Particularités sur les ministres des finances, p
sociale était troublée tous les soirs ; mais des faits, des dates, des chilFres, et des statistiques, tels étaient les éléments du savoir que Montyon exigeait de l'administrateur et qu'il s'appliqua pour sa part à acquérir.
Il s'adressa d'abord aux sciences, principalement à celles qui traitaient de la nature humaine. « Car, dit-il, quiconque veut gouverner les hommes doit chercher à les connaître, puisqu'on ne fait rien que par eux et pour eux '. »
Le voilà donc, étudiant la physiologie avec Tenon, l'anthropologie avec Bufïon, la statistique avec l'abbé de La Roche, et la psychologie avec tout le monde. Le voilà recherchant les peintres des masques et des visages, les analystes des mœurs et des caractères; il n'en passe aucun; il ne se fait grâce ni des ennuyeux, ni des sots; il tâche, comme il l'écrit, à " profiter même d'un livre fait par une bête - » ; il feuillette, il rapproche, il découpe des extraits, il prend notes sur notes et se promène sans trêve à travers une bibliothèque dont Platon orne les premiers rayons, cependant que l'on découvre, aux derniers, les fabuleuses relations rapportées d'au delà les mers par de vagues voyageurs ^.
Entre les philosophes et les voyageurs, une main diligente avait placé les auteurs favoris de Montyon, c'est-à-dire des historiens. En leur compagnie, le jeune magistrat se présente encore sous l'apparence d'un prodigieux autodidacte, et d'un véritable éclectique : il va de Tite Live, dont le génie oratoire lui impose, à Mézeray, qu'il méprise un peu, en passant par le président Hénault et son Abrégé Chronologique, pour lesquels il montre de la condescendance ; puis il achète les nouveau venus, les Mably, les Raynal, les Gibbon et les Hume, il recherche les mémoires dont la publication commençait de devenir à la mode, il poursuit jusqu'au fond des collections privées, l'anecdote manuscrite, la lettre et les essais inédits, il se tient à laffùt des
1. De l'Hclministration. manuscrit, aux Archives de i Assistance Publique.