Ibidem. C
de mendiants à inonder le royaume ; à peine y sont-ils sortis de la coquille, que les enfants y reçoivent des leçons pour n'être pas à charg-e à leurs familles ^ . »
Du coup, Montyon connut qu'il lui fallait agir et faire donner la maréchaussée ; mais, il y mit tant de précaution, tant de scrupule, tant d'humanité, qu'à chaque instant, nous allons le trouver préoccupé de ruiner son propre ouvrage, de réparer les cruautés dont il sera l'involontaire auteur, et dentr'ouvrir les portes qu'il aura fermées. A Riom, soixante-quatorze mendiants sont amenés par les gens d'armes; trente-neuf seulement sont retenus et renfermés ; bientôt au fond de leur commune geôle, « une femme paraît avoir le principe du scorbut », cependant qu' (' une maladie que l'on caractérise de peste » se manifeste parmi, les autres ^. Montyon dépêche aussitôt un médecin, envoie des remèdes et déplore l'impossibilité où il se trouve de visiter lui-même les malades prisonniers. A Saint-Flour, M. Ghirol, procureur du roi et lieutenant de la maréchaussée, manifeste un zèle quelque peu excessif, et veut condamner aux galères « tous les mendiants robustes ou capables de travailler». Montyon larrête d'un mot: « La santé ni la force dont jouit un mendiant ne sont pas des raisons pour le condamner aux galères '^» , et, dans le même temps, il mande à tous les subdélégués d'occuper les renfermés, de « faire couper du chanvre aux hommes et filer du lin aux femmes ». Puis, dès les premiers jours du printemps, il accourt dans sa généralité : tout paraît y convier les hommes à la liberté et à la vie facile : l'herbe onduleuse des blés, la vigne en fleurs, annoncent les joyeuses fatigues des moissons et des vendanges prochaines ; parfumée et diaprée, la Limagne semble un paradis, où il y aura autant d'élus que d'appelés. Montyon entend cette leçon des choses. Il manifeste son désir de ne plus conserver dans les dépôts que les vagabonds dangereux, i< ceux qui mettent perpétuellement le laboureur à contribution » ; sous prétexte de favoriser la fauchaison, et moyennant la promesse faite parles parents des renfermés de