L. GuiMBAUD. — Auqel de Montyon
Ce fut tout : inaugurée dans la joie que procure le zèle naissant, continuée parfois, au milieu des acclamations et des bénédictions populaires, la première intendance de Montyon se termina au fond d'une chambre de malade, près d'une lettre de disgrâce, écrite par un ministre sans foi. Le même jour, et comme si rien n'eût dû manquera l'ironie d'un pareil dénoûment, la presse était grande à Glermont dans l'hôtel de Ghazerat, devenu celui de l'Intendance : le nouveau maître de l'Auvergne donnait une fête; et sans doute, aux hommes qui le flagornaient, aux femmes qui lui souriaient, M. de Ghazerat voulut bien lire les pompeuses adresses qu'il venait de recevoir des habitants de la province. L'une d'elles commençait ainsi : « Nos vœux sont enfin comblés ! il y a longtemps que nous désirions un /iOHi/Jje dans la place à laquelle vous venez d'être nommé ' ! »
1. Archives du Puy-de-Dôme, C. 2819. Il est vrai il'ajouter que tout cela n'empêcha pas M. de Chazerat de finir assez ridiculement. On lit. en elTet dansia Correspondance secrète, le -0 novembre 1789: « Tous les intendants de province sont dans l'inaction. Ils attendent leur soi-t. Si on se loue de "la prudence de leur conduite publique, quelques particuliers sont endroit de se plaindre de leur {galanterie. M. de Chazerat, intendant de Glermont, jeune homme de soi.\ante-sept ans, a disparu au moment qu'on s'y attendait le moins, avec une dame d'Alagnac, et dit-on, un million en or, laissant sa femme peut-être un peu moins affligée qu'étonnée de cette aventure. »
MONTYON INTENDANT DE PROVINCE [suile). l'intendance de PROVENCE ET l'iNTENDANCE d'aUNIS
I. Maladie de Montyon. — Ses sentiments sur la crise parlementaire. — Un portrait inédit de labbé Terray. — Nomination de Montyon à lintendance de Provence. — La Provence et sa constitution. — La Provence et les Parlements Maupeou. — Arrivée de Montyon à Aix. — L assemblée (fénérale des communautés, en 1771. — Montyon et les procureurs du pays.
II. ^ia^seille au xviii' siècle. — Montyon à Marseille. — Ses rapports avec IHotel de Ville et la Chambre de Commerce. — Ses travaux dédilitc. — L'assemblée frénérale des communautés de 1772. — Affaire Leclerc. — Montyon et Tarchevèque d'Aix. — Nouvelle disgrâce.
m. La Saintonge et lAunis au xviii" siècle. — Montyon à La Rochelle. — Montyon et les religionnaires. — Une lettre inédite de Turgot. — Lettre de Montyon au roi Louis XVl. — Montyon est nommé Conseiller d'Etat.
<■ Montyon fut révoqué : mais comme il était soutenu par Truflaine, on en honora Aix. »
C'est en ces termes, que Mirabeau, clans la Notice sur les Maîtres des requêtes qui termine V Espion dévalisé ', mentionne la rentrée en grâce de notre héros. A la vérité, les choses se passèrent beaucoup moins simplement et moins rapidement. Révoqué au mois de mars 1771, Montyon ne fut replacé à la tète d'un département administratif qu'au mois de septembre de la même année. Il passa tout cet intervalle entre les mains des
1 . Nous continuons d'attribuer ïEspion dévalisé à Mirabeau : les |)rinfipales raisons de cette attribution nous paraissent avoir été données par MNL Dauphin Meunier et Leioir. dans leur édition des Lettres de Mirabeau k Julie.
médecins, qui ne parvenaient ni à guérir l'affection de poitrine dont nous lavons vu atteint, ni à calmer son incessant besoin d'occupation et de mouvement.
Il balançait pourtant s'il accepterait des mains de Terray et de Meaupou une nouvelle commission d'intendant, ou s'il renoncerait aux dignités et aux charges. Les notes qu'il prenait alors montrent qu'il était demeuré très ferme dans ses premiers principes. Ses sympathies et ses pensées continuaient d'aller vers les parlementaires déchus de leur rang, expropriés et exilés. Voici par exemple, avec quelle finesse, et quel esprit de liberté, il analysait les origines de la crise dont il avait été indirectement une des premières victimes :
On ne réfléchit point jusqu'à qnel degré de puissance nos rois ont élevé leurs prérogatives, et combien les ministres ont établi des formes oppressives et injustes, non pour étendre l'autorité du roi, mais pour y substituer la leur. Je conçois pourquoi les rois ne prennent point l'avis de leurs fidèles, comme autrefois, je conçois pourquoi les rois ne rassemblent point les états. Je conçois encore pourquoi les rois veulent ({ue leurs lois soient exécutées malgré les parlements et leur interdisent les arrêts de défense. Mais je ne puis concevoir pourquoi on ne considère les remontrances des parlements que comme une vaine formalité, comme le désir d'un corps de parler sans objet ; peut-être, est-ce leur faute, ils ont voulu être éloquents, aulieu d'être utiles.
Je conçois encore moins pourquoi les rois ne consultent pas leurs conseils, ces conseils où il n'existe qu'un sulTrage, oii les voix de chaque membre n'ont de force que celle (jui lient à la supériorita des liaisons.
Ou plutôt, les motifs d'une conduite si extraordinaire, et sur laquelle l'habitude ferme les yeux, sont faciles à reconnaître.
Le ministre substitue sa place à celle du roi, et craint la contradiction, la jalousie, que le crédit inspire comme l'amour ; le sentiment de sa faiblesse lui fait craindre la contradiction, le désir de la puissance lui fait concentrer en lui-même la confiance du roi, motifs évidents et peu honnêtes, qui, sans intérêt pour le roi et même contre son intérêt, diminuent les lumières de l'administration et lui donnent un caractère de despotisme, sans intérêt pour sa puissance ^ .