I. V. Franklin, Eloçfe historique de Montyon. Paris, 183 i
L ENFANCK, L ÉDUCATrON, L ENTRÉE DANS LE MONDE 27
diverïi ordres religieux turent tenus de recueillir la succession pédagogique des Jésuites; c'est aussi à cette époque, en 1765, que l'abbé de la Roche, déjà embauché dans la domesticité d'Helvétiu.s, fit passer à Montyon un long mémoire intitulé : Considéralions sur les professeurs et les écoliers de la Conxfrégation (de Saint-Maur).
Montyon annota, de sa main, ce travail d'ailleurs fin et intéressant; il fît siennes presque toutes les critiques dirigées par l'auteur contre « les prodiges de babil accomplis par les écoliers de l'époque, et leur talent d'assommer les auditeurs avec de mauvaises raisons que la plupart ne comprennent guère, enveloppées dans un latin que beaucoup n entendent pas » ; puis, voici, en quels termes il apprécia, à son tour, sous la forme d'un résumé du mémoire, les principes admis de son temps, en fait d'éducation et d'instruction : « Les principales véritéssont: 1" que les maîtres sont mal choisis ; 2° que les écoliers devraient avoir plus de temps pour le travail; 3" que les études devraient être moins dirigées vers l'érudition, champ épuisé, et dont les récoltes sont peu recherchées '. » Evidemment, il n'y a là que de simples notes : mais on en peut inférer sans trop de témérité, que Montyon sortit du collège avec l'impression de n'y avoir rien appris qui fût véritablement utile, si ce n'est le latin, et qu'à l'exemple de la plupart des écrivains du xviii® siècle, il aurait volontiers paraphrasé le mot de Voltaire : « je savais le latin et des sottises ».
De même, on doit supposer que ses études de droit, ne furent à l'origine ni très absorbantes, ni, par suite, très approfondies ; il fit son droit, comme tout le monde, parce qu'il fallait le faire avant d'acheter une charge et d'être présenté parmi les gens de robe; et il s'en tira, comme tout le monde, en prenant des inscriptions et en passant des examens, dont nous ne savons rien, sinon que le prix en était déjà fort élevé ; à la date du 30 août 1753, Jean-Guillaume Wolf versa en effet 300 livres au
1. Fragment incdil aii.\ Archives de rAssistnnce Pul)li<iue. Le mémoire de labbé de la Roche est peut-être bien inédit lui aussi ; du moins il ne parait pas avoir été connu du savant auteur des Etudes classiques avant la Révolution. M. l'abbé Sicard.
sieur de Sever, agrégé en droit, pour les honoraires de la thèse de bachelier, de celle de licence et de l'examen français '.
Aussitôt ces formalités remplies, on se préoccupa de provoquer l'émancipation juridique du nouveau licencié et elle lui fut accordée par lettres d'émancipation du 16 mars 1754 ^; on s'assura pour lui, d'une charge de judicature, et le 4 avril 1754, par acte passé devant A'P Bronod, notaire au Ghâtelet de Paris, il acheta de M. Boula de Mareuil celle d'avocat du roi ' audit Chàtelet. Enfin, pour bien marquer que sa nouvelle fonction ne devait point lui faire oublier les prérogatives et les devoirs du seigneur de village, on l'initiait, vers la même époque, aux choses de l'exploitation rurale, et à celles de la hiérarchie féodale ; on faisait recouvrir à son intention < au moyen d'une grande peau violette, le livre des cens et renies de la seigneurie de Monlhion '" », on lui donnait couramment du monseigneur, voire même du monseiffneiir le baron, on s'arrangeait, enfin, de façon à ce qu'il rendît ofliciellement « foi et hommage au roy, en sa chambre des comptes de Paris, pour la baronnie de Monthion et fiefs de Jassigny réunis » ; cet honneur ne lui cnùta que '236 livres 1 sol 3 deniers '■'.
Lui-même poursuivait parallèlement à toutes ces démarches, ce qu'on pourrait appeler son émancipation morale. S'il ne fit pas de suite l'emplette du carrosse qui, selon le président Hénault •', marquait une date dans la vie d'un garçon de qualité, il prit du moins un laquais et l'habilla de neuf '^ ; il se préoccupa de monter sa propre garde-robe : habits et gilets de soie, den-
1. Compte de Tulelle. p. 246. Avant de devenir l'élève du sieur de Sever, Monlyon avait failli fréquenter les cours de droit de ce Moreau, dont on a publié, il y a quelques années, les très curieux souvenirs, et auquel il avait été recommandé par M™' de Chastellux. Mais d'une part, l'éloi^nement fit obstacle à ce projet car Moreau tenait son cours, au faubourj; Saint-Geiniain, et Monlyon demeurait au Marais : d'autre part. Moreau lui-même ne se souciait pas de prendre un élève, dont la mère, dit-il, jjassait pour fort avare (A/es sourenj'rs, t. I. p. 42 .