V. Desmaze, Le Châtelet de Paris
MONTYON MAGISTUAT DE 1754 A 1767 33
importance. Au jour du débat, ces conclusions ou avis du Parquet étaient dévelopjDés par un des avocats royaux.
Soit que de telles fonctions ne l'aient yuère intéressé, soit plutôt qu'il les ait considérées comme une besog'ne de début, Montyon, qui conserva tant de documents, n'a rien j^ardé touchant son passage au Chàtelel. Toutefois, d'après des notes curieuses, que nous avons retrouvées dans ses papiers, et qui concernent l'état de magistrat, on peut affirmer sans témérité, que, dès cette époque, il apporta dans l'exercice de ses devoirs professionnels une exactitude, une probité et une décence peu communes chez un substitut de vingt et un ans. Voici en effet, les règles et les maximes qu il prétendait imposer à ses collègues et qu'il avait sans doute pour le moins essayé de s'imposer à lui-même ' :
La Magistrature, placée par les lois dans l'ordre de la Noblesse, mais rangée par les préventions des grands seigneurs et des anciens nobles, dans un rang moins distingué, serait la première de toutes les professions si elle était considérée d'après l'éminence de ses fonctions, et les lumières delà raison ; que peut-il, en effet, exister de plus honorable pour Ihumanité, que le pouvoir déféré par la confiance à la sagesse et à la probité ? ces deux qualités, qui, par leur essence, doivent être unies, cai'actérisent et constituent le magistrat, et de même que dans les états politiques, il est des qualités qui en sont le ressort, de même, dans chaque pi'ofession, il est des vertus qui en forment le caractère. La vertu du juge c'est la sagesse. Le Magistrat doit avoir des mœurs, si ses mœurs sont suspectes, je ne puis croire qu'il soit sage, et sa probité a un garant de moins.
Le magisti-at ne doit pas être fort répandu dans la société, la dissipation ne va point avec ses occupations ; il est difficile que dans la société la légèreté ne lui fasse pas pei'dre le véritable esprit de son état. La vue de la société lui donnera le goût des plaisirs et du luxe, et par conséquent de l'argent.
Un habit extraordinaire, sombre, exclusif de la galanterie et de l'éclat, des vêtements longs sont plus qu'on ne ci'oit la sauvegarde des mœurs ; un magistrat, qui serait toujours en robe serait toujours chez lui, il serait mari, père, enfant, frère, parent, ce que tout le monde doit être, ce que presque personne n'est...