Ibid
L'ancienne Provence, devenue la g^énéralité d'Aix, comprenait les trois départements actuels des Bouches-du-Rhône, du Var et des Basses-Alpes, avec une portion du département de Vaucluse. Assez étendue au point de vue g'éographique et côtier, mais non pourvue encore de toutes les organisations industrielles ou agricoles qui l'enrichissent aujourd'hui, elle ne passait pas pour une des plus belles provinces du royaume. En ce temps oii la terre était considérée comme l'unique source de la richesse, on méprisait aisément les roches de la Grau ou les contreforts des Alpines. '< Quelle est la ressource du pays ? dit un des nombreux discours adressés à Montyon par la représentation locale. Le sol n'y compte presque pour rien : une partie est occupée par les rochers ; les torrents et les rivières ravagent l'autre ; celle qui reste au propriétaire se trouve sujette à tant de vicissitudes que les espérances les plusflatteuses sont très souvent suivies des plus mauvaises récoltes '.«
Nulle contrée cependant n'était moins malheureuse ; chacun y possédait un peu de bien, quelque industrie ou un petit commerce, parfois les trois ensemble. On ne connaissait point d'artisan qui ne fût en même temps le maître d'une vigne ou d'un champ d'oliviers, point de paysan qui n'eût en toute propriété son pressoir, son four, son moulin à vent. Une médiocrité ainsi ordonnée tenait lieu de richesse ; la sobriété et la bonne humeur faisaient le reste ; quand le blé manquait, le peuple vivait de fruits, d'huile, de poissons secs, et disait des galéjades : le mythe est éternel de la cigale que repaissent des chansons et qu'enivre la rosée.
Tant d'indépendance dans la tenure des terres, et l'exploitation de leurs produits, tant de facilitée assurer la vie matérielle, appelaient une liberté et une facilité égales dans les rapports sociaux ou politiques. C'est à quoi, la (ameuse constitution provençale avait pourvu de vieille date. Sous ce rapport, aucun