‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 218 sur 224 · L. Gi'iMiiAUu. — Aiifjel de Monttjon · texte numérisé non relu

L. Gi'iMiiAUu. — Aiifjel de Monttjon

V^ novembre 1815, ni dans celui du 22 novembre de la même année. On la trouve dans tous ceux qui ont suivi, à partir du 28 juillet 1817. C'est donc à cette époque qu'il faut admettre que Montyon fut ramené à la pratique catholique et commença de recourir pour lui-même à des consolations et à des directions dont il ne vantait jadis l'efficacité qu'à propos de la masse. Qui fut l'auteur de sa conversion ? Comment s'opéra-telle ? Ici encore, nous sommes fort mal renseigné, mais nous avons retrouvé, dans les papiers du vieillard, la preuve qu'un tel changement n'eut rien de vulgaire, ni de bas, et que la peur n'en fut pas le mobile secret. Dès 1816, en effet, et à titre de relique, Montyon avait reçu dune religieuse qui n'a pas signé sa lettre denvoi, un billet autographe du chancelier Michel de Marillac, empreint du plus pur stoïcisme^. Vers le même temps, il sollicitait, de la même personne, copie d'une longue lettre de Michel de Marillac à sa belle-fille, et qu'il voulait, déclarait-il, porter constamment avec lui. La copie lui fut envoyée, il la fit, sans doute, attacher à ses vêtements, et on y lit encore :

Un Payen disoit de la vie, qu'à ung fol, c'est un exil, à ung sage, c'est un promenoir. Ouy, mais on ne peut porter la contrainte, et

1. Voici la lettre denvoi, et, à sa suite, le billet : « Comme je n'ai pas de secrétaire, je ne puis faire copier la lettre de M. de Marillac que mardi, mais eu attendant voici un billet de sa main que je vous donne, c'est un don par excellence, et d'un grand usage pour tout le monde, je désire que ce jirésent vous conduise à cent ans, au même endroit que l'auteur. »

Amen.

A la Révérende Mère.

« La M. Madeleine de S'-Joseph prieure des Carmelines {sic) a garder pour sa mort.

« le ne say que vous dire : d estre bien ou mal avec personne c'est un tourbillon qui va et vient sans cesse ; enfin ie trouve que la bonne règle de ce monde c'est silence, mansuétude et fermeté. Silence avec tous hormis avec les domestiques de Jésus, avec lesquels il faut liberté sincère et prudente, avec les autres ne rien dire, parler peu, ne point sentir les injures et offenses, vivre comme en pays étranger.

«Mansuétude avec tous, fermeté au bien, avec tout cela dieu vous le donne s'il lui plaît et l'adhésion inséparable à sa conduite.

« Il y a tous les jours nouveau.x orages ie feray ce que ie pourray pour vous visiter avant partir. »

Ce 26 février 1630.

cela fait l'aniertunie ; car il n'y a rien si attaché à lu nature, que le goût de la liberté, mais c'est à la Nature, et non à la Raison, laquelle nous oblige à regarder les choses d'une autre face.

le trouve que quand nous parlons de la liberté, nous la prenons tout autrement qu'il ne fault, et la mettons en un point auquel elle ne peut être, car nous voudrions une liberté, la({uelle nous desaservît de toute sujettion, et cela ne se trouvera jamais que dans un parfait assujettissement à Dieu ; tout le monde est semé de fers et de liens qui nous gai'ottent de tous côtés.

Combien notre propre cor[)S nous assujetit-il ! Combien nos afîaii'es temporelles ? Combien nos amis, combien nos enfans, et nos propres domestiques, qui sembleroient n'avoir autre condition que de nous servir, et néantmoins ils nous assujettissent. On dira que ces sujettions sont volontaires, mais ie ne le pense pas, et si nous y pensions bien, il s'en passe plusieurs, dont nous voudrions bien être exempts, et y travaillons avec peine et à regret.

Le mal est que nous mettons notre repos es choses auxquelles il ne peut être, et ne connoissons pas quelles sont les choses fortuites, mais cherchons le repos, en ce qui ne dépend pas de nous, et par conséquent nous le mettons en la puissance d'autrui ; ce qui n'est pas liberté. Comme si un homme s'était résolu qu'il ne grêlât point sur son jardin, et s'aflligeoit quand il arrive. Vous pouvez penser quel jugement on en ferait.

Or toutes les choses qui dépendent d'autrui sont fortuites, elles arrivent sans notre volonté ; car soit le feu, soit le larron, soit la gi'êle, soit l'infidélité d'un amy, soit la calomnie, soit la rencontre d'un chien enragé, soit la chute d'une muraille, soit un mauvais juge qui a notre procès entre ses mains, soit mille autres choses semblables, sont choses fortuites, et hors de nous, sur lesquelles nous n'avons point de puissance, de sorte que ce n'est pas prudence de s'en affliger '.

Fortes pensées, dignes d'habiter une lête naturellement fière ; peut-être, pour son repos, Monlyon aurait-il agi prudemment en les adoptant plus tôt, du temps que l'ambition le lourmeiilait ; peut-être aussi lui étail-il réservé, comme à tant d'autres.

1. Archives de VAssislnnce Publique. J.a pièce porte pour toute réfi'-lence : Copie d'une lettre du (/arde des Sceaux à Mademoiselle Deinarillac sic) sa hellc-fille. Le 2i mars 1630.

de ne trouver la « voie et la vérité », qu'au moment d'abandonner la vie K Quoi qu'il en soit, on aime à imaginer l'ancien rédacteur du Mémoire des Princes, relisant sur son lit de mort les

1. Le § 2 du testament de Montyon portait : « Je veux être enterré ivec la plus grande simplicité, ce qui devra être exécuté d'autant plus exactement que ce qui sera économisé sur cet article tourne à lavantafje de mes legs . »

Conformément aune telle disposition, Icnlerrement fut, parait-il, très simple ;« il ne ressembla en rien, dit Alissan de Chazet, à ces pompes funèbres pleines de magnificence et d'éclat, auxquelles il ne manque que la douleur ; quelques amis éplorés et des pauvres qui se croyaient orphelins » composèrent tout le cortège. La tombe fut creusée au cimetière de Vaugirard, auprès de celle de La Harpe. Aucune inscription n'indiqua tout d'abord le lieu de la sépulture. En 1838, le cimetière de Vaugirard ayant été désaffecté, les restes de Montyon furent transféi'és, à l'ancien liotel-Dieii. où ils demeurèrent jusqu eii 1877 ; à cette époque, l'ancien Hn(el-l)icu fut lui-même démoli ; nouvelle translation, soi-disant provisoire, mais qui semble avoir acquis un caractère définitif, puisque depuis 187'/, Monlyon repose dans l'église Saint-Julien-le-Pauvre, où la présence de ses restes a été vérifiée, le 19 mars 1906, par les soins de l'Administratiiin de l'Assistance Publique, en présence d'une délégation de l'Académie Française et de l'Académie des Sciences, et d'un certain nombre de membres de la Commission du Vieux Paris. {Voir Procès-verhanx de cette Commission, avril 1906, et Compte 3/ora/ de l'Assistance Publique, exercice 1906.)

Est-il besoin d'ajouter que l'érection d'un buste de Montyon fut décidée, sinon aussitôt après sa mort, du moins aussitôt que l'importance de ses libéralités i'ût connue ? Le Conseil général des Hospices arrêta que le monument se dresserait « sous le portique de l'Hôtel-Dieu, vis-à-vis la statue de saint Landry », el. de plus, que « des copies en seraient placées dans tous les hospices, .'i 1 endroit même où se fait la distribution des secours aux convalescents ». Commandé en 1824, au baron Bosio — un des iutisles ul'ficicls de lépoque —, le busie n'était pas prêt en 1837. « On regrette, écrit .Alissan de Ciiazet. que le sculpteur ne l'ait point encore terminé. On ne fait ])as un bon ouvrage aussi vite qu'une bonne action. »

.Apparemment, .Alissan de Chazet ignorait la véritable raison des lenteurs du banni Bosio: celui-ci marquait d'éléments. Montyon n'ayant laissé aucun porti-ait connu. C est alors que l'on s'avisa d'un singulier expédient : on fit poser devant le noble artiste certain fermier de la Bric ciui présentait, disait- on, avec l'ancien Conseiller d'Etat, une ressemblance tout à fait remarquable, et. voici je curieux avis du mandat qui fui dé!ivié tlans la circonstance, par rordbnnaieui- général des hospices:

.Administratio:i CénéiMlr îles HôpiLaux. II )spices et Secours à Domicile de Far.s. .';■= Division.

Paris, le 20 mai 1829.

Le Membre de la Commission adminivlralive. Ordonnateur général,

.1 .U. Gnérin, receveur.

■■ Le 1 mai. présent mois, j'ai délivré mandat en dépense sur les fonds sp 'ri.iUA (le- 1X29. delà somme de 200 fi'. au nom du sieur André Beauvais, pour in-lcmiiilé ('c frais de séjour et de \-oyage à Paris, où il .ivait été

conseils de Marillac, et répétant avec sérénité : « Tout le monde est semé de fer et de liens qui nous garottent ; . . . nous mettons notre repos es choses auxquelles il ne peut être ... » La sag-esse est de « ne rien dire, parler peu, ne point sentir les injures et o IFenses, vivre comme en pays étrangler « .

a])pclc auprès de M. Bosio, sculpleiir, pour parvenir à la confection de la statue de M. de Montyon, avec lequel ce particulier a été reconnu avoir une parfaite ressemblance... »

Signé : Boicudoing.

{Archives de l'Assistance Publique.)

Il ressort de cette pièce, que le soi-disant buste de Montyou qui orne aujourd'hui, non plus la cour de l'Hôtel-Dieu, mais le tombeau de Saint- Julien-lc-Pau\re, reproduit tout simplement leffigie du sieur André Beauvais .

Est-ce à dire que l'on ne possède aucune reproduction des traits de Montyon ? Suivant une tradition qui règne encore à l'Assistance Publique, le vieillard aurait consenti à poser une fois, une seule fois, devant un peintre, et cela, sur la demande expresse de sa filleule, Robertine de Baliviére. Héritière de cette toile. M"" de Balivièrc aurait fini par la céder au Conseil général des Hospices; elle orne actuellement le cabinet du \'ice- Président du Conseil de surveillance de l'Assistance Publique.

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