‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 203 sur 224 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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lui écrit, de Londres, dès le mois d'avril 1814. Occupé de beaucoup d'autres soins, Talleyrand ne répond pas. Même silence, à l'ambassade française de Londres, que Montyon a essayé d'intéresser à son sort par lettre du 2 juin. C'est alors qu'il commence de considérer son départ comme une nécessité prochaine; laissant à Londres, un fondé de pouvoir, dans la personne de l'économiste ^^'illiam Morgan, il passe le détroit au mois de juillet, et nous le retrouvons bientôt à Paris, où il est devenu provisoirement l'hùted'un des locataires des Missions Etrangères, rue du Hac '.

De là, il continue la série de ses revendications, et il écrit le 30 juillet 1814, au baron Reynard -.

A Monsieur le Baron Reynard. 1814, 30 juillet. Monsieur,

J'ai eu l'honneur de vous écrire le deux du dernier mois ; et je vous ai prié de vouloir bien donner des ordres pour que l'hôtel de Maurepas, dont je suis propriétaire à vie, suivant acte du 4 mars 1789, me soit rendu, à moins que vous ne préfériez le garder pour les bureaux des affaires étrangères qui y sont établis, et alors vous fixerez le prix ainsi que vous le jugerez à propos ; cet hôtel me revient avec les frais à environ cent trente mille francs, ce qui en viager fait un prix de douze à treize mille francs ; ce que vous estimerez juste me paraîtra tel.

J'ai écrit à ce sujet à M. le prince de Bénévent, dès le mois d'avril dernier ; j'avais avant la révolution des liaisons assez intimes avec lui ; il ne m'a pas répondu, ce qui n'est pas surprenant à cause du nombre de ses affaires, mais je suis sûr qu'il est bien disposé pour moi.

Si des motifs de considération devaient être de quelque influence

1. La conscription ayant décimé les missionnaires, à l'égal des autres l''rançais, l'hôtel des Missions Etrangères était alors vide ou à peu près vide ; le supérieur de l'époque, le P. Langlois, avait donc loué, à divers prêtres ou évcques, lespartieslogeables de l'établissement (Communication verbale du P. Launay, archiviste actuel des Missions Etrangères). On verra, un peu plus loin, lequel de ces locataires offrit l'hospitalité à Montyon.

2. Le baron Reynard était directeur des chancelleries au ministère des Affaires étrangères (Almanach royal pour tSI-i-ISJô).

dans une affaire qui est de droit, vous voudriez bien observer, que je n'aiété en possession de cet hôtel que pendant peu de mois, que j'y ai habité dans un apparterojent sur l'aile, jusqu'à ce que mon grand appartement fût en état, que je ne l'ai habité que deux heures, ayant été obligé d'émigrer, même d'après l'instigation de S. M. Louis XVIII, qui, lui-même, ma averti des dangers que je courais.

Pour ces deux heures d'habitation, j'ai été obligé de payer l'hôtel deux fois, parce que, la première fois, la somme destinée au payement de cet hôtel m'a été volée par l'homme chargé de mes affaires; j'ai passé quatre-vingts ans ; ainsi jamais jouissance viagère n'aura été achetée si cher.

Mon hôtel a d'abord été occupé par l'établissement qui a remplacé l'académie. Ensuite par les bureaux des affaires étrangères. Comme les meubles, surtout ceux du salon, étaient très beaux ils ont été transportés au Luxembourg pour les Directeurs ^.

Si vous consultez. Monsieur, ce qui m'est personnel, vous voudrez bien considérer que je suis le premier qui ait levé l'étendard pour la défense de la couronne, par le mémoire qu'ont présenté les princes et qui a porté le nom de Mémoire des princes, que je n'en ai été récompensé qu'en étant inscrit le cinquième ou le septième de ceux qui devaient être mis à la lanterne (tei-mè du temps).

En 1790, j'ai fait un mémoire intitulé Rapport au Roi, que S. M. a bien voulu adopter, et faire imprimer à ses dépens, et m'a écrit de sa main une lettre de satisfaction. Cet ouvrage a coûté la vie à mes parents restés en France, qui avaient échappé jusque là à la proscription.

Avant la Révolution, j'ai fait de mon bien des fondations au profit de l'Etat, qui montaient à 98.600 fr ; je pourrais les réclamer, car, si jamais donation a été sujette à révocation, c'est dans des circonstances telles que celles-ci ; je ne les réclame point.

Depuis mon émigration en Angleterre, j'ai restreint ma dépense au nécessaire et j'ai fait passer des secours assez considérables aux

1. Cette assertion de Montyon mérite détre rapprochée des lignées suivantes, empruntées aux Mémoires de Barras édition Georges Duruy, t. II, p. 5). « Le Directoire, en arrivant au Luxembourg, pour s'y installer, n'avait pas un garde, un domestique, une chaise, une table, pour transmettre ses ordres, une feuille de papier pour les écrire. C'était bien là le vrai berceau du premier âge. où leni'ant se trouve placé dans toute la nudité de la nature». Apparemment l'enfant grandit vile, et les meubles de Montyon furent jugés propres à orner «la nudité de la nature ».

prisonniers français qui étaient dans la misère '. Si je les réclamais, il serait difficile de me refuser le remboursement, je ne réclame rien, mais j'ailes pi-euves de ces dons entre les mains.

Pardon, Monsieur, de ces détails, mais ils doivent vous engagera ne pas i-etarder une décision et une réponse dont le retard m'est très préjudiciable.

Je suis. Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur.

Voulez-vous bien m'adresser la réponse au.\ Missions étrangères, rue du Bac, chez Monsieur l'ancien évêque de Sisteron 2.

A cette lettre, les bureaux des Affaires Étrangères répondirent, les 5 août et 14 septembre 1814, en reconnaissant, pour l'avenir seulement, le bien fondé des revendications de Montyon, et en offrant un loyer annuel de 8.500 francs ^. Montyon accepta. Il abandonnait ainsi la jouissance des splendeurs qui, jadis, du temps qu'il se croyait sur le chemin des honneurs et des grandes places, flattèrent si fort sa vanité. Pénétré de modestie, livré tout entier à l'esprit de renoncement, du moins c'est lui qui l'affirme, il s'installa dans un appartement fort simple, au 23 de la rue de l'Université, parmi quelques meubles sans grande

1. Bien que Montyon et ses biographes en aient toujours fait grand état, nous n'avons pas encore parlé de ces secours aux prisonniers français parce qu'il nous a paru qu'il y avait là un bienfait assez banal et démesurément grossi, surtout par les biographes. Jamais, en effet, Montyon n'alla, comme on Ta écrit, distribuer lui-même, sur les pontons anglais, le montant de ses charités patriotiques. Il se contenta, comme il le dit ici, de l'aire passer diverses sommes aux prisonniers de guerre, par l'intermédiaire des deux distributeurs officiels, qu'avait agréés le gouvernement britannique et qui étaient « févéque de Saint-Pol-de-Léon et févêque d'Uzès ». En ce qui concerne les générosités de Montyon, ces deux prélats avaient l'ordre de ne pas nommer le bienfaiteur « mais de lui envoyer 1' « état des noms et âges des prisonniers secourus «. On ti'ouvera cet état aux Archives nationales F '' 6034. Peut-être Montyon savait-il déjà que la tentation des distributeurs était de faire servir à l'action politique des émigrés les sommes destinées aux prisonniers. Voir sur ce point les Mémoires lie la Comtesse de Boigne et les Papiers de Guilhermy.

2. Sans doute, M. de Suffren de Saint-Tropez, qui fut évêque de Sisteron, jusqu'à l'émigration, et qui s'était distingué par son libéralisme, aux Etats de Provence, en janvier 1788. Nous avons reproduit la lettre de Montyon au baron Reynard, d'après une minute conservée aux Archives de l'Assistance Publique.

."î. Archives de l'Assistance Publique.

valeur \ la garde-robe rapportée de son exil, les livres qu'il ne cessa jamais d'aimer et d'acquérir, les papiers et les manuscrits, dont une partie l'avait accompagné, dans tous ses voyages et dont l'autre partie, déposée en Suisse, lui fut renvoyée vers le mois d'avril 1815 -.

De cette apparente résignation à « subir la loi du malheur », il ne faudrait cependant pas conclure que Tère des revendications fût close pour lui. A la vérité, elle commence seulement, et c'est ici qu'éclate, dans toute sa brutalité, le désaccord profond qu'il y eut presque toujours, qu'il y avait surtout en 1815, entre Montyon et ses contemporains. Non point qu'envers ces derniers notre homme ait montré, comme on Ta dit ^, plus d'avidité que de méthode, et qu'il ait procédé durement, à tort et à travers, inquiétant les uns, sermonnant les autres, se rendant insupportable à tous. A cette époque, comme, dans tout le reste de sa vie, il apparaît juste, minutieux et ordonné. Mais son erreur, toujours la même, fut de renchérir, une fois de plus, sur les lois et sur les principes, et d'attendre des Français de son temps une équité et une délicatesse, peu en rapport, d'une manière générale avec l'humaine nature, et particulièrement rares dans les lendemains de révolution.

Armé, en effet, de la classique distinction entre l'acquéreur

1. On peut se faire une idée précise de l'humilité matérielle dans laquelle \écut Montyon, à son retour d'Angleterre, d'après VÉlat de la vente qui fut faite de ses meubles et effets, les 8 et 0 mars 1821, par le ministère de Goddé. commissaire priseur. Le produit brut des enchères fut de 5819 fr. 63. La plus grosse enchère alla à « un diamant non monté, crié à mille six cents francs » et adjugé pour « deux mille deux cent soixante et un francs »; les plus basses furent obtenues, par << un lot de vieux bas, tant en fil que coton et soie, crié à trois francs, adjugé à quatre francs », — par « seize chemises d'homme, en partie mauvaises, criées à quatre francs, adjugées à six francs » et par " dix-huit pièces, tant gilets que culottes, habits et redingotes, criés à quatre francs, adjugés à six francs » [Archives de V Assistance Publique) .

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