Archives du Puy-de-Dôme, C
Mais un incident remit tout en question. Le 20 novembre 1768, le sieur \'ernadet, fabricant de toiles peintes à Clermont, se plaignit de ce qu'un de ses concurrents le sieur Leclerc, cherchât à débaucher son coloriste, le sieur Dufils ; Montyon en réfère à Trudaine de Montigny, qui consulte, comme il sied, rintendant de Limoges, et répond : « S'il n'y a point d'engagement écrit, Dufils est libre de quitter son maître, en le prévenant six semaines à l'avance, yi. l'intendant de Limoges est là-dessus de mon avis, et n'adopte nullement l'espèce de morale qui se trouve dans les règlements, pour l'intérêt des maîtres seuls, sans égard à celui des ouvriers. Si un maître a le droit de renvoyer son ouvrier, celui-ci doit l'avoir également de quitter son maître et de se procurer un plus grand avantage, quand il le trouve. L'espèce d'esclavage dans lequel les règlements tiennent les ouvriers vis-à-vis de leurs maîtres est bien plus nuisible qu'avantageux au commerce, et les principes généraux de la liberté doivent avoir une application particulière aux ouvriers qui sont les seuls vrais fabricants... Si vous êtes dans le même sentiment, je crois qu'il conviendra de faire savoir au sieur Vernadet qu'il ne peut exiger du sieur Dufils que d'être averti, six semaines ou deux mois à l'avance, afin qu'il puisse chercher un autre coloriste ' . »
Montyon reçoit la leçon et semble tout d'abord l'accepter ; mais avant de la suivre, en homme soucieux des faits plutôt que des théories, il prend l'avis de ses bureaux ; M. Jaoul, son premier commis, lui représente que la plainte du sieur Vernadet fut portée contre le concurrent qui débaucha et non point contre l'ouvrier débauché ; qu'elle tendait à tenir un concurrent en respect, et non pas à maintenir un ouvrier en esclavage, et qu'aussi bien, la conduite du sieur Leclerc a déjà eu pour elfet de rendre le sieur Dufils intraitable et de l'emplir d'« une arrogance, qui est parfois le principal et unique fruit de la liberté». Montyon n'hésite pas un moment : il juge fort bien faite la lettre de son premier commis, et, tout en constatant que « le ton de la contradiction aurait pu être adouci », il vise la minute,