‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 55 sur 224 · Archives de l'Assistance Publique, fragrmenl inédit · texte numérisé non relu

Archives de l'Assistance Publique, fragrmenl inédit

MONTYON BEL ESPRIT DE 17o4 A 1767 59

Le second morceau semble plus parfait : c'est une véritable petite comédie par correspondance, dont Crébillon le lils lient le premier vô\e et dans laquelle, il en faut bien convenir, Montyon a égalé, sinon surpassé, celui qui était ce jour-là son héros et son maître :

Correspondance de la princesse de... avec M... (il y a quelque apparence que c'est Crébillon le fils).

M'^^ la princesse de M... à M . ..

Tu mas quittée à troisheures du matin, il est une heure après-midi, et il me semble qu'il y a des siècles que nous sommes séparés ; sans toi il n'y a pas de bonheur pour moi, sans toi, je n'existe pas, reviens, je t'attends et compte les moments.

De la

même au même

Il y a deux heures que je t'ai écrit et je n'ai point encore reçu de réponse à ma lettre : que fais-tu ? De quoi peux-tu t'occuper si ce nest d'une femme qui t'aime, qui te désire "?... Comment ai-je pu te voir si souvent sans le discerner, ce n'est que depuis que tu m'as prise que mes yeux se sont ouverts, mais tu es ma vie, je te le jure jjar tout ce qu'il y a de plus sacré, etc., etc.

Réponse de M... à 3/"'" la princesse de...

Point de serments, madame, tâchez seulement de mètre fidèle, tant que j'aurai le bonheur de vous plaire; aimez-moi un peu moins aujourd'hui afin de m'aimer encore demain.

La princesse de . .. à M. . .

Vous parlez, monsieur, un peu légèrement, et je ne suis pas trop habituée à ces petites manières ; il me semble qu'une femme comme moi, placée au-dessus du commun, mérite au moins des égards.

M... à M"'^ la princesse de...

Tous les tons vous vont à merveille, princesse, et la dignité ne vous sied pas mal ; je ne vous conseille pourtant pas de vous y tenir : l'habit de cour n'est ni le plus agréable, ni le plus commode, un

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corset blanc, un jupon court font plus de sensation... Usez-en pourtant, comme voUs voudrez : votre destinée est de plaire, comme la mienne est de vous admirer et de vous aimer.

La princesse de à M

Tu es charmant et je ne suis qu'une fille : viens me voir ce soii- et tu en useras avec ta très humble servante, comme il te plaira '.

De telles pages suggèrent tout naturellement une question : Montyon a-t-il aimé ? ou du moins a-t-ilnoué quelques-unes de ces intrigues galantes, qui achevaient de mettre un homme en bonne posture de cour, et à défaut desquelles la vie de tout personnage notoire semblait une œuvre incomplète, mutilée, presque manquée ? A cette question, nous répondrons simplement qu'il a trop médit des femmes pour ne pas les avoir beaucoup pratiquées. Sans doute, ses contemporains ne lui ont attribué aucune liaison secrète ou scandaleuse, lui-même ne nous a rien confessé de précis à ce sujet, mais dès 1758, à l'apparition du livre de \ Esprit, que lui offrit Helvétius, nous le voyons noter et mettre précieusement de côté - cette obser\alion qui, sans doute, correspondait à un personnel étal d'âme :

« Dans les grands romans, c'est toujours avant leur mariage que les héros combattent les monstres et les géants et les enchanteresses. Un sentiment sûr et sourd avertit le romancier que les désirs de son héros une fois satisfaits, il n'a plus en lui de principe d'action ; aussi tous les auteurs de ce genre nous assurent qu'après les noces du Prince et de la Princesse, tous deux vécurent heureux, mais en paix. 'I

Puis, un peu après, soit que la Princesse lui ait été particulièrement cruelle, soit qu'elle l'ait désenchanté, nous voyons naître chez JVlontyon une misogynie dont nous suivrons plus tard le développement et les exagérations, et qui lui inspire des réflexions dans le goût suivant :

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