‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 202 sur 224 · MONTVON PKNDANT LES PREMIERES ANNEE> DE I.A RESTAI RATION. SA MORT · texte numérisé non relu

MONTVON PKNDANT LES PREMIERES ANNEE> DE I.A RESTAI RATION. SA MORT

La Restauration surprend Montyon et fait de lui un désorienté. — Sa rentrée à Paris.

I. — Il revendique 1 usufruit de Ihôlel de Maurepas. — Il revendique certains de ses biens contre les possesseurs de mauvaise foi. — Maître Tassu, notaire. — Fiacre Parain. propriétaire. — Montyon essaye eii vain de racheter les biens lég:itimement acquis. — Inopportunité de ses re- \ endications et de ses démarclies.

II. — Montyonfait sa cour auroi Louis XN'III. — Les principes de l'ancien Conseil du Roi. — Montyon médite d'entrer eu lice avec Chateaubriand. — Les lettres de M. de M... à l'auteur de la Monarchie selon la Charte.

III. — La société française pendant les premières années de la Restauration.— Rupture de Montyon avec M"" de Staël. — Ses liaisons dans le monde ultra. — Montyon et Joseph de Maistre.

IX. — Mort de Montyon. — Sentiments dans lesquels il est mort. — Sa charité. — Son retour aux pratiques reh^ieuses. — Ses idées philosophiques et morales : une relique de >Iichel de Marillac.

Georg'e Sanrl raconte qu'en 1814, nn jour de printemps, sa ^rand'mère, retirée à Nohant, reçut d'une vieille comtesse le billet suivant : « Les alliés sont entrés dans Paris. Ils n'y ont pas fait de mal. On n'a point pillé. On dit que l'empereur Alexandre va nous donner pour roi le frère de Louis X\'I, celui qui était en An^'-leterre et dont je ne me rappelle j)as le nom. >i A quoi la fille naturelle du maréchal de Saxe répondit, en monolo;,'^uanl el après avoir « rassemblé ses souvenirs : Ce doit être celui qui avait le titre de Monsieur. C'était un bien mauvais homme'. » Rien ne montre mieux que cette anec-

1. Georfje Sand. Histoire de ma vie. 3™' partie. On se rappelh^ aussi le mot de Chateaubriand disant que sa brochure de Bonaparte et des lionrhons. avait été pour Louis .WIII un certificat de vie. [Mémoires d'Outre-Tombe.

dole dans quel oubli ou quelle impopularité était tombée la branche aînée des Bourbons, à la fin du Premier Empire, et combien peu la révolution politique de 1814 mérite d'être confondue avec un mouvement national. Mais, s'il en fallait une nouvelle preuve, nous la trouverions dans l'attitude des derniers émigrés, à la nouvelle des premières défaites de Napoléon. Ce fut de la stupeur, mêlée d'incrédulité : les mêmes gens, qui, jadis, s'étaient promis de mourir sans prononcer le nom de l'usurpateur, les mêmes qui avaient affecté longtemps de travestir ses victoires en déroutes, ou de ne voir en lui qu'un général sottement dédaigneux de sa véritable vocation, celle de Monk, se prirent à douter de leurs oreilles et de leurs yeux, quand on leur annonça la retraite de Leipzig, l'invasion de nos frontières, l'abdication. A la lettre, on dirait, que voyant leurs princes de près et l'empereur de loin, ils avaient insensiblement accoutumé de considérer les premiers comme des hommes, et le second comme un vague, redoutable et immortel demidieu.

Chez Montyon, en particulier, ces sentiments se font jour, et nous pouvons en mesurer la force au peu d'empressement qu'il met à quitter l'Angleterre. On connaît qu'il se délie et craint de ne pas trouver sûreté en France. « Quand j'ai eu l'honneur de vous écrire, mande-t-il à un ami, le f'^ juin 1814, je me flattais de n'être pas longtemps sans vous revoir : des affaires que j'ai ici, et l'apparence de quelques nuages dans l'horizon politique, ont retardé ma détermination et mon départ; ne voulant être rien, le reste de mes jours, je ne dois pas me presser de me rendre à Paris, au moment où la France est dans un état de crise. Je vous parle naturellement ^ » Et en effet cette attitude va lui devenir naturelle, il la gardera pendant les six années qui lui restent à vivre : jamais, dans Paris qu'il a jadis si

1. Archives de VAssistance Publique. — Brouillon d'une lettre au chancelier de Barenlin, rentré avant lui à Paris ; la réponse de Barentin, le 21 juin 1814, confirme notre impression sur l'attitude craintive de Montyon, à ce tournant de l'histoire . «Tous les jours nous amènent des Français de Londres. La comtesse de Jaucourt est arrrivée en bonne santé ; j'attends aujourd'hui la marquise douairière des Cars; on annonce aussi quelqu'un (les évoques et j'entrevois que vous serez des derniers à quitter la terre hospitalière. »

bien connu el probablement beaucoup aimé, il ne reprendra complètement pied ou langue ; ses moindres démarches s'en ressentiront, soit qu'il revendique d'anciens biens, soit qu'il entreprenne de faire sa cour, soit qu'il porte, dans le monde, des habits démodés et des idées quelque peu surannées, il donnera l'impression d'un être surpris par l'événement, et qui s'adapte mal à son nouveau milieu ; ce sera, dans toute la force du terme, un de ces revenants d'ancien régime, auxquels le sort avait permis de ressusciter, mais qui, hélas, ne pouvaient pas rajeunir.

Gomment d'ailleurs se serait-il accommodé de suite, avec bonne humeur et sérénité, des conditions dans lesquelles allait avoir lieu son retour? Tout lui manquait à la fois: plus de parents ou d'amis à qui se confier, plus de régisseurs à gourmander.

Modestes ou somptueuses, ses installations, organisées jadis à grands frais et avec amour, étaient maintenant détruites ou aliénées ; vendu son domaine de Monthyon-en-Brie, vendues les terres de Ghambry el Marchemoret, vendue sa maison de la rue du Parc Royal '. Seul, l'hôtel qu'il acheta à vie « à Madame de Maurepas, en 1789-, n'a pas encore passé aux enchères, mais on y a installé, tour à tour, l'établissement qui a remplacé l'Académie et les bureaux des Affaires étrangères ». Remarqués pour leur beauté, les meubles en ont paru dignes d'orner au Luxembourg les appartements des « citoyens directeurs », Montyon appréhende fort de ne plus trouver, rue de Grenelle, une pierre où reposer sa tète.

Toujours précautionneux, il n'attend pas d'être à Paris, pour interroger là-dessus celui qu'il a jadis connu évêque d'Autun et que l'on nomme aujourd'hui le prince de Bénévent. I!

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