‹ Auget de Montyon, 1733-1820Chapitre 72 sur 224 · Voici la réponse de Turgot · texte numérisé non relu

Voici la réponse de Turgot

A Limoges, le 13 avril 1770.

Vous avez assurément raison, mon cher confrère, de penser que ce qu'on vous a écrit d'Auvergne sur les prétendus achats du gouvernement sont (sic) un conte absurde. Il n'a pas été acheté un grain en province pour le Limousin, que pour le compte des particuliers, et, des voituriers de sel ont amené du blé;, jusqu'à Limoges et à Tulle, des environs de Clermont. Je sais que Mauriac en a tiré aussi du Limousin, du coté d'Ussel, qui, à son tour, en a tiré d'Hermant; tout cela est juste : la liberté et Dieu pour tous.

Il faudrait que je fusse bien imbécile pour employer les secours du gouvernement aussi mal que vos Auvergnats le supposent.

. , . Adieu, mon cher confrère, vous connaissez l'attachement que je vous ai voué.

Tl'RGOT .

(Entièrement autographe. Archives du Puy-de-Dôme, C. 910.) Cette lettre nous semble intéressante, d'abord parce qu'elle contribue à faire apparaître le caractère de Turgot dans son naturel, qui est la satisfaction, nous dirions presque, la suffisance; ensuite, parce qu'elle achève de détruire la légende de l'amitié étroite qui aurait existé entre l'intendant de Limoges et celui de Clermont. amitié dont nous n'avons trouvé de preuve nulle part : de Turgot envers Montyon, il n'y eut jamais que de la condescendance : chez Montyon à l'égard de Turgot, il y eut toujours quelque ironie et quelque malice, même dans les moments d'admiration.

l'intendance d'alvergne 91

La tutelle administrative était organisée sous l'ancien régime, à peu près comme elle lest aujourd'hui ; quand une paroisse voulait engager une dépense d'utilité locale, et, par suite, s'imposer extraordinairement, elle devait obtenir l'aveu de l'intendant. Autant vaut-il dire que ce dernier présidait à la vie communale et qu'il en réglait les moindres détails. Dès le début de sa magistrature, Montyon marqua son intention d'exercer soigneusement une telle prérogative, et, comme un jour, on voulait lui faire viser, sans autre forme, les états des frais médicaux et pharmaceutiques dus par quelques paroisses de sa généralité, il répondit à M. Lambert son premier commis : « Quand je serai en Auvergne, les médecins, chirurgiens et fournisseurs n'auront qu'à remettre leurs mémoires ; ils seront payés sur le champ. Mais je n'arrêterai pas les mémoires à Paris *. »

Cette rigueur devint tout à fait impitoyable à partir du moment où la disettecommença dese manifester. Montyon aux prises avec la difficulté d'asseoir et de lever l'impôt dans un pays en proie à la famine, ne veut plus alors entendre parler d'aucune espèce de taxe communale. Les propositions de dépenses somptuaires l'indignent et l'irritent ; celles qui intéressent le culte religieux lui-même ne trouvent pas toujours grâce devant lui. Le 9 avril 1768, il écrit de sa main à M. de Mallesaigne, subdélégué à Bort, au sujet d'une église dont le curé a demandé la reconstruction : « L'éloignement des habitants de Murât le Quaire, monsieur, pour des ouvrages dont les frais considérables augmenteraient leur misère, déjà digne de pitié, est un motif qui me touche et qui me paraît mériter la plus grande considération. Il est triste de voir leuréglise en ruines, mais je ne puis me résoudre à charger les malheureux habitants de' cette paroisse d'un poids aussi considérable ^. » Dans le même moment, à Saint-Germain- Champanelles, l'église avait été interdite par l'évêque, sous le prétexte judicieux qu'elle menaçait de s'effondrer sur les fidèles; on célébrait la messe, au château, dans une cuisine « qui, par sa position, par les difficultés d'y pénétrer, par sa petitesse, ne

Page 1