‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 200 sur 224 · Archives de V Assistance Publique · texte numérisé non relu

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2. Le brouillon de cette lettre est ainsi conçu : « Monsieur, Honoré et flatté d'être élu membre de l'Académie des lîelles Lettres de Suède, je désire présenter à cet illustre corps rhommaj;e de ma reconnaissance et de mon respect, et je vous supplie d'ajouter à vos bontés pour moi

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Je ue sais s'il est convenable que je téinoif^ne moi-même à S. M. Suédoise ma reconnaissance pour l'agrément qu'elle a accordé et que je lui présente mon profond respect. Vous voudrez bien suppléer pour moi ce que vous croirez convenable.

Depuis douze ans, je suis absolument étranger aux aiïaires et je n'apprends ce qui se passe dans la malheureuse Europe que par les papiers publics.

J'ai quatre-vingts ans, et j'ai voulu mourir avant de me faire enterrer, ou du moins, pour parler moins sentencieusement, j'ai voulu conserver pour moi la dernière partie d'une vie dont j'ai consacré à la société la partie qui pouvait valoir le mieux.

Je prends cependant toujours grand intérêt à ce qui peut contribuer au bonheur de l'humanité et j'apprends avec une grande satisfaction les fonctions importantes confiées à votre administration : les honnêtes gens sont citoyens du monde et ne sont point arrêtés dans leurs affections par les partitions nationales. D'ailleurs d'après l'adoption que l'Académie a bien voulu faire de moi, je suis un demisuédois. Est-ce un titre pour me permettre quelques réflexions sur les objets de votre département ?...

Suivent deux longues pages , touchant la religion, que Monlyon déclare « le ciment de la morale nationale », l'éducation 'publique dans laquelle il voudrait que l'on fît appel à « la sagacité » plutôt qu'à la mémoire, etc., etc.

Montyon termine comme suit :

Je suis très flatté des marques de souvenir de Madame la baronne de Staël. Il y a eu un temps où je pouvais et môme je devais me croire de ses amis. Les événements n'ont pas changé mes sentiments, mais ont pu changer les siens ; peut-être seront-ils encore plus altérés, si elle lit le dernier livre que j'ai fait sur les ministres de France. Je contredis l'administration de Necker. 11 doit être permis de différer d'opinion en administration comme sur tout autre objet de la pensée. Mais c'est une justice qu'il est rare de trouver ; mon livre montre, peut-être, que je me suis trompé, mais certainement, que j'aiécrit avec impartialité. Si Madame de Staël me boude,

détre l'inlcrprète de mon sentiment. Ce ne sera pas la marque de votie amitié à laquelle jattaclierai le moins de prix.» 18 mars 1813. — Archives de l'Assistance Publique.

j'en suis réellement affligé, mais je lui pardonnerai parce que cela ne peut tenir qu'à une piété filiale dont le principe est respectable. Je ne suis point étonné que la Suède admire Madame de Staël ; si elle y était bien connue, elle y serait aussi aimée qu'admirée, car son cœur vaut son esprit, et quand, par un accord rare, la bonté est jointe au génie, il en résulte le meilleur être que l'humanité puisse produire.

Je termine celte longue lettre de crainte que l'Académie ne raye de sa liste les bavards, mais j'ai tant de plaisir à causer avec vous que j'ai regret de terminer.

Vous vous plaignez de vos yeux : je vous dirai ce qu'on disait à Louis XIV qui se plaignait de n'avoir plus de dents : «■ Qui est-ce qui a des dents "? » Qui est-ce qui a des yeux ? Ce n'est pas moi, et mon écriture le prouve trop. Lisez-y du moins, Monsieur, les assurances du plus sincère et du plus resj^ectueux attachement ' .

Mais, cette lettre n'est rien. Pour avoir idée de la joie naïve dont le nouvel académicien fut pénétré, il faut encore le suivre jusque dans les plus petits détails de son activité un peu vaine, un peu puérile et pourtant si touchante. Le diplôme pourrait s'ég^arer ! Dévotieusement, de sa main tremblante, voilà donc Montyon qui en lève copie ^. Quelques mots elliptiques embarrassent sa science du latin. Le voilà qui écrit à Rosenstein, dans le dessein de se les faire expliquer ^. Qui sont, enfin, les membres de V Académie royale de Suède ? Qu'ont-ils fait, qu'onlils publié, que préparent-ils ? Montyon sait bien qu'il a eu comme prédécesseurs, au titre étranger, Hénaull, d'Alemberl, Voltaire lui-même : il trouve là un suffisant sujet de s'enorgueillir. Mais il aimerait aussi connaître ses confrères du jour, « singulièrement, dit-il, ceux qui ont signé le diplôme », et il s'en ouvre, une fois de plus à Rosenstein qui continue de le renseigner, avec une patience foute septentrionale. Il apprend

1. Nous avons reproduit cette lettre, d'après un brouillon, qui appartient aux Ar( hives de l'Assistance Publique. Il est possible que la copie, envoyée àStockolm, et que doivent conserver les archives de l'Académie de Suède, diflere plus ou moins sensiblement de notre texte.

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