysique estimés ; el c'est là qu'il puisa le genre d'esprit, que, depuis, il a porté dans l'administration.
Par ailleurs, el du point de vue de la science économique, les Particularités offrent un tableau très complet, et en même temps très varié, des efforts tentés par les ministres des finances du xvni*^ siècle, pour donner à la France le crédit public, le budget régulier, le système d'impôts, dont elle n'était pas encore complètement munie. Tout est à lire dans ces pages claires, ordonnées, pleines de substance, et l'on conçoit mal que beaucoup d'auteurs aient pu raconter l'histoire intérieure de notre
1. « Non seulement M. Turgot comptait parmi ses aïeux de preux clicvaliei-s qui s'étaient signalés aux Croisades ; mais on faisait remonter son origine jusqu'à ces Danois, anciens conquérans de la Normandie, et même, on le faisait descendre d'un Togut, roi, environ mille ans a\ant l'ère chrétienne. » [Note de Montyon.)
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pays sans recourir à l'œuvre de Monlyon el sans le citer '. Ce que Monlvon nommait « un acte de justice envers les morts » dont il retrace l'existence administrative, mérite aujourd'hui de devenir, sinon la leçon des vivants, du moins des éléments de leur science ^.
Enfin, le livre forme un véritable répertoire danecdotes, el là n'est peut-être pas sa moindre orig-inalité : Monlyon nommait, en eiret, particularités, des traits de mœurs ou de caractère, qu'il avait lui-même saisis sur le vif, en observant ses personnages d ns le privé, le déshabillé, voire le débraillé : suivant une méthode qui, depuis lui, a fait fortune, il en plaçait la peinture, au bas des pages, sous la forme de notes sans prétention, el d'apparence fort innocente. Mais, au fond, il leur attribuait une véritable portée :
L'exposition des particularités inhérentes aux événements, dit-il, dans l'introduclion de son ouvrage, met en état d'en apprécier les auteurs, découvre par quelles voies ils sont parvenus aux grandes places, par quels moyens ils ont dirigé les destinées de leur nation, réussi ou échoué diuis leui's entreprises, à quel prix ils ont acheté l'honorable malheur de commander aux hommes. On a, du reste, attendu pour soumettre ces ministres à cette inspection qu'aucun d'eux n'existât, parce que, dans unedissection scientifique, il répugne à la sensibilité d'opérer sur un être vivant.
De fait, cette menue monnaie de l'histoire qui s'appelle l'anecdote, prend quelquefois avec Monlyon l'importance d'un gros appoint, tant il la choisit judicieusement, et tant il excelle à la mettre en valeur. Les quelques lignes suivantes, par exemple, quel jour nouveau n'ouvrent-elles pas, sur Turgotel les origines d'un grand ministère ?
Accoutumé à vivre flans la capitale avec des hommes savants el de beaucoup desprit, il se déplaisait à Limoges, où il ne pouvait trouver les mêmes avantages. Il en fut tiré par sa nomination au
1. Ainsi que nous l'avons déjà indiqué. I.ouis IManc fait exception et parait avoir beaucoup utilise les PnrlicnlHrités ilans la première partie de son Histoire de l:i Révolution.