‹ Auguste Comte conservateurChapitre 3 sur 29 · IS.VJ · texte numérisé non relu

IS.VJ

(^et ordre luitiuvl scniMo altéré dans les temps d'anarchie, sociale ou personnelle, qui paraissent laisser seu- Kniont subsister l'espérance, inséparable de toute vie.

.Mais un meilleur examen la nKmtre alors rattachée à un réiiime antérieur d'amour et de loi qui survit empiriquement à ses garanties systématiques.

D'ailleurs une tendance trop fréquente au désespoir privé ou public confirme spécialement, dans ces états exceptionnels, combien l'amour et la foi sont indispensables à l'espérance.

(Juoi qu'il en soit, l'ensemble de ces trois qualités caractérise notre véritable unité, à la fois atïective, spéculative et active.

A mesure que l'ordre occidental se rétablira, on sentira, mieux qu'au moyen âge, que ces trois conditions essenticlli^s du bien public fournissent aussi les principales sources du bonheur privé.

La religion de l'Humanité étant reconnue seule propre à constituer pleinement l'unité personnelle, sa prééminence est encore moins contestable envers l'unité sociale, car cette aptitude à rallier résulte directement de son principe affectif et de sa base spéculative, qui tendent également à réunir tous les hommes dans un même sentiment et une même croyance.

Ni la théorie positive de notre nature, ni l'étude historique de notre évolution ne permettent de concevoir aucun autre régime qui puisse établir une active communauté d'amour et de foi entre tous les membres de notre espèce.

Enfants du même Grand-Étre, tous deviennent d'abord ses serviteurs objectifs, et enfin ses organes subjectifs. Cette immense conncxité ne peut se borner au présent : je cM'ur et l'esprit s'accordent à y comprendre l'ensemble du passé' et l'ensemble d(^ l'avenir humains, l'un comme source, l'autre comme but nécessaires.

Une telle continuité successive caractérise davantage la vraie religion que la simple solidarité actuelle. Elle y détermine la véritable destination de notre existence objective, transmettre amélioré à nos successeurs l'héritage progressif que nous avons reçu de nos prédécesseurs.

Ainsi conçu dans son ensemble, le service de IHumanité devient essentiellement gratuit. Car chaque génération doit rendre gratuitement à la suivante ce qu'elle-même reçut gratuitement de la précédente.

L'amélioration qu'elle y ajoute ne constitue jamais qu'une faible fraction, d'ailleurs toujours decroissante.de la valeur totale. 11 faut étendre à la répartition individuelle la notion ainsi résultée de la transmission collective.

Quand j'établirai, dans la suite de ce volume, la théorie positive du salaire, je montrerai qu'il ne paye jamais la partie essentielle du service correspondant, mais seulement sa partie matérielle.

Tout travail humain consomme certains matériaux;, qui ont besoin d'être renouvelés, soit pour remplacer les provisions, soit pour réparer les instruments.

Le salaire consiste toujours dans ce double renouvellement, sans concerner jamais le service rendu, qui ne peut être dignement récompensé que d'après une juste réciprocité.

Cette appréciation, déjà reconnue envers les plus hautes fonctions sociales, est systématisée, par la religion de l'humanité, pour toute coopération réelle. Elle nous purifiera des altérations morales résultées du régime égoïste, et qui entraveraient le régime altruiste, en y excitant l'essor habituel des sentiments qu'il doit comprimer.

Telle est l'aptitude sociale de la vraie religion que toute association durable a toujours tendu spontanément vers une semblable synthèse. Les bons sentiments peuvent

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xiils nous rriiiiir, ol jaiiuiis riiitérrl nu délcrmiiK' des liaisons stables, même avec peu d'extension.

Aussi retrouvc-t-on partout la consécration des efforts individuels d'après une destination collective et continue, dont la notion, de plus en plus généralisée, prépara graduelleiMCHl la conception et le sentiment du Grand-Etre.

Même (juand l'association n'a qu'un bnt destructeur, elle repose encore sur l'affection mutuelle, alors bornée seulement à une population spéciale. Toutefois, cette activité militaire s'oppose directement à l'unité morale, en excitant habituellement des sentiments hostiles envers la majeure j)artie de Ihumanité.

C'est pourquoi le cœur exige, encore plus que l'esprit, l'extension totale de la communauté humaine à l'ensemble de noti-e espèce. Aucun antagonisme collectif entre les divers serviteurs de l'Humanité ne peut habituellement se concilier ni avec la notion, ni surtout avec le sentinK^nt, du vrai Grand-Etre.

Néanmoins, l'ordre naturel empêchera toujours l'extension absolue du régime altruiste; car l'union ne franchira jamais les limites de notre espèce, sauf les races animales qui peuvent réellement s'y associer.

Hors de cette vaste coalition, destinée à l'exploitation du domaine terrestre, notre planète présente encore une foule d'êtres sensibles, qui ne sont point assimilables, et envers lesquels notre activité restera destructive, sans qu'aucun sojthisme puisse nous dissimuler cette cruelle nt'cessilé.

La synthèse altruiste doit donc être toujours relative, (|uoique son domaine s'étende constamment. Même quand la personnalité serait assez subordonnc'e à la sociabilité, cet égoïsme collectif ne permelira jamais que l'amour devienne pleinement universel.

(^es limites nécessaires ne sauraient pourtant altérer Ti<>ti-c enthousiasme, (|uoi(ju'on doive aujourd'hui les cou-

sidérer pour mieux éliminer l'absolu. Il faut seulement déplorer que les imperfections naturelles de l'ordre universel nous interdisent un plein essor des affections disposées à tout embrasser.

Pour compléter l'appréciation sociale de la vraie synthèse, on doit remarquer son aptitude spontanée à rallier sans comprimer.

Car la saine notion du Grand-Etre consacre autant l'indépendance que le concours, comme également nécessaire au service fondamental, puisque toutes les fonctions collectives exigent finalement des organes individuels.

Une sincère impulsion sociale ne méconnait jamais la liberté personnelle que faute de lumière, et môme d'extension. Ce conflit résulte surtout d'une grossière ébauche, mentale et morale, de la synthèse altruiste, quand elle se borne à la solidarité, en négligeant la continuité.

Il faut donc s'inquiéter peu d'une telle aberration, directement contraire aux conceptions et aux sentiments qui caractérisent le mieux la religion systématique de l'Humanité.

Envers le vrai Grand-Etre, le service subjectif domine de plus en plus le service objectif. Or la subjectivité suppose toujours des sources individuelles, que leur libre concours peut seul convertir en impulsions collectives.

Loin d'altérer l'indépendance, la religion positive la sanctifie et la développe, en lui oITrant une noble destination. Indispensable à la dignité personnelle, cette condition n'importe pas moins au service social, que paralyserait toute oppression.

Le vrai concours doit toujours être facultatif, sauf la juste appréciation des motifs qui détermineraient à le refuser. En un mot, le régime altruiste suppose et produit la confiance, comme il exige et développe la responsabilité.

Dune autre pari, il consacre directement toutes les vraies supériorités, naturelles ou acquises, en vouant toujours les forts au service des faibles.

Loin de disperser la puissance, spirituelle ou temporelle, il la concentre systématiquement pour la mieux adapter à son office social.

lui appréciant le passé, il honore dignement les éminentes individualités dont chacune a tant influé sur lensemble des destinées humaines.

La religion positive inspire à tous les serviteurs du Grand-Ltre une sainte émulation pour le représenter autant que possible. Elle appelle la vénération universelle sur chaque personnalité vraiment digne.

Son avènement normal peut seul contenir aujourd'hui les tendances, aveugles ou envieuses, qui poussent à comprimer les inégalités réelles au lieu de les utiliser.

Lu juste sentiment de la valeur individuelle doit habituellement seconder la moralité positive, en disposant à mieux combattre les impulsions vicieuses qui altéreraient une force consacrée au Grand-Etre.

Les besoins irrésistibles auxquels notre activité doit toujours pourvoir étant nécessairement personnels, notre existence pratique ne saurait immédiatement oflVir un autre caractère.

H s'y développe à la fois de deux manières, l'une positive, l'autre négative, en excitant les instincts égoïstes et comprimant l'essor sympathique.

Outre que les tendances bienveillantes ne correspondent point à un tel but. laut (prii lestc individu(d. elles ont trop peu d'énergie naturelle pour imprimer d'abord une sullisante impulsion.

Une semblable appréciation convient encore davantage aux efforts intellectuels que suscite l'activité matérielle.

La préoccupation qu'ils, exigent nous détourne spontanément des émotions sympathiques, et ils excitent les instincts personnels en nous procurant un sentiment exagéré de la valeur individuelle.

Ainsi l'activité commandée par nos besoins physiques exerce d'abord une influence doublement corruptrice, directe sur le cœur et indirecte sur l'esprit.

Mais cette fatalité ne prévaut qu'autant que l'existence pratique demeure strictement individuelle; ce qui peut longtemps persister dans les milieux défavorables.

Dès qu'elle commence à devenir sociale, même au simple degré domestique, la coopération continue, soit simultanée, soit surtout successive, tend à transformer de plus en plus le caractère égoïste de toute l'industrie primitive.

Cette transformation décisive, qui fonde nos vraies destinées, ne peut être scient iiiquement appréciée qu'en établissant d'abord deux lois corrélatives, méconnues jusqu'ici, envers notre existence matérielle.

Leur combinaison naturelle constitue aussitôt la théorie positive des accumulations, sans lesquelles une semblable modification resterait toujours impossible.

Aussi l'admirable sagesse spontanée qui dirige l'institution graduelle de notre langage a-t-elle partout qualifié de capital chaque groupe durable de produits matériels^ afin de mieux indiquer son importance fondamentale pour l'ensemble de l'existence humaine.

De ces deux lois économiques, l'une pourrait être dite subjective et l'autre objective, puisque la première se

i;i|i|»(»rlo à noiis-mômos. et la seconde au monde exlélieiir.

I^llos consistent dans ces deux l'ails généraux: d'abord, (•lia([ue lioinnie peut produiic au delà de ce qu'il con- -miinie; ensuite les matériaux obtenus peuvent se con-

iver au delà du temps qu'exige leur reproduction.

Il faut, évidemment, borner cette double propriété à la >iiiiple existence physique ; car, les richesses intellectuelles ne se perdant point par leur propre usage, mais seulement d'après notre incurie, leur accumulation continue ne pré- -i-nte pas les mêmes diflicultés.

Aussi ces ncdjles trésors se iorment-ils avant les autres, auxi|uels ils servent de base initiale, quoique la connexité d(>\ ienne bientôt réciproque.

(le sujet élémentaire avait tellement besoin d'un éclaircissement positif que, malgré l'évidence spontanée de la première loi économique, elle a souvent été, de nos jours, niée systématiquement par l'esprit métaphysique.

Dans ses divagations effrénées, il a directement osé prétendre que chaque génération humaine consomme nécessairement tout ce qu'elle produit, comme si le progrès matériel de notre espèce n'était pas entièrement incompatible avec cette absurde hypothèse.

Une telle aberration ontologique peut ici servir, par •contraste, à faire mieux ressortir à la fois la réalité et l'importance de la loi positive dont il s'agit. Mais un examen direct la constate suflisamment, même envers les |>remiers efforts de l'industrie matérielle.

(liiez beaucoup d'espèces animales, où cette industrie se borne à recueillir et à garder les substances utiles, sans leur faire subir aucune préparation, l'aptitude à les accumuler au delà du besoin personnel, et môme domestique, de\ iciit irrécusable, ])our peu que l'animal soit actif.

Parmi nous, où le travail consiste surtout en une modification plus ou moins profonde, cette condition ralentit souvent l'efticacité de notre intervention, quoiqu'elle garantisse Futilité et aussi la stabilité do ses résultats.

Néanmoins, même alors, on reconnaît, jusque chez les plus grossières peuplades, que chaque chef de famille peut produire fort au delà de ce qu'exige sa subsistance et celle des siens.

On n'a point assez examiné le taux réel de cet excédent général, ou combien de ménages peut nourrir habituellement un seul travailleur. 11 importerait cependant de connaître cette proportion naturelle, et les lois statiques, ou même dynamiques, de sa variation, afin de mieux déterminer le rapport normal de la population agricole à l'ensemble de la société active.

Quelque simple que soit une telle recherche, elle ne fut abordée jusqu'ici que par un genre d'esprit qui tend toujours à obscurcir les questions qu'il traite, ce qui explique assez l'extrême imperfection actuelle de cette notion.

On y peut cependant assurer, en général, que, dans tous les milieux qui ne sont pas très défavorables, le travail de chaque famille agricole pourrait au moins en nourrir une autre équivalente, et souvent deux ou même trois.

C'est pourtant le seul cas oii la première loi économique serait, en apparence, contestable, puisque l'excédent accumulable s'y trouve naturellement moins abondant qu'envers les autres industries matérielles.

Dans tous les arts, mécaniques ou chimiques, relatifs au logement ou au vêtement, chaque opérateur peut aisément suffire aux besoins réels, et même factices, de beaucoup d'autres individus.

J'aurai soin d'établir ailleurs, comme l'une des bases essentielles de la vraie hiérarchie industrielle, la loi naturelle qui concentre l'industrie humaine à mesure que sa

(Irsliiuition s'élèvo par iino préparation plus complète, (jiini (ju'il en soit, il sui'lil ici de reconnaître, en jiénéral, la réalité ndceasaire de noire première loi économique, fondement initial de toute aptitude réelle à vivre, non seulement pour soi, mais aussi pour autrui, quel que puisse être le vrai motif d'un tel elîort habituel.

La seconde condition matérielle de l'existence sociale suppose évidemment la précédente, sans toutefois en résulter aucunement. Sa réalité sera toujours moins contestée par l'esprit sophisti(|ue. puis([u"elle concerne le monde extérieur, objet primitif de nos contemplations positives.

On concevrait aisément une constitution terrestre qui rendrait nos productions quelconques tellement altérables qu'elle se trouveraient détruites avant de pouvoir être remplacées.

En sarrêtant un moment sur une telle hypothèse, on reconnaît aussitcH que toute civilisation deviendrait alors impossible. Mais nos milieux les plus défavorables sont heureusement fort éloignés de cette désastreuse prépondérance, même envers nos produits agricoles les moins susceptibles de conservation.

La chaleur humide des forêts de la Guyane, qui putréfie les viandes en quelques heures, peut être assez surmontée par nos artilices conservateurs pour rendre vraiment habitables ces funestes localités, avant que notre intervention les ait suffisamment assainies.

Dans la plupart des milieux, quelques précautions fort simples, bientôt découvertes chez les moindres peuplades, permettent habituellement de conserver très longtemps pres([ue toutes les substances alimentaires, comme on l'a souvent vu (|uant aux provisions céréales des villes assiégées.

Cette seconde bti économique, de même que la première, se prononce davantage à mesure que l'industrie

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matérielle élève sa destination et concentre son élaboration. Tous les arts relatifs au logement en comportent des vérifications séculaires, quelquefois étendues aussi à ceux qui concernent le vêtement.

Après avoir apprécié séparément chacune de ces deux conditions élémentaires, il est aisé de sentir, en les rapprochant, que leur combinaison naturelle permet aussitôt Taccumulation de nos richesses temporelles.

Quand même l'excédent produit resterait beaucoup moindre et se conserverait bien moins de temps que ne l'indiquent les cas ordinaires, il suffit que ce surplus existe et qu'il puisse persister au delà de sa reproduction pour rendre possible la formation des trésors matériels.

Une fois nés, ils grossissent spontanément à chaque génération nouvelle, domestique ou politique, surtout lorsque l'institution fondamentale des monnaies permet d'échanger, presque à volonté, les productions les moins durables contre celles qui passent aisément à nos descendants.

Toile est la première base nécessaire de toute civilisation réelle, d'après la fatalité naturelle qui nous impose sans résistance une constante activité afin de soutenir notre existence matérielle, sur laquelle reposent nos plus sublimes aptitudes.

Quoique notre disposition cérébrale à vivre pour autrui constitue certainement le plus précieux des attributs humains, cette insurmontable condition la rendrait socialement stérile, si nous ne pouvions en effet accumuler, et par suite transmettre, les moyens d'y pourvoir.

Or, une accumulation quelconque exige l'appropriation au moins collective, et même personnelle, des produits altérables qu'elle concerne.

Mais, avant d'apprécier assez les immenses réactions

sttcialcs (111110 lolle inslilution sur l"iiilL'Hii;oiic<' cl lo sentiment, d'après riicureiisc transformation <lii caractère <'j;oïste propre à l'activité spontanée, il faut d'abord examiner la théorie |)ositive des transmissions.

Car, toute l'eflieacité civile des accumulations ainsi M])tcmics résulte de la possibilité d'en transmettre les résultais.

Le travail positif, c'esl-à-dii-e notre action réelle et utile sur le monde extéri(Mir. constitue nécessairement la source initiale, d'ailleurs spontanée ou systématique, de toute richesse matérielle, tant publique que privée.

Car, avant de pouvoir nous servir, tous les matériaux naturels exij^ent toujours quelque intervention artificielle, dùt-elle se borner à les recueillir sur leur sol pour les Iransporter à leur destination.

Mais, d'un autre coté, la richesse matérielle ne comporte une haute eflicacité, surtout sociale, que d'après un (lettré de concentration ordinairement supérieur à celui qui peut jamais résulter de la simple accumulation des produits successifs du seul travail individuel.

C'est pourquoi les capitaux ne sauraient assez grandir qu'autant que, sous un mode quelconque de transmission, les trésors obtenus par plusieurs travailleurs viennent se réunir chez un possesseur unique, qui préside ensuite à leur répartition eiïective, après les avoir suffisamment conservés.

Nos richesses matérielles peuvent changer de mains ou librement ou forcément. Dans le premier cas, la transmission est tantôt gratuite, tantôt intéressée. Pareillement, le déplacement involontaire peut être ou violent on b''!^;il.

Tels sont, en dernière analyse, les rpuitre modes généraux suivant lesquels se Iransmetlent naturellement les produits

matériels, qui, ne comportant qu'un usage individuel, permettent, et même exigent, une véritable appropriation, finalement personnelle, comme les besoins correspondants. Or, dans toute civilisation un peu développée, la transmission influe davantage que la production directe sur la formation des capitaux utiles, de manière à mériter autant d'inviolabilité sociale pour les lois naturelles qui la régissent.

D'après leur dignité et leur efficacité décroissantes, nos quatre modes généraux de transmission matérielle doivent être rangés dans cet ordre normal, qui est aussi celui de leur introduction historique : le don, l'échange, l'héritage, et la conquête.

Les deux modes moyens sont seuls devenus très usuels chez les populations modernes, comme les mieux adaptés à l'existence industrielle qui dut y prévaloir.

Mais les deux extrêmes concoururent davantage à la formation initiale des grands capitaux.

Quoique le dernier doive finalement tomber en désuétude totale, il n'en sera jamais ainsi du premier, dont notre égoïsme industriel nous fait aujourd'hui méconnaître l'importance autant que la pureté.

L'utilité sociale de la concentration des richesses est tellement irrécusable pour tous les esprits que n'égare point une envieuse avidité que, dès les plus anciens temps, une impulsion spontanée conduisit de nombreuses populations à doter volontairement leurs dignes chefs.

Développée et consolidée par la vénération religieuse, cette tendance éminemment sociale devint, dans les antiques théocraties, la principale source des immenses fortunes trop souvent attribuées à la conquête.

Chez les polythéistes de l'Océanie, plusieurs peuplades nous ollrent encore d'admirables exemples de la puissance réelle que comporte une telle institution.

Syslt'nialisée j)iir \c [)itsitivisnie, elle doit fournir au i (iilnie final, comme je Texpliquerai ultérieurement, l'un lies meilleurs auxiliaires temporels de l'action continue ilii vrai pouvoir spirituel pour rendre la richesse à la fois plus utile et mieux resj)ectée.

Le i)lus ancien et le plus noble de tous les modes propres à la transmission matérielle secondera davantage notre réorganisation industrielle que ne peut l'indiquer la vaine métaphysique de nos grossiers économistes.

(Juoi quil en soit, la manière dont les produits se transmettent ne saurait influer que sur la rapidité et la stabilité des accumulations ainsi obtenues. Abstraction faite maintenant de tout mode spécial pour la formation primitive des capitaux humains, je dois surtout expliquer ici la réaction fondamentale que la seule existence continue de ces grands réservoirs exerce nécessairement sur l'ensemble de notre nature, personnelle ou sociale.

Provinssent-ils même de la simple conquête, les dépôts nutritifs comportent toujours une haute efficacité mentale et morale, «lont la saine appréciation doit aujourd'hui concourir à dissiper des tendances anarchiques, qui discutent l'origine des richesses quand il faudrait en examiner l'emploi.

.le ne puis ici développer davantage cette théorie positive des accumulations graduellement dues à la prépondi-rancc normale du travail humain sur la consommation matérielle.

Mais tout lecteur qui, dans son âge métaphysique, > arièta spécialement à la prétendue science des économistes, sentira facilement combien la vraie formation des grands capitaux se trouve radicalement éclaircie d'après sa décomposition nécessaire en trois phases successives : jdoduction, conservation, et enfin transmission.

Cette analyse est surtout propre à démontrer que les deux dernières opérations sont indispensables à la haute efficacité sociale du résultat, et dès lors méritent autant de respect que la première, seule appréciée par notre raison anarchique.

Néanmoins, quelque importance que doive acquérir une telle notion, quand mes successeurs l'auront assez élaborée, je ne dois pas oublier qu'elle constitue ici un simple incident dans une immense question de statique sociale.

Sa position même doit faire mieux ressortir Finanité radicale des spéculations relatives à l'existence matérielle de l'humanité, quand on les isole de l'ensemble des conceptions sociologiques.

Car la théorie que je viens d'ébaucher ne doit me servir qu'à bien caractériser la vraie réaction normale de l'activité sur le sentiment et l'intelligence, et, par suite, son influence fondamentale sur toute l'organisation sociale, d'abord domestique, pui^ politique.

Nous avons ci-dessus reconnu que, sans les accumulations, au moins simultanées, et même successives, les besoins matériels imprimeraient nécessairement à l'ensemble de l'existence humaine un profond caractère d'égoïsme.

11 faut maintenant apprécier comment l'institution des capitaux tend à transformer radicalement une telle impulsion, de manière à permettre finalement la prépondérance universelle de l'altruisme.

Cette transformation décisive résulte, en général, de ce que chaque travailleur, cessant alors de diriger sa principale activité vers ses seules satisfactions personnelles, lui procure spontanément une certaine destination sociale, ou au moins domestique. En effet, on ne

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pHnluil dos trésors quelconques qu'afin de les Irausmeltro.

Or, parmi les quatre modes naturels distingués ci-dessus pour la transmission matérielle, les doux derniers pouvont otrc courus réolloment commo rentrant, au fond, dans les deux autres.

Car rhorilage ne constitue ([uiine modilication du don, quanil les lois ou les coutumes suppléent aux volontés iormelles du testateur. De mémo, rofficacité matérielle do la conquête consiste en une sorte d'échange, où le vaincu cède la liberté pour obtenir la vie.

Quoique ce double rapprochement ne doive point annuler les distinctions correspondantes, il permet ici de traiter toujours la transmission matérielle comme si elle était essentiellement volontaire.

Ainsi conçue, rinstitulion des capitaux devient la base nécessaire de la séparation des travaux, dans laquelle, au début de la science réelle, Tincomparablo Aristote plaça le principal caractère pratique de l'harmonie sociale.

Pour que chacun se borne à produire un seul des divers matériaux indispensables à l'existence, il faut, en etTet, ([ue les autres produits nécessaires se trouvent préalablement accumulés ailleurs, de manière à permettre, ou par don ou par échange, la satisfaction simultanée de tous les besoins personnels.

In examen mieux approfondi conduit donc à regarder la formation des capitaux comme la vraie source générale dos grandes réactions morales et mentales que le plus éminent des philosophes attribua d'abord à la répartition des offices matériels.

Celte indispensable rectification serait beaucoup fortifiée si l'on avait égard à ma décomposition normale des capitaux en provisions et instruments.

Mais, pour maintenir la généralifi' abstraite qui convient à la sociologie statique, je dois écarter ici cette impor-

tante distinction, comme ne pouvant s'appliquer assez aux premiers âges sociaux, où les matériaux sont plutôt accumulés en vue des travailleurs qu'afm de seconder leurs opérations.

Néanmoins, il importe de sentir déjà que, dans toute civilisation développée, chaque praticien dépend encore davantage des autres quant aux instruments qu'il emploie que par les provisions qu'il consomme.

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