‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 208 sur 224 · L. GuiMBAUD. — Auget de Montijon · texte numérisé non relu

L. GuiMBAUD. — Auget de Montijon

et rêvaient de démocratie, trouvèrent aussi leur compte dans quelquee pages prophétiques sur l'ambition d'égalité dont la France était travaillée, et peut-être, faut-il ci'oire que Chateaubriand encouragea ainsi le parti libéral, dès les commencements de la Restauration, dans le temps où il se croyait et se prétendait encore un des plus fermes soutiens de la légitimité'. A la cour, et au ministère de la police générale, on ne s'y trompa guère ; on ne toléra la publication de l'ouvrage, qu'après en avoir quelque temps saisi et retenu les brochures, on priva l'auteur de sa qualité et de son traitement de ministre d'Etat ; le roi exprima publiquement son mécontentement.

Le mérite de Monlyon, s'il avait publié sa réponse à la brochure de Chateaubriand, eût été de rendre justice au courage et au talent de cet auteur, tout en dénonçant, avec clairvoyance, la nouveauté et la hardiesse d'un certain nombre de ses principes. Soit en eflét qu'il l'eût connu en Angleterre, durant l'émigration, soit qu'il se fût contenté de suivre de loin, ses gestes et ses démarches, Montyon fait à l'égard de Chateaubriand une profession d'admiration et de sympathie qui ne laisse pas d'être piquante :

Le livre <|ue vous venez de pulîher, écrit-il, sous le titre de la. Monarchie selon la charte, offre une noiivelle preuve des sentiments qui vous donnent droit à l'estime de tout homme de l)ien ; on reconnaît que vous navez écrit que dans l'intention de servir le roi, la patrie et riumianité ; que vous avez prévu des contradictions, que vous vous y êtes dévoué, et que vous avez sacrifié tout intérêt personnel à des sentiments généreux. Ceux même qui ne pensent pas devoir

J. Si elle navait pas revu ses Mémnires rétrospectivement, on pourrait affirmer avec certitude, de Madame de Boigne, qu'elle a très exactement noté cette naissance du parti républicain, dés 1817 : « Ce l'ut vers cette époque, écrit-elle, que M. de Ghaleaubriand, dans je ne sais quelle brochure, honorâtes hommes delà gauche du beau nom de libéraux. Ce parti réunissait trop de gens desprit pour qu'il n'appréciât pas toute la valeur duprésent. Il l'accepta avec empressement. Bien des personnes honorables, qui auraient répugné à se ranger d'un parti désigné sous le nom de Jacobin, se jetèrent, tête baissée, en sûreté de conscience, parmi les libéraux, et y conspirèrent sans le moindre scrupule. » Mémoires de la comtesse de Boigne. t. L P- '«10. On se rappelle d'autre part que Sainte-Beuve, au tome II des Lundis, a essayé de présenter la Monarchie selon la Charte comme un pamphlet ullra. C'est là, à nos yeux, un abus de mots qu'explique d'ailleurs lanimosité de Sainte-Beuve contre Chateaubriand.

adopter toutes vos opinions, doivent rendre hommage à votre caractère ; qu'il soit permis de croire que la pureté des motifs qui vous ont fait écrire vous fera voir sans l'egret un dissentiment qui tend à la vérification et à Tépurement de principes d'une haute importance pour la tranquillité et le bonheur des nations, particulièrement de la nation française ; d'autant cju'il est peu de vérités qui puissent avoir un caractère de certitude, si elles n'ont passé par le creuset de la discussion.

Les opinions que vous soutenez. Monsieur, doivent, plus que toutes autres, être soumises à cette discussion, parce que l'élégance et souvent la subtilité de votre style leur donnent un charme et une illusion dont il est nécessaire de se garantir '.

Et un peu plus loin :

Cette discussion me ramène, même sans le vouloir, à l'estime, à l'admiration de votre caractère ; vous avez reconnu qu'il y avait danger, ou du moins de grands inconvénients, à ne pas dire ce que vous considériez comme des vérités importantes, pour le salut de la France ; vous avez porté, dans l'émission de vos idées, le même courage que les anciens paladins portaient dans les combats et dans tout le cours de leur vie. Vous avez cité leur maxime : Fais ce que dois, arrive qui pourra, et vous l'avez adoptée pour la règle de votre conduite ; malheur, mille fois malheur à qui vous aura lu sans vous estimer et vous aimer -.

^lais une lois tressées toutes ces couronnes, à l'intention du chantre d'Atala, Montyon ne dissimulait ni l'étendue ni la gravité des dissentiments qui les séparaient l'un de l'autre. Reprenant successivement chacune des conditions présentées par Chateaubriand comme essentielles au bon fonctionnement du système représentatif, il essayait de démontrer qu'elle existait déjà sous l'ancien régime, et que la vieille monarchie avait connu, sinon en lait, du moins en droit, un roi arbitre des partis, une représentation nationale, des ministres responsables devant cette représentation, etc., etc. A quoi bon, concluait-il.

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