Archives de V Assistance Publique
2. Ibid. Cette pièce est un brouillon, tout entier de la main de Montyon.
Excellence,
J*ai eu l'honneur de vous écrire plusieurs fois, et en dernier lieu le 3 septembre dernier, pour obtenir le rétablissement de quelquesunes des fondations que j'ai faites avant la Révolution, singulièrement en faveur de l'Académie Française, et de la Faculté de médecine.
J'ai déclaré que je ne réclamais rien pour les établissements en faveur desquels j'avais fait ces fondations, et qui ne doivent point être privées du service des rentes sur l'Etat que je leur ai transmises.
J'observais que des fondations faites pourTutilité publique, devaient être comme des fondations i-eligieuses, que le gouvernement a toujours maintenues, tant que la religion a été respectée, que les dons et les avantages -que le gouvernement a pu accorder à ses établissements n'ont rien de commun avec les fondations faites par un particulier, qui a le droit de réclamer le maintien de ses dispositions. personnelles; j'ajoutais que, si quelques-unes de mes dispositions ont été faites par des rentes viagères sur l'Etat, placées sur la tète du roi Louis XVI ou de feu Monseigneur le Dauphin, son fils, ces rentes ne peuvent être réputées éteintes parle décès de ces princes. Il me répugne d'entrer dans la discussion des principes qui doivent maintenir le service de ces rentes, cependant je ne puis me dispenser d'observer qu'en termes de droit, quand la personne sur la tète de laquelle a été placée une rente périt par le fait du débiteur, il ne peut prétendre avoir espéré sa libéi"ation.
Que je sois l'auteur de ces fondations, c'est un fait connu ; j'avais voulu d'abord garder l'anonyme ; des événements imprévus ont révélé mon secret et il n'est pas ignoré de Sa Majesté. Je sais, Excellence, que vous avez pris, au sujet de ces fondations des renseignements qui vous ont paru nécessaires. Je voussuppliedemefaire passer votre décison.
Je suis avec respect etc. '.
Mais écrire n'est rien : parler vaut mieux, surtout dans les bureaux ; ceux-ci n'ont pas beaucoup changé depuis l'ancien ré-
1. F. Grille, Le Bric-à-Brac avec son culalogue niisoniié, Paris, Ledoyen, 1853, t. I, p. 16L Nous n'avons pas retrouvé les premières lettres de Montyon, sur le môme objet.
gime, et recèlent probablement encore des milliers de cartons comparables à des milliers de tombeaux. Voilà donc notre octogénaire, qui traîne sa caducité jusqu'au Ministère de Tlntérieur, et demande à voir le ministre, M. Decazes. On le mène à un secrétaire, dont nous avons eu la bonne fortune de retrouver les souvenirs, et qui écrit ce jour-là : « Que de modestie, de bienveillance, et de profond désintéressement. Le baron de Monlyon se glisse dans la chai'ité, comme un autre dans la volupté ou dans la gloire. Il offre, supplie d'accepter. Et qu'apportet-il? Des millions qu'il sème sur la terre, pour le malheur, la science, la vertu. Je le vis, il m'apporta sa demande el je l'introduisis près de M. Decazes '. »
Le mémorialiste de hasard, que nous venons de ciler, ajoute que Montyon lui avait remis d'abondantes notes, d'après lesquelles on rédigea un rapport tendant à « l'accomplissement du vœu formulé par l'illustre vieillard ». Vaines précautions, inutile paperasserie ! Monlyon devait mourir sans que l'Etat eût rétabli les fondations antérieures à la Révolution, el peut-être son nom serait-il aujourd'hui presque oublié, s'il n'avait pris lui-même le soin de renouveler ses libéralités dans son testament.
Depuis le commencement de l'émigration, il s'attachait à recommencer ce dernier, deux ou trois fois par an, dans les années de tranquillité relative, quatre, cinq et six fois, dans ce qu'il appelait lui-même les époques de fermentation. Cependant, à partir de sa rentrée en France, on peut croire qu'il avait enfin découvert la formule définitive de ses volontés suprêmes, car il n'y a pas de très grandes différences entre les six derniers testaments, des 1 et '2'2 novembre 1815, "28 juillet 1817, "22 avril, 12 octobre et 12 novembre 1819. Tous renferment la même affirmation surprenante que le testateur meurt dans l'ignorance du montant exact de sa fortune! Tous expriment la volonté d'instituer un legs universel au profit d'une parente, qui est tantôt Madame de Balivière, tantôt l'une de ses filles, et principalement la cadette, Robertine, filleule de Montyon ^.