‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 207 sur 224 · Archives de V Assistance Publique · texte numérisé non relu

Archives de V Assistance Publique

2. Bibliothèque communale de la ville de Meaux, manuscrits, fonds de l'ancienne Société d'Archéolofrie.

MONTYON PENDANT LA RESTAURATION ^(i.'i

liquement à Grédelue, le 9 janvier 1818, en réponse à des vœux de nouvel an : « Je vois avec plaisir raffection que vous me témoignez : quoique je ne possède plus rien à Monthyon, je tiens toujours par le sentiment aux habitants de ce pays, et j'ai toujours aimé vos pères et grands-pères '. »

C'est aussi par le sentiment, plutôt que par l'intérêt, qu'il demeurait attaché à la cour de Louis XVIII, telle qu'elle venait d'être reconstituée en 1814 et 1815, et d'où, peut-être, on aimerait mieux le trouver absent.

Le ton du jour y était donné, en effet, par des personnes l'orl extravagantes : d'abord le comte d'Artois, fléau de sa famille el de son pays, «capable seulement d'envenimer les haines, d'exciter les mécontentements et de scandaliser les étrangers eux-mêmes par son manque de patriotisme », puis les plus exaltés parmi les anciens émigrés, « des gens qui tout en se montrant suppliants aux pieds d'un souverain étranger, ne parlaient que de vengeance contre les Français », et ne s'occupaient que « de leurs propres intérêts de fortune ou d'avancement » ; venaient ensuite « quelques vieux officiers de l'armée de Gondé, des échappés de la Vendée, persuadés qu'ils étaient conquérants, voulant se donner des airs de vainqueurs », et enfin « une nuée d'intrigants, anciens conventionnels, devenus tour à tour comtes, barons, sénateurs de Napoléon et pairs de Louis XVIII ; ils se démenaient pour la moindre place, établissant leurs prétentions, les'uns, sur ce qu'ils avaient tout fait, les autres, sur ce qu'ils n'avaient rien fait depuis vingt-cinq ans^ ».

De moins difficiles que Montyon regrettaient de s'être fourvoyés dans un monde aussi étrangement mêlé, et le félicitèrenl même de ce qu'il paraissait, au début, fermement résolu à s'en

1. Bibliothèque communale de la ville de Meaux, loc. cit. '2. Tous ces traits sont empruntés aux Mémoires de la Comtesse de Baigne, et aux Mémoires d'Outre-tombe.

tenir éloigné : « A'ous avez bien raison, Monsieur, lui écrivait Barentin, le 21 juin 1814, de dire qu'il faut du zèle et du courage pour être dans ce moment-ci à la tête des affaires ; toujours les ministres ont été exposés à faire des mécontents, maintenant la foule de ceux qui se plaignent est nécessairement immense ; peu de places à donner et une multitude de demandeurs, chacun d'eux a de si bonnes raisons pour obtenir, que c'est à ses yeux une injustice de ne pas le préférer ; tels ont toujours été les Français, tels ils sont plus que jamais '. »

Mais bientôt, Montyon n'y put tenir ; faire sa cour formait pour lui un besoin ; se rendre utile en formait un autre : le geste d'offrir ses services lui était devenu si familier qu'il ne voulut pas mourir sans l'avoir accompli une ou deux fois de plus. D'ailleurs, les circonstances paraissaient l'y inviter ; tout conspirait à réveiller en lui le donneur de conseils, depuis la Charte, qui heurtait ses principee et gênait son ambition de voir restaurer purement et simplement l'ancienne monarchie, jusqu'à la rentrée en scène du parti constitutionnel, désormais conduit par Chateaubriand, et dont les maximes ne pouvaient paraître que subversives à l'auteur du Rapport de 1795.

Dans ces conjonctures, le voilà donc qui se largue d'être encore « le doyen de l'ancien Conseil d'Etat » et de posséder qualité pour jouer le Mentor auprès de ce Télémaque invalide qu'on appelait Louis X^'III . Le 30 mars 1816, il lui écrit :

Sire,

I^es anciens conseils d'Etat et des Finances avaient, sur l'oi-dre public de France, des principes sages et applicables sous plusieurs rapports à la situation actuelle des affaires.

Doyen de ces conseils, j'exposerai à Sa Majesté leur doctrine, si elle juge à propos de me donner audience.

J'ai été l'interprète et le commentateur du manifeste que Votre Majesté a donné lors de son avènement à la couronne, et j'ai été assez

1 . Archives de l'Assistance Puhlicjue. Il semble que Barentin ait ici exagéré à plaisir les soucis du pouvoir, car, en 1814, il n'était plus que chancelier honoraire. Le titulaire de la charj^e était Dambray (Almanach roi/al pour iSi4-IS15).

lieureux pour que Votre Majesté ait approuvé mon ouvrage, l'ait fait imprimer elle-même, et ait daigné m'envoyer une lettre de Votre main pour me marquer sa satisfaction. Jai déclaré alors que je ne désirerais et n'accepterais aucune récompense, ni honoriûque ni pécuniaire, que mon ambition se bornait à donner une preuve de ma respectueuse reconnaissance de l'estime dont Votre Majesté m'a toujours honoré. Qu'il me soit permis de renouveler ici l'hommage de ces sentiments '.

A cette lettre était joint un assez long' traité intitulé : Principes de iancien conseil du Roi, sur la constitution de l'Etat, sur le Gouvernement, sur l'administralion, sur ta sûreté de VEtai, et qui débute ainsi :

L'ancien conseil du Roi avait des principes sages sur la constitution, le gouvernement, l'administration de l'Etat. Mais par malheur, souvent les meilleures têtes du conseil n'ont point été consultées, ou leurs avis n'ont point été suivis: leurs principes, alors admis, quoiqu'établis dans un autre ordre de choses, sont, par leur nature et leur généralisation, applicables à la situation actuelle ; voici l'analyse, le résultat ou les conséquences des opinions de MM. d'Aguesseau, Gilbert de Voisins, LaGranville, Trudaine, ^Nlachault et autres membres du conseil, moins célèbres peut-être, sans être moins éclairés.

Un semblable commencement donne assez bien l'idée de ce que pourra être la suite de l'ouvrage : quelque chose comme la seconde moulure du Rapport au Roi, que nous analysâmes à son heure, avec, en plus, des développements sur la Charte, que l'auteur estime trop libérale, sur le roi, qu'il juge trop conciliant, et sur le peuple français qu'il trouve plus que jamais naturellement incapable de pratiquer la liberté politique.

Le Français, dit-il, par son caractère, est un des peuples européens le moins propre à jouir d'un haut degré de liberté, parce que, par une (jualité qui semble endémique et s'est manifestée dans tous les temps et sur tous les sujets, il est porté à l'enthousiasme et à l'excès. Lors des croisades, il s'est, des premiers, livré à ces pieuses

1. Arcliivea de rAssisliiiice Publique, minute écrite de la main de Montyon.

folies el à ces injustices funestes à leurs auteurs, et il est le dernier qui y ait renoncé ; la lutte des religions, catholique, luthérienne et calviniste, a fait couler en France plus de sang que partout ailleurs, et, dans le paroxysme de cette pieuse et cruelle effervescence, une partie de la nation a massacré l'autre ; il nest point de pays où les dissentiments religieux ou politiques aient donné lieu à autant d'injustices légales et, souvent même, quand une punition a été juste, elle a cessé de l'être par l'excès auquel elle a été portée. Un parti at-il eu avantage sur un autre ? il a presque toujours abusé de son ascendance, opprimé ou exterminé le vaincu ; a-t-on attaqué les jansénistes, qui, qu'ils eussent raison ou tort sur quelques questions théologiques, honoraient leur patrie par leurs vertus, leurs connaissances, leur génie ? la haine a été jusqu'à les exiler et à raser leurs maisons. Les ennemis des jansénistes, les jésuites, ont-ils été à leur tour attaqués ? On a exigé deux un serment que leur conscience et leur honneur défendaient de prêter, on les a bannis en ne leur accordant qu'un traitement insuffisant pour leur subsistance. Lorsque les magistrats destructeurs des jésuites ont été exilés, plusieurs d'entre eux ont été relégués dans des lieux malsains, dont leur santé s'est ressentie. Lorsqu'ils ont été supprimés, le gouvernement a été dur et injuste envers eux, comme il lavait été envers leurs adversaires, et le meilleur moyen de justifier leur condamnation eût été pourtant de leur donner l'exemple de la modération dont ils s'étaient écartés...

En 1801 , lorsqu'il avait, suivant une tradition d'apparence véridique', « mis aux pieds de la duchesse d'Angoulênie, une parlie de sa fortune », afin qu'elle pût racheter des diamants précipitamment vendus, au départ de Mitlau, Montyon s'était vu récompenser par un billet de remerciement el de refus, écril

1. Alissan de Chazet, Vie de M. de Montyon, p. 78. Bien qu'il ne fournisse jamais de références, nous faisons confiance à cet auteur, parce que nous avons vérifié assez souvent l'exactitude de sa docunientation. Plusieuw» des pièces produites par lui appartiennent, en effet, aux Archives de l'Assistance Publique, oi'i l'on peut constater l'exactitude des copies qu'il en a données. Ce deA^ail être d'ailleurs un curieux personnage que cet Alissan de Chazet : la Galerie historique des contemporains, publiée à Bruxelles en 181K, et toujours fort malicieuse, il est vrai, à l'égard des légitimistes, rapporte de lui qu'on l'avait surnommé Vinéviiahie, tant sa plume était féconde, et parce qu'on était assuré de le rencontrer dans toutes les salles de rédaction ou dans tous les cabinets d'entreprises théâtrales. Elle ajoute: " Il a aussi l'entreprise des bouquets de lis, pour tous les membres de la famille royale. »

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de la main d'une dame d'honneur. En 1816, sa lettre au Roi, ne lui valut, de même, qu'un vag^ue accusé de réception, dont voici les termes :

Le Premier Geiitilliommc de la Chambre du Roi,

A Monsieur le Baron deMontyon, rue de l'Université, n" 23.

Leduc d'Aumont à l'honneur de prévenir M. le baron de Montyon, c[u"il s'est empressé de remettre sa lettre au Roi '.

Apparemment, on se souciait fort peu aux Tuileries, d'entendre, et cà plus forte raison d'écouter, ce prôneur du temps passé. On y était tout au présent, et on tâchait de s'accommoder dans le nouveau régime, comme on fait en voyage, et à la hâte, dans quelque auberge de hasard.

Egoïste sans préjugés, dont la grandeur était faite de patience, et qui voulait sa tranquillité à tout prix-, Louis XVIII luimême semblait mal préparé par les événements, à recevoir tant la lettre de Montyon que l'exposé des Principes de l'ancien Conseil. E*;t-ce à un prince vieilli, infirme, longtemps ballotté d'exil en exil, de disgrâce en disgrâce, qu'il faut parler d'intransigeance et de fermeté ? Est-ce dans le moment où il se laisse enfin glisser sur la pente heureuse des événements, qu'on doit essayer de lui faire remonter le dur chemin des principes ? Une fois de plus, Montyon avait négligé de prendre l'heure aux horloges officielles ; il s'était lié à une vieille montre de famille fort usée et sujette aux retards.

On trouve pourtant quelques restes de son ancien don de pénétration dans certain travail qu'il prépara vers la même époque, en réponse au célèbre ouvrage de Chateaubriand : De la monarchie selon la charte. Paru en 1816, plein de la flamme qui anima toujours son auteur, ce livre était très vite devenu une sorte d'épouvaulail pour le parti ullra, et, au contraire, une manière d'évangile, ou tout au moins de « catéchisme », pour le parti constitutionnel. Ceux qui allaient au delà des doctrines anglaises,

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