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il suffit de peu de temps pour en saisir la foncière beauté. On en arrive à goûter, sans réserve, ce style ramassé, concis au point qu’il ne serait pour ainsi dire pas possible de résumer une phrase du texte de Choisy, mais d’une si juste expression que l’idée en Jaillitlumineusement ; cela fait penser, dans son genre, à la perfection de l’art grec, d’une simplicité si raffinée. Au point de vue liltéraire, vu les fins spéciales auxquelles il tend, l’art de Choisy peut êlre cité comme un modèle.
Par ailleurs, l’érudition, chez Choisy, tenait du prodige. On peut dire que, sur l’objet de ses études, il avait tout lu, et, ce qui est plus étonnant, tout retenu. Son savoir, dans les divers domaines qui avaient attiré son attention, était encyclopédique. Jamais, lorsqu'on l’interrogeait sur un sujet s’y rapportant, ilin’avait la moindre hésitalion à donner une réponse précise et, d’ailleurs, toujours sûre. |
Un mot, pour terminer, sur le cadre dans lequel s’est écoulée sa vie laborieuse, Jusqu'au moment de sa retraite, il a disposé de deux cabinets de travail, l’un chez lui, où il dessinait, l’autre, à l'Ecole des Ponts et Chaussées, où il rédigeait. C’est celui-ci surtoul qui mérite une mention spéciale. Au centre d’une pièce nue comme une cellule monacale, une caisse en bois blanc, à couvercle fermant au cadenas, était posée de champ sur deux tréteaux : en se rabattant, le couvercle, retenu par deux brides, formait la table à écrire ; l’intérieur de la boîte, muni de rayons, contenait tous les documents à consulter pour le travail alors ‘en train ; devant cet étrange bureau, une simple chaise de paille ; point d’autre siège, afin que les survenants ne fussent pas tentés de prolonger leur visite, cause d’inulile perte de temps. À ceux avec qui il était disposé à s’entretenir quelques instants, Choisy cédait sa chaise, s'asseyant lui-même sur un des amoncellements de papiers qui l’entouraient ; car ce n’élait point le côté le {moins surprenant de cette insolite installation que la présence, tout à l’entour du bureau si fruste, de papiers accumulés en tas qui ressemblaient, en miniature, à de vérilables montagnes, avec des sommets, des cols et des ravins. Lorsque celui qui écrit ces lignes lui succéda en 1901 dans la direction du service des cartes et plans des Ponts et Chaussées, Choisy fit procéder non pas au déménagement, mais, suivant sa propre expression, au € déblaiement » de la pièce, disant : « Gombien il v a là-dedans de leltres que j'ai reçues et oublié de décacheter, et d’autres que j'ai écrites et oublié d’expédier.... fAu reste, le monde n’en va pas plus mal pour cela ».
Mais c'est, sans doute, assez, sinon trop, nous étendre sur le côté accessoire de notre sujet. Venons-en maintenant au | principal : l’œuvre de Choisy.
C'esl, avons-nous dit, au cours de son premier voyage en Grèce qu'il eut l’occasion de faire ses débuts dans la carrière de l’archéologie. L'examen atlentif de l’Acropole lui avait révélé une particularité dont la découverte exigeait le concours d’une observation singulièrement pénétrante et d’un sens géométrique des plus déliés, savoir la dissymétrie dans la courbure des degrés qui limitent au couchant la plate-forme du Parthénon, dissymétrie très évidemment voulue, vu le soin minutieux apporté par les Grecs fau moindre détail de la disposition de leurs édifices. Le flair archéologique, déjà développé chez Choisy, lui fit pressentir que cette anomalie, un peu étrange à première vue, devait se rattacher à la production voulue d’un certain effet perspectif ; une fine analyse géométrique l'ameha, en effet, à reconnaître que la dissymétrie observée étail précisément celle qui convenait pour assurer le parallélisme des courbures non en projection géométrale, mais en perspective, pour le point où l’on se place, sur la grande voie de l’Acropole, afin de voir le Parthénon dans son ensemble. Fait peu banal, cette découverte aréhéologique valut au simple élève-i -ingénieur des Ponts el Chaussées qu'était alors son auteur l'honneur d’être admis à faire une communication devant l’Académie des Inseriptions et Belles-Lettres le 24 novembre 1865 et devant l’Académie des Beaux-Arts le 16 décembre suivant.
Par la suite, Choisy devait discerner, dans l'architecture grecque, d'autres trompe-lœil destinés à produire certains effets perspectifs, tels que la légère inclinaison, vers l’intérieur, des colonnes extrêmes d’une colonnade vue di dehors, pour éviter l’impression visuelle produite, dans le cas du parallélisme rigoureux, du déversement de ces colonnes vers l'extérieur, impression dont on peut facilement se rendre compte en regardant une colonnade dans laquelle cet artifice n’aÿ :pas été appliqué, let notamment
celle qui soutient le fronton du Panthéon de Paris, vue de la rue Soufflot.
Ces sortes de raflinements perspectifs montrent quels artistes
ingénieux, en même temps que savants, ont été les Grecs qui
devaient par à exercer sur Choisy une séduction partieu-. lière.
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Mais c’est par les Romains qu’il a commencé la série de ses études approfondies sur l’art de bâtir dans l’antiquité, à la suite de son voyage de 1866 en Italie.
Archéologue doublé d'un ingénieur singulièrement perspicace, sachant pénétrer les raisons techniques déterminantes de certaines
dispositions architectoniques, Choisy vit s'ouvrir devant lui, dans l'Italie centrale, un champ particulièrement propice à l’exercice de ses talents. Il en rapporta une riche moisson de fructueuses observations et d’intéressantes découvertes, qui donna naissance à l'Art de bâtir chez les Romains (1), belle publication! encouragée par une souscription du gouvernement impérial, mais dont le cours des événements retarda l apparition jusqu'en 1873. Û
Tout d’abord, en ce qui concerne la construclion concrète des Romains, Choisy sut admirablement discerner sa structure qui, contrairement à l'opinion universellement reçue jusqu'alors, ne se. confondait pas avec celle de ce que nous appelons aujourd’hui le béton, mélange intime de petites pierres et de mortier, mais qui consistait en couches alternées de lun et de l’autre de ces. maté. riaux.
Toutefois la découverte capitale du jeune ingénieur, et qui, du premier coup, le plaça très haut dans l’estime des hommes compétents — de Liéonce Reynaud, en particulier, le célèbre constructeur de phares, professeur d'architecture à l'Ecole polytechnique — eut trait au mode de construction des voites romaines en petits matériaux, que nul, avant lui, n’était parvenu à à démèêler et qu’il sut mettre en lumière avec une sûreté qui ne pouvait laisser prise à aucun doute. Le premier, ii comprit le rôle des arcs en brique, noyés dans la maçonnerie concrète des voûtes, sortes de cintres permanents, suivant sa propre expression, destinés à soutenir cette maçonnerie avant qu'elle n’ait fait prise, et dont l’exécution n’exigeait elle-même que des cintres de petit modèle, condition très importante, vu la pénurie du bois en ces régions. Ainsi que M. de Dartein, le distingué successeur de Léonce Reynaud à l'Ecole polytechnique, en a fait la remarque, cet artifice de cons- {ruction était exposé, depuis des siècles, à la vue de tous les visiteurs des monuments antiques, Sans que personne, avant Choisy, se fût jamais avisé d’en reconnaître l’objet. Quel témoignage de la
(1) In fol. de 216 pages, avec figures et 24 planches, chez Ducher (1873).
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pénétration d'esprit de ce jeune ingénieur, encore loul nouveau venufdans Ja carrière d’archéologue! -
La mème profondeur d'analyse se retrouve dansi l'étude des
parements en pierre de taille, et notamment du mode, de montage des matériaux, resté encore en usage à notre époque, et plutôt encore dans celle des votes appareillées dont il a aussi très judicieusement mis en évilence le mode de construction à l’aide des . cintres appuyés sur des têtes saillantes de voussoirs, à partir seulement du point où le glissement n’eùt pas permis, comme pour les premières assises, de se passer du secours d’apparaux.
Choisy enfin, grâce à une correcte interprétation du texte de Vitruve, rétabli intégralement par lui, comme on le verra plus loin, a pu resliluer quelques ouvrages en charpente de l’époque romaine, quelques toitures notamment, et en particulier celle du temple Loscan, ce dont, avant lui, personne n’était venu à bout.
Et c'est ainsi que, pour son coup d'essai, aux quelques vagues notions, parfois erronées, qui avaient cours sur l’art de bâtir chez les Romains, Choisy substituait une connaissance complète et précise à laquelle 1 n’y avait, pour ainsi dire, plus rien à ajouter. Accessoirement, à ces données d’ordre technique, il était amené à joindre des renseignements de très grand intérêt sur l’organisation des ‘classes ouvrières (1) et le rôle de l'architecte chez Îles Romains (2). |
Après les Romains, ce fut vers ‘les Byzantins que se porta son aitention (3). Ayant si brillamment mené à bien l’étude de la voûte concrète, massive, de l’époque impériale romaine, il avait hâte d'entreprendre celle de la voûte légère appareillée, née principalement en Asie Mineure et à Constantinople, grâce à l'introduction, dans la pratique courante des constructions, de la brique cuite.
De mème qu’il l’avait fait pour l'architecture romaine, il selivra, pour celle-ci, à une analyse pénétrante et détaillée de tout ce qui a trait à la construction des murs, à la structure des colonnes, à l'exécution, au moyen de cintres, des voûtes en pierres de taille ou en moellons. Mais ce qui, par-dessus tout, ici, retint son attention et
(1) Bull. de la Société de législation comparée (1873). (2) Revue archéologique (1875).
(3) L'art de bâtir chez les Byzantins. In-fol. de 187 pages avec figures et
25 planches, à la librairie de la Société Anonyme des Publications Périodiques (1883). |