Fragment inédit, Archivesde l'Assistance Publique
Et sans doute, en sexprimant ainsi, il songeait au parc de Monthyon, tout plein des jeux et des cris de son enfance, aux routes bordées de cerisiers, aux champs de blé mûrissant, sur le flanc des collines de la Brie, aux remontrances et aux caresses d'un père trop tôt disparu, aux leçons de Tabbé Segonne, aux sermons du curé Carruel, et surtout à l'ombre douce que portait sur le groupe formé par sa sœur, son jeune frère et lui-même Tampleur des coiffes maternelles.
Nous n'avons pas encore parié de M""' de Montyon ; c'est qu'aussi bien nous réservions le portrait de cette excellente mère pour le moment où le veuvage va lui créer de grands devoirs.
Robert Auget mourut, en effet, le 9 février 174], à l'âge de 46 ans, laissant, comme on sait, une fille de treize ans toutrécemment mariée', un garçon de huit ans et un autre de six. Par un testament longuement et minutieusement rédigé, il instituait, selon 1 usage, son fils aîné, légataire universel, et faisait certains legs particuliers, d'ailleurs considérables, en faveur de sa fille et de son fils cadet -.
A rencontre de ce qui s'était passé pour ses auteurs, plus modestes, et moins « entêtés de glorioles », on lit d'abord au maître des Comptes de belles funérailles, dont le luxe nous est attesté tant par les mémoires de Le Roy, maître d'hôtel, chargé d'organiser le deuil de la livrée, que par ceux de Bailly, marchand épicier, auquel incomba la fourniture de la cire et du luminaire. Un service funèbre fut célébré à Paris en l'église Saint-Jean-en-Grève, un autre à Monthyon, un troisième, à
1. Marie-Louise Aiij;et a enait d'épouser Michel Bou\arcl de Fourqueux, Conseiller au Parlement. La Chesnaye des Bois attribue à ce mariage la date du 22 août 1738. Mais cette attribution est assez invraisemblable, car la mariée n'aurait eu alors que 10 ans. Ce qui est certain, c'est que le mariagre est antérieur à 17iO, pliisque Bou\ard de Fourqueux ligure comme déclarant et avec la qualité de gendre dans l'acte de décès de Robert Auget et puisque M"" de Fourqueux figure sous ce nom dans le testament paternel, qui est du 5 novembre 1740.
2. Voici le détail de ces legs : 80.000 livres à M"'" de Fourqueux ; — et, à Louis de Chambry, la ferme de Pressy avec maison de campagne meublée, 00.252 livres de capital placé en rentes sur la ville. 20.000 livres en argent comptant. 310 livres de rentes sur divers « et une douzaine d'assiettes d'argent du poids de 26 à 27 marcs ». — Il est à noter que M""" de Fourqueux avait déjà reçu de grands avantages par contrat de mariage.
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Chambry '. Puis, on imposa trêve à la douleur et aux prières pour org-aniser la tutelle des héritiers, et ce fut là la grande a Ha ire.
La tutelle légale exercée par la mère survivante n'exislait pas alors, dans toutes les coutumes : il fallut donc un « avis des parents des mineurs », homologué par sentence du Châtelet de Paris, en date du 15 février 1741, pour que M""' de Montyon fût nommée tutrice de ses deux fils ; t< messire Georges Jubert, chevalier, marquis du Thil, mestre de camp d'infanterie » eut le titre de subrogé tuteur.
On fît inventaire des biens de la succession, on vendit la charge de conseiller des comptes, puis, on aperçut que l'administration d'une fortune considérable excédait peut-être les forces d'une jeune veuve, et d'un « mestre de camp » ; et l'on adjoignit à M""' de Monthion ce que nos anciens appelaient « un tuteur onéraire » et ce que nous appellerions aujourd'hui un administrateur rétribué. Ici encore, nous retrouvons le fidèle Jean-Guillaume \\'oif. déjà connu de nous par les comptes qu'il rendait à la châtelaine de Nozay, grand'mère maternelle de Montyon - : une sentence du Châtelet, en la date du 12 septembre 1741, le désigna comme « tuteur onéraire chargé de régir et d'administrer les biens des deux mineurs ».
Alors commence entre cet honnête homme et M""' de Montyon, une véritable lutte d'émulation et de dévouement : c'est à qui des deux se montrera le plus avisé, le plus zélé et surtout le plus économe des biens dont la sauvegarde leur a été confiée ; c'est à qui raffinera le plus sur la délicatesse, sur l'ordre, et, quelquefois aussi, la parcimonie.
Quand on ouvre le singulier et volumineux monument de celte rivalité, ce compte de tutelle que nous avons déjà si souvent cité, on est tout d'abord frappé de ce qu'il y a d'un peu mesquin et d'un peu puéril dans certaines mentions sans portée, et certains détails sans intérêt apparent ; on croit presque à une gageure, ou bien à quelque amusement : on trouve puérile et mé-
1. Compte de Tutelle. Frais funéraires etde dernière maladie.