‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 22 sur 224 · L ENFANCE, L EDUCATION, L ENTREE DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

L ENFANCE, L EDUCATION, L ENTREE DANS LE MONDE

siens, et les conditions de leur vie sociale semblent déterminées par un seul l'acteur, la présence ou l'absence du maître. Quand il est présent, on traite sous son égide et avec son conseil, les grands intérêts qui touchent aux personnes et aux biens ' : on échange les terres et les fruits, on partage les héritages, on marie les filles ; quand il est absent, on se contente de préparer la récolte prochaine, et dattendre : mais, plus d'un, chaque matin, songeant aux décisions à prendre, aux avis à solliciter, aux délais à obtenir, tourne des regards impatients vers le château, et se demande avec anxiété quand les fenêtres en seront ouvertes.

Vieille maison toute pleine d'une atmosphère paisible, et que l'on aime à se figurer meublée d'amples fauteuils Louis XIV, de tapisseries à verduresetà mythologies, de commodesaux ventres rebondis et aux bronzes reluisants, vieux serviteurs aux visages amis et aux cœurs iidèles, bons prêtres dont la sollicitude et le dévouement égalent la piété, jeune sceur encore un peu endeuillée et que tout le monde cherche à consoler de n'avoir plus de mère, frère cadet, presque jumeau, père excellent et dont chacun dans la famille admire et loueàl'envi l'honnêteté, l'exactitude, l'esprit de devoir, tel semble donc avoir été le milieu un peu austère, dans lequel se passa la première enfance de notre héros ; on devine aisément qu'il en garda des impressions ineffaçables. Soixante ans plus tard, éloigné de FVance par les événements et se consolant de l'exil en d'innombrables et infatigables travaux de plume, Monlyon jettera les bases d'un parallèle entre l'éducation de la famille et l'éducation publique; donnant à la première une préférence marquée, il écrira :

« L'éducation domestique est plus active et plus puissante en ce qu'elle est formée par un sentiment plus tendre etcju'elle agit sans cesse ; le germe d'un bon citoyen, est avant tout un bon fils, il faut regretter les mœurs antiques danslesqueiles le père de famille était un chef, un arbitre, un souverain, une divinité tutélaire, respectée et chérie; où il n'y avait entre parents qu'une habitation, une même table, comme entre époux un même lit - <>

1. Compte de Tutelle, pnssiin. V. aussi Babeau, Le vtllitçfe sohs l'ancien réffinie.

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