‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 37 sur 224 · L'Espion dévalisé · texte numérisé non relu

L'Espion dévalisé

38 CHAPllRE III

le groupe des dociles et il est probable qu'il s'y rangea dès le début ; lui-même d'ailleurs se glorifiera plus tard d'a\ oir rencontré dans le conseil des maîtres éminents et de s être incliné devant eux : c'étaient, dit-il, MM. d'Aguesseau, de Machault, Trudaine, La Granville, Gilbert de Voisins, et beaucoup d'autres « moins célèbres peut-être, sans être moins éclairés » '.

Mais, par nature d'esprit et par caractère, Montyon était assez peu porté à remplir le rôle effacé d'une sorte de stagiaire, qui ouvre la bouche quand on le lui permet et prononce in verha. maqistri. Les sentiments ambitieux qui le possédaient devaient, d'autre part, le conduire , quoi qu'il en eût, à la cour et dans le monde. Nous allons donc le voir, tour à tour, prenant, au Conseil, la place, l'attitude et le ton d'un élève qui fait la leçon au lieu de la suivre ; et portant à la cour et à la ville, l'habit, l'humeur et l'esprit d'un homme décidé à connaître et fréquenter tous les chemins de la fortune.

Au Conseil d'État, il servit par quartiers, comme ses collègues ; une tradition veut qu'après avoir débuté aux Requêtes de l'Hôtel, il ait travaillé auprès de Malesherbes, à la Direction générale de la Librairie- ; un peu plus tard, en 1764, nous le trouvons revêtu du litre de Procureur des Economats de France •^ c'està-dire administrateur général de toutes les charges et bénéfices qui étaient à la nomination du roi et dont la gestion et les revenus revenaient à l'État, en cas de vacance. Enfin, on a la preuve

1 . Principes de l'ancien conseil du roi. ouvrage inédit, aux Archives de V Assistance Publique.

2. Cette tradition s'autorise uniquement d'une lettre de Voltaire à Montyon, en date du 9 janvier 1767, et qui a été citée par tous les biographes du philanthrope, depuis Alissande Chazet jusqu'à M. F. Labour. 11 est possible que cette lettre soit authentique, encore qu'Alissan de Chazet n'ait jamais dit où il en avait vu l'original. Mais elle ne prouve nullement que Montyon ait été attaché à la Direction de la Librairie, et surtout sous Malesherbes : d'abord, parce que Malesherbes quitta cette Direction en 1763, ensuite, parce que la lettre elle-même paraît avoir trait à une aflaire contentieuse dont Montyon fut tout simplement rapporteur. Ni dans les Archives de V Assistance Publique, ni dans celles de la Chambre syndicale de la Librairie (Bib. Nationale), ni dans la collection Anisson Duperron. nous n'avons trouvé trace du passage de Montyon à la Direction de la Librairie.

Page 1