‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 49 sur 224 · M"" de Genlis, Mémoires · texte numérisé non relu

M"" de Genlis, Mémoires

.3. Garât, Mémoires hisloriqnes sur le XVIII'^' siècle el sur M. Suard. i. Garât, op. cit.

MONTYON BEL ESPRIT DE 1754 A 1767 ol

comme ung'lossateur riche et puissant ; il apportait à M'"'' Dupin, des madrigaux renouvelés du Temple de Gnicle auxquels elle répondait par de courtes dissertations imitées de VEspril des Lois; enfin, il semait, de temps en temps, la bonne parole philosophique parmi les jeunes gens qui se groupaient respectueusement autour de son lauteuil : « Allons, messieurs, disait-il ', avec cette sérénité et cette élévation véritables, que connurent si rarement les adeptes de V Encyclopédie, vous êtes dans l'âge des grands efforts et des grands succès: je vous invite à êtres utiles aux hommes, comme au plus grand bonheur de la vie d'un homme... Je suis fini, moi ; toutes mes bougies sont éteintes; vous commencez, vous ; marquez-vous bien le but; je ne l'ai pas touché, je crois l'avoir vu. Les nations s'environnent du luxe, des richesses et du luxe de l'esprit, et les hommes manquent 1res souvent de pain et de sens commun. Pour leur assurer à tous le pain, le bon sens et les vertus qui leur sont nécessaires, il n'y a qu'un moyen, il faut beaucoup éclairer les peuples et les gouvernements, c'est là l'œuvre des philosophes. »

Montyon était très jeune quand il lui fut donné d'entendre le glorieux vieillard ; il en garda pourtant une impression ineffaçable et, trente ans "plus tard, voulant peindre le contraste qui existe parfois chez un homme illustre, entre son génie et sa tournure, il citera - « le président de Montesquieu, avec son petit habit bleu, et son petit galon d'argent, son air mesquin, ses disgrâces, ses distractions, ses inégalités, le ridicule de ses affections, de ses colères, de ses caprices, et cet accent gascon >>, qui faisait parfois confondre l'auteur des Lettres Persanes avec le premier venu d'entre ses métayers.

Les dispositions philosophiques dans lesquelles entra Montyon, à la suite de ses débuts chez M""' Dupin, le conduisirent dans deux autres salons également célèbres, quoique rivaux, celui de M"^'^ du Deffand et celui de M"'" de Lespinasse ^.

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