‹ Auguste Choisy et l'art de bâtir chez les anciensChapitre 2 sur 7 · PONCE VER · texte numérisé non relu

PONCE VER

découvertes, notammént en ce qui concerne l’art de bâlir chez les Egyptiens.

C’est, en effet, en tant que professeur qu'il a surtout pris place dans les cadres officiels.

Dès 1876, il était chargé, à l’École des Ponts el Chaussées, d’un cours d'histoire de l’architecture qui a laissé un souvenir inoubli- able à tous ceux qui out eu la bonne fortune de l'entendre et donné naissance au bel ouvrage dontil sera question par la suite ; en 1881, il devenait répétiteur du cours d’architecture à l’École polytechnique; plus tard, tout en conservant ces diverses charges, il était, en outre, appelé à la direction du service des cartes et plans des Ponts et Chaussées, sans compter que, de 1878 à 1892, il enseigna aussi l'architecture des jardins à l'Ecole d’horticulture de Versailles. A ces fonctions exercées de façon permanente s’en ajoutaient pour lui souvent d’autres, de caractère temporaire; c’est ainsi qu’à chaque Exposition ouverte soit à Paris (1878-1889-1900), soit à l'étranger (Vienne, 1873 ; Philadelphie, 1876 ; Melbourne, 1880), il a eu mission d’assurer la participation de notre Ministère des Travaux Publics tout en ÿ étant membre de divers jurys. Mais la part la plus importante de ses services officiels s’est sans doute rencontrée dans la précieuse collaboration qu’il à apportée au Comité des Travaux. Publics des colonies, auquel, dès 1890, il fut attaché en qualité de vice-président, et où sa compétence particulière en architecture le mit à même de jouer.un rôle prépondérant dans la création de types de bâtiments destinés aux pays chauds, bien appropriés à leur destination, en même temps que d’un montage ingénieusement rendu aussi facile et rapide que possible, même en cas d'insuffisance, voire d'absence, de main-d'œuvre européenne. |

En dehors des voyages qui lui permirent de poursuivre le cours de ses recherches archéologiques, il se vit confier diversés missions ayant un objet scientifique ou technique.

C’est ainsi notamment qu'il fut appelé, en 1880, à diriger la première mission d'exploration ayantpour but l'étude, poursuivie sur le terrain, de l’avant-projet sommaire du premier tronçon du chemin de fer transsaharien, de Laghouat, ou de Biskra, à El Goleah. L'expédition, racontée par lui dans un livre des plus agréables (4), avec une charmante simplicité non dénuée d'humour, était loin d’être exempte de péril. On sait, en effet, quel fut Le sort de la mis-

(1) Le Sahara. = Souvenirs d'une mission à El Goleah— Paris ; Plon ; 1881, LS .

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sion Fiatters char gée de pousser plus avant dans le désert {à reconnaissance entamée par Choisy.

Bien — on le voit par ces rapides indications — qu’ un peu en marge du corps des Ponts el Chaussées, par la nature de ses fonctions, Choisy en parcourut pourtant toute la hiérarchie, jusqu’au grade d’Inspecteur Général qui lui fut décerné à la veille de sa mise à la retraile (1901). Mais quelque distingués qu'aient pu être ses services au cours de celle carrière, ce n’est pas pour cela que sor nom mérile d’être retenu par l’histoire de notre temps, c’est pour les inestimables travaux qui ont occupéles heures de loisir que lui laissaient ses fonctions officielles. C’est de ces travaux qu'avant tout nous voudrions ici donner quelque idée ; mais avant d’en aborder l'examen, peut-être ne jugera-l-on pas tout-à-fait inutile que nous essayions d’esquissèr un portrait physique et moral de leur auteur, mort le 18 septembre 1909 des suites d’une chute accidentelle. |

. Choïsy, d'assez haute taille, Se tenait un peu voüté par suite de l’habitude d’être penché de longues heures (allant jusqu’à seizé par jour) sur sa table de travail. Lés cheveux assez courts, séparés par une raie de côté et la moustache en brosse étaient d’un blond tirant un peu sur le roux. Les yeux petits, au regard singulièrement vif, pétillaient volontiers de malice. Le profil fortement allongé, et conmie projeté eh avant, provoquait de la propre parl de Choisy une plaisanterie qu’il répétait volontiers : « J'ai, disaitil, le rare privilègé de pouvoir, de mon vivant, contempler ma statue à Paris... ; certaine gargouillé que je connais bien, à Notre-Dame ». Rapprochement, cela Va sans dire, singulièrement exagéré, maïs pouvant, sous cette forme outrée dans le Sens caricatural, donner quelque idée du modèle vu de profil.

Pour compléter cette silhouette, on peut ajouter que, n'ayant jamais eu le moindre souci des variations de la mode, Choisy fut un des derniers fidèles de la redingote et de la cravate noires, ainsi que du chapeau haut de forme, qui ont longtemps coñstitué ce qu’on pourrait appeler la tenue d'ordonnance des professeurs. I a, par ailleurs, toujours ignoré l’usage du päletot, et ce n’était pas une de ses moindres originalités, sortant l’hiver, dans la nuit, d’un salon surchauffé, de rentrer chez lui, à pied, en habit noir et cravate blanche, sans pardessus, au grand ébahissement des passants. Une autre de ses originalités consistait à ne jamais, au grand jamais;

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lire aucun journal. Ge n'était que par ouï dire, dans les salons qu’il fréquentait, qu’il percevait quelques échos de la vie publique. Il ne répugnait pas, en effet, à se rendre le soir dans le monde pour se donner un peu de détente après le labeur écrasant de ses journées, surtout lorsqu'il savait devoir y trouver le régal, par lui finement goûté, d’une bonne exécution musicale. Il était, au surplus, un ai nable causeur, plein de verve et de gaîté. Sa conversation, tenue systématiquement éloignée des sujets sur lesquels s’exerçait sa maîtrise, avait, en effet, un tour volontiers jovial ne pouvant en rien laisser soupçonner à ceux qui ne le connaissaient pas laigravité de ses ordinaires occupations intellectuelles. GCertaines personnes lui en voulaient même un peu de cela, s’imaginant, bien à tort, ‘que c'était de sa part le signe qu’il ne les jugeait pas aptes à s'intéresser aux sujets sérieux qui étaient de son ressort. Mais le souvenir que conservent surtout de lui ceux qui ont pu pénétrer dans son intimité le leur représente à sa table de travail et, plus particulièrement en train d'exécuter ces magistrales épures qui, reproduites, avec une certaine réduction, par l’habile burin du graveur Sulpis, ont donné les admirables planches de ses ouvrages sur l’art de bâtir chez les anciens. L’impeccable précision et l’exécution parfaite de ces dessins sont un objet d’admiralion pour tous les connaisseurs ; mais encore une{fois, ces dessins sont de véritables épures, des épures de perspective axonométrique, mode de représentalion plane des objets à trois dimensions, que Choisy a invariablement employé pour l'illustration de tous ses ouvrages, et qu'il a manié avec un art consommé. Ce nom, à l’aspect savant, de perspeclive axonométrique a, sans doute, de prime abord, de quoi effaroucher un peu les non initiés ; 1l désigne, en réalité, une chose fort simple, tout à fait analogue à la perspective cavalière, qui n’en est, au reste, qu’un cas particulier, et dont le principal avantage consiste à fournir, au moyen d’un, seul dessin, toutes les dimensions, en longueur, largeur et hauteur, de l'édifice représenté. Quant à la langue dans laquelle sont rédigés ses ouvrages, on peut la dire incomparable. Pour parler congrument de cet art, en somme d'essence géométrique, qu'est l'architecture, Choisy fait usage de la langue la plus sobre, la plus dépouillée de tout vain ornement, la plus éloignée de loute'emphase qui se puisse imaginer ; la syntaxe en est impeccable, lafpropriété des termes, de la: plus parfaite rigueur. À première vue, surtout en raison des habitudes modernes de langage, où la bouffissure romantique a laissé son empreinte, une telle exposition peut paraître bien sèche, mais

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