‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 56 sur 224 · IhiJ · texte numérisé non relu

IhiJ

Un LMifant désire un jouet, si on le lui refuse, il le désire plus vivement, lobtient-il, après des contradictions, il en jouit avec fureur ; la jouissance est-elle longue et paisible, le dégoût survient» et enfin le jouet est abandonné ou brisé ; la plupart des femmes galantes traitent ainsi leurs amants, et toutes les femmes tiennent plus ou moins de la femme galante ; un moyen sûr de n'en être pas longtemps aimées, est qu'elles soient assurées d'être aimées.

La science dans laquelle les femmes excellent, c'est la connaissance du cœur humain, et lart de diriger et de fléchir les volontés. Les femmes, forcées par nos mœurs à cacher le sentiment dont elles sont pénétrées, quelquefois même à feindre et montrer un sentiment qu'elles n'ont pas, placées par les lois dans la dépendance des hommes, obligées par conséquent à un sacrifice perpétuel de Iciirs volontés, ont un grand intérêt d'étudier la force et la faiblesse des hommes, d'être dans une observation perpétuelle de leurs pensées et de rechercher avec industrie les moyens d'influer sur leurs déterminations. Or, comme l'intérêt fut toujours le germe de l'art, et que l'observation et l'expérience sont les instruments de son progrès, il est naturel que dans cet art les femmes aient une grande supériorité sur les hommes; ainsi tandis que sur cette matière, les hommes spéculent et dissertent, les femmes pratiquent et régnent...

Quelque bizarre, quelque absurde que soit cet empire, il existe pourtant, et même, par la ligue secrète des femmes qui, divisées entre elles, se réunissent pour l'intérêt de leur puissance, cet empire dégénère en un despotisme tellement oppressif que tout homme sage le redoute, et n'ose critiquer les femmes qu'en prenant le langage des cours où on ne reproche aux rois que les défauts qu'ils veulent bien avouer. Celui-là rendra un grand service au siècle qui publiera cette conspiration d'un sexe contre l'autre, qui attaquera ces tyrans qu'on ne craint pas assez parce qu'ils sont faibles et jolis, <jui fera connaître à combien de malheurs elles se dévouent, decombiende maux elles sont cause '.

A la vérité, tant d'humeur, tant d'animadversion, et de parti pris, ne semblent-ils pas le fait d'un homme chagrin, déçu, et qui a demandé aux belles dames de son temps un peu plus quelles ne pouvaient lui donner? N'en doutons point: lancé de bonne heure dans un monde où l'amour du plaisir avait

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