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exerça son don spécial de restitution, ce fut le mode d’exécution des voûtes légères, construites en briques cuites, sans cintrage, tout-àfait caractéristiques de l’art byzantin, mode d’exécution qui restait encore totalement inconnu et apparaissait même comme quelque peu mystérieux. ;
Avec son ordinaire puissance d'analyse, Choisy aboutit à la très simple explication que voici : ces voûtes sans cintrage étaient construites par tranches verticales successives, accolées les unes aux aulres, à partir d’un mur élevé provisoirement jusqu’au profil de la voûte, chacune de ces tranches étant simplement constituée par des briques de champ retenues par leur adhérence à la couche de morlier qui recouvrait la tranche précédente. Un léger fruit imprimé au parement du mur d'appui initial permettait de donner aux tranches successives, une petite inclinaison qui, en les faisant un peu porter les unes sur Les autres, diminuait la tendance qu’elles auraient pu avoir à se décoller. |
Il est intéressant de noter qu’au début, cette explication, pourtant si rationnelle, souleva presque un scandale, tant elle semblait choquer les idées courantes sur la construction des votes appareillées, dont le: cintrage paraissait être l'élément essentiel certains esprits affichaient une sorte de répugnance à suivre l’auteur jusque-là. Mais, depuis qu’au cours d'une de ses explorations en Asie Mineure, Dieulafoy a vu effectivement conslruire des voûtes suivant le procédé même dont Choisy avait eu la divination, et qu'une tradition millénaire avait maintenu dans la contrée, nul ne songe plus à contester les étonnantes intuilions du savant ingénieur archéologue.
Les coupoles, si fréquemment employées dans larchiteclure byzantine, ont été construites de façon analogue par anneaux tronconiques emboîtés, en quelque sorte, les uns dans les autres. Ce mode de construction, par suite de la difficulté de la fermeture au sommet, rend compte de la forme pointue des coupoles arabes. D’autres particularités de cette architecture ont encore été mises en évidence par Choisy, comme l’indépendance, les unes par rapport aux autres, des parties d’un édifice diversement chargées, en vue de parer aux effels des lassements, l’adoption de chaînages, soit apparents, soit noyés dans la maçonnerie, à fin de conso'idation et de protection contre les effets des tremblements de terre, l’emploi de contreforts destinés à contrebuter la poussée des. voûtes, mais ici toujours placés à l’intérieur de l'édifice, alors que les constructeurs du moyen-âge occidental devaient les
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rejeter à l’extérieur pour en faire même un élément de décoration.
Parmi les études particulières que renferme ce volume, celle relative à Sainte-Sophie de Constantinople est tout spécialement poussée ; impossible d'analyser plus intelligemment la structure de l’édifice et d'examiner avec plus de soin les conditions d’équilibre de ses voûtes. Telle-est la belle représentation de cet insigne monument, donnée par Choisy en perspective axonométrique, que s’il venait à disparaître, elle fournirait le moyen d’en effectuer ba réédification, aux détails près de la décoration, cela s’entend.
À titre de complément, ainsi qu’il lavait fait pour les Romains, Choïsy a pu encore réunir des indications très précises sur la condition des ouvriers byzantins et sur l’organisation de leur travail.
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Les conquêtes pour l’érudition, accomplies jusqu'ici par Choisy, ont été dues à un don supérieur de pénétrante observation directe joint à une profonde connaissance de la technique du constructeur. C'est en s’unissant chez lui à une culture d’un autre genre, poussée à un rare degré, celle de l'hélléniste, que cette même formation technique lui a permis de mener à bien ces belles Etudes. épigraphiques sur l'architecture grecque (1) qui auraient suffi à elles seules à fonder la réputation d'un archéologue de premier ordre.
Des inseriptions existaient dont nul avant Choisy n’était parvenu à préciser le sens, faute de cette double compétence de l'épigraphiste et de l'architecte qu’il possédait si pleinement. Qu’était-ce, en elfel, que ces inscriptions? Les unes, Lout simplement ce que nous. appelons aujourd’hui des devis de travaux à exécufer, les autres, des relevés de comptabilité relatifs à des travaux exécutés. On conçoit que des épigraphistes d'exclusive profession, dépourvus d'éducation technique, ne soient pas parvenus à en démêler la DATA ROE n'ayant pas la juste notion de çe dont il s’agissait ; el, d'autre part, outre qu'il est rare que des techniciens soient nn rompus à l'exercice de la langue grecque pour pouvoir triompher des difficultés de tels MR en leur activité se trouve trop entièrement absorbée par d’autres QUist pour qu ‘ils soient tentés de se livrer à de telles recherches. Il n’a fallu rien de moins que la culture extraordinairement étendue et diverse de Choisy pour qu’une telle tâche ait pu être utilement entreprise,
(1) In-fol. de VIL-23? pages, avec ones et » planches, à la Librairie de. la Société APR des Publications PELAIQUES (1883-84).
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faisant jaillir pour nous une source exceptionnellement riche en informations du plus haut intérêt.
Les inscriptions ainsi déchiffrées par Choisy sont au nombre de quatre, qui ont donné lieu à autant de parties distinctes de ses Etudes épigraphiques. Elles ont trait respectivement au devis des Lravaux de l'arsenal du Pirée (346 à 328 avant J. C.), au devis de la restauralion des murs d'Athènes (vers 339), à la comptabilité des travaux de l’Erechteion (395 et suivantes), enfin à un devis de travaux publics à Livadie.
Par les indications précises et détaillées qu’elles contiennent sur les dispositions et les dimensions des ouvrages auxquels elles se rapportent, elles ont permis à Choisy non seulement de restituer intégralement ces ouvrages, ce qui eût déjà constitué un assez beau résultat, mais encore de faire ressortir avec une claire évidence certaines particularités de la technique archilecturale des Grecs, comme la loi des rapports simples observée entre les dimensions d’une mème partie d’édifice, semblant répondre à une harmonie perceptible par la vue, analogue à celle que les rapports simples entre les hauteurs de sons font naître pour l’ouie. Elles l’ont conduit, d’autre part, à des constatations curieuses et nouvelles sur la structure des charpentes dans les anciens monuments grecs, d’où il résulte que le bois y est employé exactement sous la mème forme que la pierre, ce qui explique, en particulier, la substilution de la pierre au bois, signalée par Vitruve, dans les entablements des ancienstemples doriques.
Quant aux restitutions opérées par Choisy, d’après ces inscriptions, elles sont d’une telle précision qu’il serait facile, d’après elles, de rétablir, dans leur état primitif, les ouvrages auxquels elles se rapportent. Il n’est pas possible de faire, d’une façon plus complète, sortir d’un texte toutes les données requises pour la réalisation effective d’un certain ensemble architectural. Et, encore une fois, il fallait pour cela le rare assemblage de toutes les qualités si diverses qu’à un degré si éminent possédait Choisy.
Ne L'Egypte offrait à Choisy un champ de recherches particulièrement fécond. Un séjour assez prolongé dans ce pays layant mis à même d'interroger sur place, en ingénieur, les monuments de cette terre classique du mégalithisme, il en est revenu avec une théorie complète de l’art qui a présidé à l'édification de ces monuments,
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théorie non moins séduisante par son harmonieuse simplicité el sa rationnelle ordonnance que par les multiples et frappantes confirmations qu’elle a pu trouver dans les faits immédiatement tangibles. Cette théorie développée dans l’Art de bâtir chez les Egyptiens (1), rend si parfaitement compte des moindres particularités de cet art, elle est si exactement conforme à ce qu’exige le bon sens guidé par les données de la science technique, elle s’appuie sur des vérifications si évidentes et si directes qu’on ne peut manquer, lorsqu'on l’étudie de près, d’être convaincu de sa justesse.
Un résumé très succinct de cette théorie ne semblera sans doute pas ici superflu.
Le bois est rare en Egyple où la végétation forestière fait défaut. Il ne joue donc dans les constructions égyptiennes qu’un rôle toutà-fait accessoire. C’est la brique crue et c’est la pierre de grande dimension qui constituent les éléments fondamentaux de ces constructions, la brique cuite n’étant employée que lorsqu'une circonstance spéciale, telle que le contact de l’eau dans les aqueducs ou le long des murs de quai, rend indispensable la cuisson, opération dispendieuse, vu la rareté du combustible.
Les effets de l’humidilé sur la brique crue étaient d’ailleurs combattus au moyen de divers artifices : vide des Joints verticaux ; interposition, entre les assises, de paille d’alfa assurant une sorte de drainage. De plus la substitution du sable au mortier entre les assises prêtait à la masse, lorsqu’elle reposait sur un mauvais fond, une flexibilité qui lui permettait de se déformer sans se rompre.
La pénurie du bois rendant impraticable l'édification des murs au moyen d’échafaudages (dont le non emploi est d’ailleurs attesté par l'absence de trous de boulins) Choisy a trouvé du mode de construction sans échafanudage la plus ingénieuse explication fondée sur la disposition en gradins, laissée à l'extrémité du mur en construction, disposition finalement effacée au moyen de matériaux préalablement approvisionnés à la partie supérieure de la portion de mur déjà achevée.
Mais le don divinatoire de Choisy a eu encore à s’appliquer heureusement à d’autres particularités des murs égyptiens, et principalement à la plus singulière d’entre elles, celle qu’offrent les murs à assises ondulées, tels qu’il s’en trouve aux enceintes de Karnak, El Kab, Dendéra, Philé, Ombo. Choisy fit la remarque que ces ondulations, très évidemment voulues par le constructeur,
(1) Gr.in-8, de 155 pages avec figures et 24 planches ; Chez Rouvevre (1904).