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se trouvent là où il y a lieu de tenir compte de l'influence de l’humidité. Elles ne se montrent pas sur les collines où le sol est tou- Jours à sec, par exemple dans les remparts des défilés d’Assouan,, des monticules de Semné et de Koummé, des hauteurs d’Abydos.
Par là, il fut amené à voir dans une telle disposition un moyen de résister aux glissements de masse sur un sol humide. ç« Un mur ondulé, dit-il, n’est autre chose qu’une courtine interrompue à des intervalles plus ou moins rapprochés par des travées plongeantes, paliers invariables où vient s’amortir l'effort de descente des travées droites. Le mur engrène, mord en quelque sorte à dents de scie sur le sol, et, dans le corps du mur, une assise mord sur l’autre ».
En outre, dans ces murs, une variation de courbure des sections transversales produit une sorte d’ensellement des assises, qui, de prime abord, semble assez étrange. Cette disposition trouve, aux yeux de Choisy, une justification parfaitement plausible dans l’analyse des effets de gonflement produits encore par l'humidité et qui se traduisent, d’une section longitudinale à une autre, par des déformations inégales que l’ensellement compense.
Sans poursuivre davantage l’examen des conclusions de Choisy relatives aux constructions en brique, qui, en ce qui concerne les voûtes, l’amènent à faire un rapprochement des plus intéressants entre les exemples que nous ont légués l'Egypte et la Chaldée, Jetons maintenant un regard sur la partie de sa théorie visant les constructions en pierre.
Fidèle à la méthode scientifique qui lui a permis d’analyser rationnellement les vestiges des diverses architectures de lPantiquité, Choisy se préoccupe avant tout de l'influence de l'outillage. Comment le carrier extrayait-1l la pierre du sol ? Comment le tailleur de pierre l’amenait-il à la forme voulue ? Comment le maçon la mettait-il en œuvre? À cette triple question, en se fondant sur les plus fines observations, s’aidant aussi de diverses précieuses indicalions, qu’il doit à M. Georges Legrain, Choisy, sans Jamais cesser d’avoir égard aux exigences les plus serrées de la technique de l'ingénieur, apporte des réponses complètes sur lesquelles nous ne saurions nous étendre ici et qui éclairent singulièrement toutes les particularités de cet art spécial de bâtir.
Il ne se borne d’ailleurs pas là. Il aborde également l'étude des procédés de transport et de montage des énormes monolithes qui se rencontrent dans les monuments égyptiens, procédés qui éveillent une curiosité générale et sur lesquels s’est exercée la sagacité de nombreux chercheurs. Choisy a-t-il, sur ce point, mis
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définitivement la main sur la clef du mystère ? On ne saurait évidemment l’affirmer avec l'assurance qui résulte d’une démonstration mathématique, mais on peut bien avancer que la probabilité est très grande pour qu’il en soit ainsi. $
Les explications à trouver devaient, en tout cas, satisfaire à cer laines conditions obligées, et tout d’abord, les manœuvres qu’il s'agissait de restituer devaient, bien entendu, ne supposer que l’outillage le plusrudimentaire, réduit, ou à peu près, au seul levier. En revanche, vu l’organisation de la société au sein de laquelle elles s’accomplissaient, le temps et la main d'œuvre y étaient appliqués, pour ainsi dire, sans compler. Quelque lenteur et quelque formidable concours de bras que puissent donc supposer les manœuvres reslituées, on doit les tenir pour acceptables du moment qu’elles n’exigent qu'un minimum d'outillage.
Or, tel est invariablement le caractère des procédés qu’un examen attentif et de profondes réflexions ont conduit Choisy à décrire, qu'il s'agisse du transport des matériaux, de leur montage dans les temples ou les pyramides, de la mise en place des colosses ou des obélisques. Qu’'aucune objection Lirée dè la technique ne s'élève contre la possibilité de tels procédés alors qu’en fait le champ des hypothèses admissibles est si restreint, c’est une puissante raison de croire qu’à quelques détails près peut-être, ils coïncident avec ceux qui ont été effectivement utilisés. Au surplus, les confirmations résultant de l’examen de certains dispositifs subsistants sont faites pour emporter la conviction de ceux à qui ne suffit pas la force du $eul raisonnement.
À ce point de vue, voici.un fait bien typique : la manœuvre décrite par Choisy pour l'érection d’un obélisque suppose l’existence, dans le socle, d’une rainure destinée au logement des petits sacs à sable qui jouent dans cette manœuvre un rôle analogue à celui qu’on leur voit remplir dans le décintrement des voûtes en pierre. Or, à Karnak, un des obélisques d'Hatasou avait, depuis des siècles, sa base enfouie sous terre: une fouille fut faite pour dégager cette base ; elle mit au jour larainure des petits sacs à sable, à mème où Choisy avait prévu leur existence. Quel commentaire pourrait-on ajouter à une aussi éloquente confirmation?
Quelque inestimable que soit la valeur des magistrales études sur l’art de bâtir qui viennent d’être sommairement passées en
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revue, c’est davantage encore par son incomparable Histoire de l'architecture (1) que Choisy s'impose irrésistiblement à notre admiration. Malgré l’abus qui se fait parfois de ce vocable, il ne faut pas hésiter à proclamer que c’est là un pur chef-d'œuvre. Choisy ctait, en quelque sorte, prédestiné à nous le donner, possédant au plus haut degré tous les dons qui pouvaient en assurer la perfection. [l s'était, au reste, préparé à l’écrire par toute une série de voyages propres à Îui permettre d'acquérir une connaissance directe de tous les monuments dont il devait avoir à parler.
Gertes, ce livre constitue, pour les spécialistes, le plus sûr et le plus précieux des guides, mais il a, en réalité, une bien autre portée ; il ne se borne pas, en effet, à présenter, sous la forme la plus heureuse, suivant l’ordre le plus rationnel et dans la langue la plus admi- rablement appropriée au sujet,un tableau complet du développement de l’art architectural ; par une analyse singulièrement avisée il sait dégager ce qu’on peut appeler la philosophie du sujet. Ce qu’il offre à l'esprit, c’est une pure substance, ne comportant aucun déchet ; point n'est ici besoin de rompre l’os pour en extraire la moelle ; elle se trouve tout extraite, en vue d’une assimilation immédiate dont le plaisir ne se complique d’aucun effort. C’est un livre que tout homme soucieux de sa culture générale devrait avoir lu. Il en est bien peu, sans doute, dont on puisse en dire autant.
Gette histoire embrasse tous les temps, depuis ceux où se sont produits les PANNE balbutiements de l’art de bâtir jusqu’à nos jours. Rien n’y manque ; mais, à l'encontre des simples ouvrages de compilation où tout se présente, en quelque sorte, sur le mème plan, ici, le développement donné à chaque partie est exactement proportionné à à son importance, avec une mesure, avec une justesse qui sont du gränd art. C’est ainsi qu'à chacune des deux plus grandes périodes de l’art architectural, la période grecque et celle dite, d’ailleurs improprement, gothique, Choisy consacre environ une moitié de chacun de ces deux volumes.
L'une des plus notables particularités de. ce bel exposé, et qui lui im prime un cachet véritablement scientifique, tient au souci constant qu'a l’auteur de faire, dans l’étude de l’évolution des formes en architecture, à côté de la part qui revient à l’imagination des artistes, celle qui doit être attribuée à l’influence des méthodes de construction, dont nul avant lui n'avait su faire aussi pleine-
(12 vol. in-8°, de 642 et 800 pages, avec 860 figures, Chez Gauthier-Villars . 1899) — Edition nouvelle ohez Béranger: