Archives de l'Assistance Publique
2. Ce sont les trois mots dont se servira un peu plus tard l'auteur des Mémoires d'Oulre-Tomhe pour caractériser ses collè^^ues du ministère.
Montyon, cependant, avait recommencé, lui aussi, de fréquenter la société ; sa rentrée y fit même assez g'rand éclat, car elle eut lieu dans le moment oîi il venait de rompre définitivement avec M™*" de Staël.
On se l'appelle, la couleur peu aimable du portrait de Necker, dans les Particularités ' ; peut-être se souvient-on aussi de la joie maligne et peu contenue avec laquelle Montyon savourait d'avance refîet de cette peinture sur M'"" de Staël -. Son attente ne fut point trompée : le 9 janvier 1815, il reçut la lettre suivante ^ :
Paris, Dimanche, 8 janvier 1815.
Monsieur,
Je sais apprécier plus que qui que ce soit votre esprit et vos rares connaissances; mais cet été, dans le travail que je fais pour la vie de mon père, j'ai été obligé de lire ce que vous avez écrit, ce que je m'étais interdit de voir à Lonjires pour jouir sans mélange de votre société, et qu'ai-je lu? l'article le plus injuste, le plus amer ; je sais qu'il vous a été inspiré par un ressentiment personnel ; mais est-il permis à un honnête homme de diffamer le plus vertueux des mortels, parce quil croit avoir à se plaindre de lui? Je respecte votre âge, mais cet âge est respectable parce qu'il met audessus des passions égoïstes. Vous m'accusez d'être mal pour vous ; la vérité est que le plaisir très réel que je trouve à causer avec vous m'a fait éloigner le moment de cette fatale lecture : si vous pouviez réparer, désavouer, je vous aimerais encore ; mais ce que vous avez écrit est entré jusqu'au fond de mon âme, et, comme depuis ma naissance j'étais attachée à vous, cela m'a fait mal.
Necker de Staël.
1. Nous avons reproduit plus haut. p. 198, le brouillon de ce portrait.