L. GuiMn.vi I). — Auget de Montyon
ouvrages prohibés, correspondances apocryphes, pamphlets, dialogues et autres libelles, dont les copies circulaient sous le manteau et constituaient pour ainsi dire la tradition écrite de la médisance, et les monuments de l'indiscrétion ^.
Nulle trouvaille cependant ne parvenait à satisfaire sa curiosité, tant celle-ci était passionnée : au bout de dix ans partiellement consacrés aux recherches et aux études historiques, Montvon constate et déplore en ces termes Fig^norance où vivaient les Français, relativement à leur propre histoire : « Nous n'avons point de corps complet de nos annales, qui mérite d'être lu : un moine a écrit des batailles , a falsifié notre constitution, a oublié et ignoré nos lois, nos finances, notre police, l'esprit et les mœurs nationales, un auteur préposé pour écrire notre histoire a tracé richement des faits, a fait quelques réflexions ingénieuses, et c'est tout : il faut convenir que c'est bien peu -. 0
Et ailleurs il ajoute : « Plus on étudie, plus on sent la nécessité d'apprendre, plus on aperçoit que les limites du savoir ne sont que les limites de la vie ■'. »
Dans ces sentiments, il concluait volontiers que la lecture et les travaux de cabinet ne font qu'un administrateur incomplet et ne forment qu'un talent livresque, auquel on doit ajouter l'expérience et la pratique des affaires. Mais ici apparaissent une de ses idées les plus originales et un de ses traits les plus singuliers : par expérience des affaires, Montyon n'entend pas celle que l'on prenait, à^ ersailles, dans les audiences, ou les bureaux ; il désigne celle que l'on acquiert dans la gestion d'un patrimoine, et, au rebours de tant de gens dont la fortune commence avec leur ministère, il considère que l'on doit apprendre, en gouvernant son bien propre, le respect, l'amour et l'économie du bien public. Il est là-dessus plein de discours, de raisonnements, d'exemples, et cite souvent celui de Sully, « en qui, dit-il, rien n'avait annoncé le sauveur de l'Etat, si ce n'est beaucoup d'ordre dans sa dépense domestique, le souci de bien vendre ses bois de