‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 57 sur 224 · I. Archives de l'Assistance Publique, fragrment inédit · texte numérisé non relu

I. Archives de l'Assistance Publique, fragrment inédit

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détruit le plaisir d aimer, Montyon connut d'abord ces (« égarements du cœur », que favorisaient tantôt « le hasard du coin du feu >', tantôt « la nuit », et tantôt le « moment ». Puis, comme il était né sensible, il devint plus exigeant : poussant sa pointe auprès de quelque beauté à la mode, il osa requérir d'elle de la constance, de lémotion, « des élans de tendresse et d'amitié profonde ' ». Il fut repoussé, maltraité, bafoué peut-être... Et c'est alors qu'il se prit à médire des choses et des êtres quil avait le plus aimés : la société, la conversation, le bel esprit, les femmes elles-mêmes. C'est alors qu'il commença de porter, dans les salons, le masque et Ihabit de gravité, dont il ne s'atîublait auparavant que dans les Conseils.. . C'est alors aussi qu il tourna définitivement son activité vex^s des objets moins frivoles que les intrigues et les propos de cour. Suivons-le jusqu'aux provinces où il exercera les fonctions d'intendant: nous allons voir que les plaisirs n'ont afïaibli ni son goût pour l'etTort personnel, ni son ardeur au travail, ni son désir de s'illustrer par les services rendus.

l. Expression de Montyon lui-même dans un des fragments partiellement cités plus haut.

MONTYON INTENDANT DE PROVINCE : LINTENDANCE d'AuVERGNE

I. Comment Montyon se prépara au rùle d'intendant deprovince: Montyon autodidacte. — Mont\on intendant de ses biens personnels.

II. L'Auvergne en 1767. — Le ren/erniemen^ des mendiants; Montyon et Laverdy. — La liberté du travail; Montyon, Turgot et Trudaine de Montigny. — La disette de 1770 ; organisation des secours et des travaux publics : les routes d'Auvergne.

111. Impopularité de Montyon : ses rapports avec les paroisses et les communautés. — Ses attributions de police : véridique histoire de Taurin Montagne, brigand auvergnat. — La corvée en Auvergne. — Rapports de Montyon avec la noblesse : mondanités et sévérités ; la ville de Thiers et le droit de leyde.

Montyon et les parlements Maupeou : le conseil supérieur de Clermonl- Ferrand ; — M. de Chazeral. — Disgrâce de Montyon.

En 1767, continuant de courir la carrière ouverte aux maîtres des requêtes, Montyon devint intendant de province. Il comptait alors trente-quatre ans ; magistrat, il s'était fait remarquer, dans deux ou trois circonstances notoires, par de louables velléités d'indépendance ; courtisan et bel esprit, il s'était mis avec succès au ton du siècle, et, s'il n'avait pas épuisé ce que ses contemporains nommaient la coupe des voluptés, il en avait du moins goûté le fond d'amertume... Pour cet homrne distiii" gué, un peu déçu, mais par là-mème affermi, le moment semblait donc venu de donner toute sa mesure...

Montyon l'entendit bien ainsi : nous touchons à la période de sa vie où il affirmera avec le plus d'énergie et de suite, un mérite volontairement personnel, et une vertu qui ne se contente pas d'être la vertu, mais qui s'efforce encore de paraître originale. Comme cette originalité éclate jusque dans la manière dont

rintendant d'Auvergne s'était préparé à ses nouvelles fonctions, nous dirons d'abord quelques mots de la discipline à laquelle il plia son esprit et son caractère durant les années qui précédèrent l'année 1767, et pendant tout le temps que lui laissaient les conseils, les bureaux, le monde et les plaisirs.

Montyon tenait qu'un politique doit s'inspirer de lexpérience personnelle ou traditionnelle, et non pas des théories en vogue ou des systèmes officiellement préconisés. Disciple fervent de Montesquieu, qu'il proclamait le plus grand esprit de son temps, il affectait volontiers de mépriser les dogmes philosophiques que prêchait J.-J. Rousseau, et les prétendues lois naturelles que Turgot et les économistes s'efforçaient d'identifier avec la loi sociale. « Ce Rousseau, écrit-il quelque part, qui a passé la majeure partie de sa vie à se laisser séduire par ses vices, n'était qu'un adroit imposteur dont le but était d'anéantir les droits des gouvernements existants et d'engager les peuples à conférer le pouvoir exécutif à un philosophe ' ... » Ailleurs, il n'a pour Turgot qu'ironie et raillerie :

Aux yeux de M. Turgot, écrit-il, toute l'espèce fuimaine était divisée en trois classes : la première, qui en composait la grande masse et la presque totalité, était formée de tous ceux qui ne s'occupaient point de spéculations économiques ; . . . il n'y voyait que le résidu de la société. Les contradicteurs de ses opinions, qui formaient la seconde classe, lui paraissaient ou des liommes stupides ou des esprits faux; il était même assez ordinaire qu'il leur refusât la probité et la bonne foi. La troisième classe très peu nombreuse, et à ses yeux la classe d'élite, était composée de ses sectateurs ; ils lui paraissaient des êtres supéineurs en intelligence, et en morale -.

Ainsi donc, point de ces doctrines qui prétendaient sauver la France, tous les matins, point de ces rêveries, par quoi la paix

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