‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 71 sur 224 · Archives de VAssistance Publique · texte numérisé non relu

Archives de VAssistance Publique

5. Tous les détails et tous les textes concernant la disette de 1770. en Auvergne, sont tirés des Archives du Puy-de-Dôme, C. 906 à 926.

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31 août, les officiers municipaux d'Auriilac demandèrent que Tintendant « eût ég-ardà la disette du bailliage, quand il viendrait faire le département des tailles ». Depuis, les causes de misère s'étaient multipliées et l'hiver rigoureux de 1770 venait d'ôter aux paysans jusqu'à l'espérance d'un sort meilleur; les blés d'hi-. ver étaient détruits par la gelée, qui empêchait de semer ceux de mars ; toutes les racines, telles que carottes et navets, avaient subi l'atteinte du froid, les fourrages manquaient, et les bestiaux périssaient faute de nourriture. En vain, le fameux édit de 1764, concernant la liberté du commerce des grains, était-il appliqué dans la généralité de Riom. Personne ne songeait à approvisionner des marchés plus ou moins inaccessibles et sur lesquels l'argent se faisait très rare; aux yeux de bien des gens, la disette, presque générale en France, semblait d'ailleurs convenir à ce pays d'Auvrgne, dont nous avons déjà noté qu'il passait pour un des plus pauvres du royaume.

Vers le mois de mars 1770, les plaintes commencèrent à grossir le courrier de l'Intendance : « La misère augmente journellement par la cherté et la rareté du grain, écrit M. Pages de Vixouses, subdélégué à Aurillac ; la multitude des pauvres qui viennent de la campagne fait une surcharge pour la ville... Le mauvais temps achève de mettre la désolation dans le pays, nos montagnes sont encore couvertes de neige. » M. de Mallesaigne, subdélégué à Bort, affirme qu'« il n'est pas un grenier public, ni un particulier, si riche soit-il, qui ait du blé ». M. de Montluc, subdélégué à Saint-Flour, mande qu'« il y a dans la partie de Pierrefort, plusieurs gentilshommes pauvres qui soulfrent de la disette et risquent de périr de misère eux et leurs familles ». M . Tournemire, subdélégué à Mauriac, fournit l'état des personnes admises au dépôt de mendicité ; lamentable relevé ; il y a là, pour un tout petit pays, vingt-neuf indigents dont quatre ayant plus de soixante ans, quatre de quarante à soixante ans, trois de vingt à quarante ; les autres sont des enfants abandonnés dont l'âge varie entre trois et dix-sept ans ; et, au regard du nom de chacun d'eux figure la mention: n'a que sa mère qui est hors d'étal de Le faire subsister.

Puis viennent les avertissements officieux et les doléances L. GuiMBAii». — AïKjel de Monlyon . 6

privées: un « particulier », M. Mionet, écrit, de Thiers, le 1*"^ juillet : « La plupart des petits habitants épuisés sont réduits à mesurer leur pain par onces ; d'autres y suppléent par des aliments qui ne sont faits que pour les animaux. » Un certain chevalier de Menoux, mande, le 12 juillet, que, « dans la paroisse de Combraille, les hommes ont émigré, laissant mourir les femmes et les enfants chez eux ». De Riom, le 2 juillet, de Lézoux, le 3, de Serpezet, le 11, on annonce de lugubres trouvailles : vieillard assassiné pour quelques sous, loqueteuxmorts le long du chemin, petit enfant délaissé au coin du carrefour. Enfin la maladie et la contagion sen mêlent et viennent frapper ceux que la faim laissa debout; à Blanzat, à Glermont, à Lézoux, à Anvers, à Murât, des épidémies éclatent que les médecins décorent de noms savants; mais tous les subdélégués notent que les victimes sont accablées par l'extrême indigence plutôt que par la réelle maladie, et lun deux parle de délivrance, là où ses collègues sollicitent des secours en argent et des «tablettes de bouillon ».

Montyon n'avait pas attendu tous ces cris de détresse pour implorer la charité ministérielle : il s'était d'abord adressé à son neveu, M. Maynon Dinvau, qui remplaça M. Laverdy au Contrôle Général. Malheureusement, à l'instar de son beau-frère, Trudaine de Montigny, M. Maynon Dinvau avait, lui aussi, beaucoup médité sur les questions de l'économie politique, et montrait de la prévention pour le système de Turgot ; c'était proprement ce que nous appellerions aujourd'hui un économiste distingué. A ces provinciaux qui avaient faim, il résolut de rappeler quelques principes substantiels et il répondit : « Ce n'est que de la liberté et de la concurrence du commerce que les villes qui peuvent craindre la disette doivent attendre des secours. Elles doivent appeler et encourager le commerce, en lui allouant des gratifications qui puissent déterminer les négociants à apporter les grains. »

Montyon ne se tint pas pour battu ; il répliqua le 20 novembre 1769 et rédigea lui-même la minute de la lettre: «'Monsieur, ditil, permettez-moi de vous observer, qu'en Auvergne, il y a peu de négociants qui méritent ce nom, qu'il y a encore moins de villes qui puissent donner des gratifications, et que, malgré la

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liberté établie clans le commerce des grains, de malheureuxpaysans meurent de faim, si Ton ne daigne venir à leurs secours ; je sens qu'il pourrait y avoir inconvénient à faire pour le compte du gouvernement des dons de grain dont la répartition dérangerait les spéculations du commerce, mais il serait à désirer que l'on voulût bien faire distribuer aux sujets indigents, quelques grains qui ne sont point un objet ordinaire de commerce, du riz par exemple. » En même temps, iladressait au sieur Doumère, négociant rue Neuve-Saint-Eustache, à Paris, un questionnaire sur le riz, son prix, ses qualités nutritives, son mode de rationnement ; le sieur Doumère répondit qu' «on donnait dans l'Inde, huit onces de riz à la viande, pour nourrir un homme, et une livre lorsque le riz n'est qu'à l'eau », mais, M. Maynon Dinvau ne répondit pas, et ce fut seulement de son successeur, labbé Terray, que Montyon obtint, le 4 janvier 1770, l'allocation d'une certaine quantité de riz.

Aussitôt, commence une nouvelle série de difficultés : on devait amener le riz en Auvergne, en le faisant naviguer sur l'Allier, et les paysans étaient tenus de le venir prendre au débarquement, avec leurs voitures. Mais la plupart d'entre eux ne possédaient pas de voiture ; d'autres n'avaient plus d'attelage, ceux-ci étaient empêchés de faire cent pas, par le mauvais état des chemins ; ceux-là s'entêtaient à refuser un aliment dont ils n'avaient jamais goûté, et auquel ils préféraient délibérément « du pain de son ou des écorces d'arbres » .

C'est alors que Montyon conçut l'idée d'employer tous ces pauvres gens, d'intelligence confuse et de volonté désemparée, à quelque travail facile, qui leur rapportât de quoi vivre à leur accoutumée, et qui les tirât de leur sombre inaction, tout en profitant au bien public. Voici comment il résumait lui-même le plan qu'il avait formé ; nul document n'est plus caractéristique de son humeur et de sa manière, nulle part on ne découvre mieux son désir d'être utile, en même temps que cette horreur d'être dupe, dont nous avons déjà parlé :

J'ai cru devoir, dit-il, partir de ce principe que le roi n'était ni assez riche ni assez puissant pour secourir la multitude immense

des indigents ; j'ai donc distingué les pauvres en valides et en invalides. Aux invalides, j'ai assuré la subsistance par le moyen de distributions de grains et principalement de riz : aux valides, j'ai procuré des travaux publics et m'en suis bien trouvé. L'aumône devenant le prix du travail, et le salaire étant médiocre, on est en effet assuré qu'il ne sera rien donné que vu le besoin réel La soumission au travail pour une rétribution est le certificat le plus constant de la réalité du besoin.

Lorsqu'il s'agit de réaliser ce programme, Montyon révèle complètement son génie pratique et donne libre cours à sa préoccupation du détail. Avec presque tous les intendants du royaume, il avait reçu de Terray une sorte de tract intitulé : Le Riz économique de la Paroisse de Saint-Roch à Paris ; on y trouvait énumérés, les bienfaits de cette œuvre d'assistance, qui « profitait à plus de huit cents personnes... dont les portions de riz ne revenaient pas à un sol et nourrissaient chacune un adulte pour sa journée ». On y voyait même un certificat du marquis de Mirabeau attestant que « quinze convives ont goûté chez lui du riz économique, dont il y eut trois essais..., et que tous les trois furent trouvés très bons ».

Malheureusement, ces recettes autorisées n'étaient pas applicables dans les montagnes d'Auvergne, où manquaient la pomme de terre, les carottes, les citrouilles, les navets et du beurre fondu, qui entraient dans le riz économique. Il fallut donc trouver autre chose. Et c'est merveille de voir Montyon s'ingéniant alors à découvrir quelque mode de préparation adapté aux circonstances. Il imagine qu'« on peut suppléer aux légumes manquants par d'autres légumes, ou même rien du tout » : il compose et fait imprimer un nouveau tract \n\.ii\ûé : Manière d'accommoder le Riz, de façon qu avec dix livres de riz, dix livres de pain, dix pintes de tait et soixante pintes d'eau, soixante-dix personnes se sont trouvées nourries parfaitement pendant vingtquatre heures. Enfin il exhorte les riches à prêcher d'exemple, en mangeant de ce nouveau brouet : « Il faudrait, écrit- il au subdélégué d'Aurillac, M. Pages de Vixouses, que les principaux citovens achetassent du riz chez les marchands et en fissent venir tous les jours, sur leurs tables, afin de donner cours à

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celle denrée et que le peuple la désire : c'est de tous les aliments le moins cher, le plus nourrissant et le plus sain. »

Dans le même temps, il s'occupait de rechercher et de choisir un travail « public, simple, de pure main-d'œuvre, à l'occasion duquel il ne soit pas payé un sol pour autre chose que le salaire de l'ouvrier », qui fût accessible même aux enfants et susceptible de secouer le découragement des Auvergnats. Ceux-ci n'avaient jamais passé pour des hommes d'initiative ; le chemin du progrès leur était toujours apparu, comme à tous les montagnards, sous l'aspect d'une côte raide, glissante, qu'il fait bon gravir sans hâte et en assurant ses pas. Pour beaucoup, sous l'intluence du froid et des privations, l'inaction était devenue une règle de vie ; à Saint-Flour, privés de maison en maçonnerie, parce qu'ils n'avaient pas eu l'idée de ramasser la pierre à chaux, les ouvriers et les artisans se voyaient obligés de suspendre leur travail pendant cinq mois, faute d'être calfeutrés ; à Pontgibaud, perdus dans une sorte de torpeur hivernale, les paysans passaient la moitié de l'année, entre l'âne et le bœuf, au fond des étables... Par une intuition singulièrement heureuse, Montyon connut que, seul, le travail en commun, et ce que nous avons appelé depuis d'un nom prétentieux, l'atelier national, réchaufferait ces bonnes volontés engourdies ; il fit donc lire au prône de presque toutes les paroisses, et placarder dans toutes les élections, des affiches dont voici un échantillon :

Avis au public.

On est averti que dans la ville de... des travaux sont ouverts où les personnes de tout âge et de tout sexe sont admises. Les hommes sont payés à raison de douze sols, les femmes à raison de dix sols, les enfants à raison de huit ou de six sols.

Les travaux devaient comporter le percement et le terrassement de routes ; on promettait de payer les ouvriers au moyen d'allocations ministérielles ; quant aux piqueurs et ingénieurs, les corps de ville s'étaient engagés à en découvrir de bénévoles ou bien à les appointer.

Dans la plupart des chantiers, lafïluence devint vite si consi-

dërable que les crédits furent dépassés. Quant aux travaux euxmêmes, ce qu'ils perdirent parfois en rapidité et, sans doute aussi, en fini et en élég-ance, ils le gagnèrent en pittoresque ; jamais, peut-être, depuis le temps des cathédrales, auxquelles chaque fidèle apportait sa pierre, on n'avait vu pareil empressement de fainéants, de loqueteux et de vagabonds, autour d'une œuvre laborieuse et utile. Jamais aussi, chantier public n'avait inspiré à la fois, tant d'inquiétudes et tant de curiosité.

A Aurillac, en elfet, sitôt que le travail a cessé, c'est-à-dire à l'heure du dîner et à la fin de la journée, les ouvriers se répandent dans la ville pour mendier, à leur habitude. A Saint- Flour, il se présente beaucoup de monde pour les travaux de la côte, mais, à la vérité, ils ne font pas un travail proportionné à leur nombre, car la plupart ont de la peine à se traîner jusqu'aux , chemins : il faut « les veiller, les caresser, les piquer d'amour-propre pour que le chemin s'élargisse ». Au Mont Dore, il n'était pas inutile de protéger l'œuvre accomplie, contre les dévastations de ses auteurs eux-mêmes, et voici quel tableau original, Mirabeau Tonneau traçait, à ce sujet, dans une lettre à l'intendant :

Vous apprendrez bientôt, monsieur, par les cent bouches de la renommée, les vastes travaux que votre munificence a opérés au Mont d'Or et leurs effets. Grâce à monsieur labbé Baudeau, qui s'est étrangement et utilement démené pour rassembler ce troupeau de sauvages, et qui, surtout au payement, a failli être divinisé comme Romulus, nous avons actuellement à la sortie du village, auprès des eaux, et en allant vers le mont d'Or, une promenade fort honnête et qui ne demande plus que d'être achevée par quelques canaux d'écoulement, et d'être plantée... Il serait nécessaire aussi que vous vouliez bien déléguer et préposer le nommé Ribert, chirurgien, habitant du lieu, à la conservation de ladite place, sans quoi, ces gens sans raison et sans discipline l'auront bientôt détruite.

Enfin, Montyon lui-même ne dédaignait pas de mesurer à l'occasion le bien réalisé, et sans gloriole, comme sans fausse modestie, il exposait en ces termes au contrôleur général les

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dillérentes particularités de son entreprise, ainsi que les résultats acquis :

Pour la plupart des villes qui ont été affligées de la cherté des grains, l'époque de leur malheur sera celle de leur embellissemsnt; Rioin et Clermont ont raccommodé leurs remparts, le Mont d"Or aura une pi-omenade, Mauriac, au milieu d'un petit amas confus de maisons, s'est formé une place et une espèce de rempart, qui est tout ensemble promenade et chemin ; à Aurillac, une espèce de marais inégal et fangeux a été couvert en route régulière... On ne pouvait avec sûreté arriver en voiture à Saint-Flour; une route facile et d'une pente égale vient d'être ouverte à travers le roc ; les ingénieurs n'avaient pas même conçu l'idée d'un travail aussi hardi. Toute la ville s'est intéressée à ce travail, les officiers municipaux ont été traiisformés en piqueurs et en ingénieurs, le maire, le plus digne homme d'Auvergne, est devenu le plus déterminé et le plus habile mineur, on a vu même des ecclésiastiques prêter la main pour faire rouler les rochers qu'avait enlevés la poudre; une colonnade de rochers de seize toises de haut borde aussi le chemin et fdrme un monument de l'audace des hommes et de la nature vaincue.

On croit généralement, on a souvent imprimé que ces résultats des travaux publics entrepris par Montyon lui valurent une très grande popularité, et des élans de reconnaissance dont il reste encore des souvenirs matériels *. Gela est à la fois exact

1. Y. toutes les biographies de Montyon en général, et, plus particulièrement, celles d'Alissan de Chazet et de M. F. Labour. Nous n"avons voulu reprendre la publication, ni des lettres flatteuses écrites à Montyon par diverses municipalités, ni des inscriptions laudatives gravées en l'honneur de notre intendant, à Mauriac, sur une colonne, à Aurillac, sur une fontaine. La plupart des formules employéee envers Montyon étaient de style dans tous les documents officiels adressés aux intendants; l'hyperbole, l'emphase, étaient aussi de rigueur dans les monuments épigraphiques ; l'on peut voir, à Riom, une fontaine élevée en l'honneur de M. de Balainvilliers, prédécesseur de Montyon, et dont linscriplion n'est ni plus ni moins louangeuse que celles de Mauriac et d'Aurillac. Il n'y a donc pas lieu à notre avis de faire grand état de ces documents, et c'est à peine s'il convient de s'arrêter aux deux lettres suivantes, qui témoignent d'une estime et d'une admiration sincères envers l'intendant d'Auvergne. La première émane de ^L Pages de Mxouses, subdélégué à Aurillac, le 20 mai 1770 : " Il serait à désirer. Monsieur, que toutes les lettres que vous me faites l'honneur de m'adresser, à l'occasion des malheurs que nous éprouvons, fussent publiques : elles inspireraient des sentiments de compassion et de charité à ceux qui en manquent, et animeraient ceux qui en ont. "Vous les surpassez tous, Monsieur, par le bien que

et inexact. Exact, en ce sens que dans la classe moyenne et éclairée, on appréciait vraiment à sa valeur FelFort tenté par l'intendant pour conserver la vie de ses administrés, maintenir la paix sociale et améliorer le sort du pays. Inexact, en ce sens que ni le peuple, ni la noblesse locale n'avaient entendu grand'chose à l'œuvre administrative de Montyon.

Ce fut le peuple qui donna, le premier, des marques de mécontentement. Dans leur crédulité, mêlée de crainte, comme elle est aujourd'hui mêlée d'illusions, paysans et ouvriers imaginaient communément qu'il y avait derrière les bienfaits du roi et les mesures prises par l'intendant, quelque piège tendu à leur ignorance ou quelque machination peu rassurante pour leur liberté. L'aumône elle-même leur parut donc suspecte, et quand un jour, les bureaux de l'intendance s'adressèrent aux curés des paroisses pour avoir l'état des familles nécessiteuses et chargées d'enfants, auxquelles on comptait distribuer le « riz économique » voici le singulier avertissement que reçut, entre autres, de M, Bugnet, subdélégué à Murât, M. Lambert, premier commis de Montyon :

Au nom de Dieu, monsieur, n'envoyez plus de circulaire aux curés de nos montagnes. J'ai été obligé d'y en joindre une de mon côté, pour chacun de ces échappés de la tribu de Lévi ; ils m'ont inondé

vous faites : je ne parle, en ce moment, que de la reconnaissance que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer à prendre sur vos appointements à la recette des tailles, et que j'ai délivrée aussitôt à un des échevins, pour être employée, suivant vos intentions, en une aumône générale de pain, le jour de la solennité de l'heureux hyménée de monseigneur le Dauphin. » (Archives du Puy-de-Dôme, C. 909.)

La deuxième lettre émane de M. Chirol. maire de Saint-Flour, le 8 juin 1770, et elle est adressée à M. Lambert, premier commis de l'intendance : « Monsieur, l'assemblée de rHôtel-de-Ville, pénétrée de reconnaissance pour les bontés de Monseigneur l'Intendant, arrêta, par sa délibération du 20 mai, que le portrait de cet illustre seigneur, également recommandable par sa bienfaisance et son humanité, et qui nous a permis de le considérer comme le premier citoyen de cette ville, serait placé dans la salle où se tient cette assemblée : comme nous ne sommes point à portée d'avoir ce portrait, nous osons vous supplier de vouloir bien nous le procurer, avec un cadre doré, et de nous marquer ce qu'il en coûtera, pour que nous puissions vous le faire passer dans l'instant. »

Montyon remercia et refusa {Archives du Puy-de-Dôme, C. 917). Nous verrons plus loin qu'il ne consentit qu'une seule fois à poser devant un peintre.

de lettres : et pourquoi ceci ? et pourquoi cela? On leur a persuadé qu'on voulait envoyer toutes les familles les plus nécessiteuses à la Cayenne ; ils l'ont dit aux laboureurs ; et les plus éloignés d'eux sont encore dans cette erreur, parce qu'il ne m'a pas été possible de les détromper, étant séparé par des montagnes de neige.

Ceux qui étaient détrompés ne tardèrent pas d'ailleurs à trouver insuffisants et dérisoires ces secours en nature, qu'il fallait venir chercher à la ville, et transporter, par de mauvais chemins, jusqu'au lieu de leur consommation. Des troubles éclatèrent ; le 21 mars 1770, M. de Montluc, subdélégué à Saint-Flour, mande qu'un convoi de blé a été attaqué sur la grandroute : les sacs ont été éventrés ; la jument aussi. Le 24 avril suivant, M. Pages de Vixouses écrit d'Aurillac :

Il estvenu nombre de femmes chez moi, ce matin, me demander du riz, parce que, disaient-elles, il n'y en avait pas eu pour elles de celui que les dames religieuses de l'abbaye du Buis ont distribué : je leur ai répondu que je ne pouvais pas disposer du riz de cette façon, qu'il fallait y mettre une règle. Il y en a qui ont crié qu'il fallait aller trouver M. l'intendant, d'autres que c'était l'aumône du diable ! Je conviens, monsieur, que les pauvres sont en souffrance, mais il faut convenir aussi qu'il sont bien insolents.

Enfin, quelques accaparements s'étant produits, leur nombre et leur importance prirent dans l'imagination populaire de formidables proportions ; on vit partout des organisateurs de famine : à Ussel, le 26 mars, un certain Natali Chaumeix fut attaqué par la foule et lapidé en place publique, parce qu'il voulait emporter hors du pays quarante setiers de blé régulièrement acheté ; dans le même moment, un citoyen anonyme dénonçait à l'intendant d'Auvergne « ces infâmes greniers inaccessibles aux misérables » et dont l'Etat a le devoir de forcer les portes. Un autre accusait les autorités du Limousin d'avoir fait acquérir du blé en Auvergne et d'affamer ainsi une province, pour en sauver une autre.

Montyon, par acquit de conscience, demanda des explications

à ïurgot, qui les lui donna ' : il autorisa aussi la visite de quelques y^reniers suspects tout en recommandant aux exempts d en user avec prudence et d'éviter les vexations. Mais, à la vérité, rien né ra<;açait comme ces plaintes sans fondement, ces délations et ces malentendus, engendrés, disait-il, par la méchanceté et l'imbécillité, et qui engendraient à leur tour la fermentation et le désordre. Rien n'influera autant sur son humeur et rien ne contribuera davantage à faire naître en lui certaine misanthropie que nous verrons peu à peu se développer. Dans son amour pour la méthode, il ne concevait pas qu'une foule misérable et ignorante pût en venir aux violences qui compromettent les justes causes, et aux crimes qui les déshonorent ; Tordre public, ici encore, lui apparaissait comme régi parles mêmes principes et les mêmes lois qui garantissent Tordre et la prospérité privés ; et, de même que nous Tavons trouvé jadis tatillon, autoritaire, presque dur, dans le gouvernement de ses biens personnels, de même nous allons le retrouver, dans Texercice de ses attributions de police et de tutelle administrative, sans mansuétude, sans flexibilité, indifférent aux nuances et dédaigneux des tempéraments.

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