‹ Auguste Comte conservateurChapitre 5 sur 29 · MO · texte numérisé non relu

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Lo protocole officiel imli(|n(> «li'-jà la fausseté (ruiic silna- !ion sans motifs, où i'autoi-ité tàclie de s'étaycr ciilrc l>i(Hi cl le IVuple, suivant la liiliciile devise de Maz/ini, nialur»' l'impuissance de l'un des appuis et la Ihictuation i\i' l'autre.

Il n'existe d'ailleurs aucun intérêt collectif «lui soit -('rieusement lié à cette mamamouchade^ pas seulement au degré d'adhésion qu'avait obtenu Louis-Philippe.

Ce n'c/'une est trop rétrograde pour convenir aux prolétaires, surtout urbains, et trop démagogique pour plaire aux riches, qui craignent qu'on ne veuille se populariser à leurs dépens.

Quant au respect, on sent ce qu'il peut être d'après la -ource d'un pouvoir résulté de sutTrages, méprisables pour la plupart d'après leur incompétence mentale et morale, l't même méprisés, sauf l'admiration de chaque votant 'iivers son propre vote, laquelle ne l'empêche point de It'plorer l'incapaciti' ou l'indignité des autres suffraganls.

La force matérielle ([ui l'appuie seule commence à sentir sa fausse position sociale. Auparavant, elle pouvait se regarder comme assurant l'ordre ; maintenant, elle n'est qu'au service d'un personnage discrédité et devient une escorte théâtrale. Car le renversement d'un tel régime n'entraîne plus aucune crainte sérieuse et générale d'anarliie politique. L'alternative de l'an dernier n'existe plus.

Entre Yempire et la (h-magor/ie rouge, ce personnage a lui-mêmi' tracé d'avance le véritable internithliaire. la ilKlnlurr ri'jtuhlicainc, devenue seulement progressive au lieu d'être rétrograde, sous un autre chef, en respectant la pleine liberté d'exposition et de discussion.

De plus, une telle domination suspend spontanément les dissidences profondes qui séparent entre eux les divers genres de i-épublicains, tous ainsi ralliés contre une même oppression.

Ui". It'iir nombi'c est aujoiird liui devenu beaiieouj) plus

grand qu'il ne le fut sous la Convention. Les quatre dernières années ont irrévocablement détruit le prestige qui soutint les rétrogradateurs antérieurs, en prouvant que la république pouvait prévaloir ici sans guillotiuades, et qu'elle comportait même en faveur de l'ordre des mesures plus énergiques que la monarchie, par cela même qu'elle garanlit le progrès.

Cet épisode ne peut donc durer que le temps nécessaire pour stimuler et rallier les diverses inlluences qui doivent concourir à sa terminaison nécessairement violente. Un tel dénouement est trop prochain pour que le positivisme y puisse intervenir, autrement qu'en le prévoyant, quelque favorable que soit à notre avènement politique une situation qui nous représente comme les seuls républicains véritables, d;ins un pays où la révolution se résume par la république, comme la contre-révolution par la royauté.

Depuis que la démagogie aboutit à la rétrogradation, nul ne peut soutenir comme républicaines les doctrines métaphysiques que le positivisme a toujours combattues l'adicalement sur la souveraineté du peuple et l'égalité, qui maintenant conduisent au mamamouchat. Nous qui proclamons l'évolution sociale régie par des lois immuables, indépendantes de toutes volontés, tant humaines que divines, n<:)us devenons donc les seuls défenseurs systématiques de la république, à laquelle un sentiment indestructible attache de plus en plus la population dirigeante.

Mais notre nombre est encore trop petit pour que nous puissions aucunement diriger le prochain ébranlement, qui continuera donc à dépendre des républicains empiriques, auxquels nous en devons, nous simples spectateurs, laisser les bénéfices et les charges, en nous contentant de participer au profit universel résulté de la liberté d'exposition dont nous saurons, j'espère, nous servir dignement. Toutefois, nous pouvons aujourd'hui modifier

liciiifiiscinoiil Cl' iinii\(MM moiivrnuMil [)()lili(juo. en nous ctVi.naiil iraïut'lioriM- r(Mnj)irisino ropiiblicaiii, de maniôi'c à le icMili'c moins anai'chiqne, cl dès lors mioiix acccplaMc.

.1 ai «-iirloiil l'ousciilc Ao iiiodilicr l'ancienne devise (que M. Honaparlo n"a j)as remplacée, malgré son mémorable adage : a/i fir (Irtniil y//^' ce qu'on rrtn place] . en y snpprinianl \'r(/(iHfr. (|ni (onjoni's caractérisa le mauvais esprit rt'volulionnaii'e. Si la l)annière républicaine reparaît avec la seule inscri[)lion Liberté et Fraternité, la bourgeoisie sera déjà rassurée, et la portée d'un tel changement éliminera bientôt les révolutionnaires vraiment indisciplinables, les rouges de Londres et de Bruxelles, seuls assez aniérés désormais pour tenir encore au sulTrage universel ajM'ès son aboutissant mamamouchique.

D'après ces indications sommaires, que ma plume vous t-quisse en courant, j'espère que vous concevrez combien, loin d'être aucunement découragé par la présente situation, quelque honteuse qu'elle soit, je la regarde comme la plus favorable qui se soit jusqu'ici présentée pour hâter l'avènement politique du positivisme, ainsi devenu claininenl l'unique ressource de la Révolution française. La même conliance inspire les jeunes disciples ou adhérents qui m'entourent, et parmi lesquels j'ai la satisfaction de ne voir aucun aiïaissement. 11 n'y a de découragement sérieux que chez ceux qui. comme M. Littré surtout, se séparèrent de nous l'an dernier envers la dictature, d'après l'inconséquence qui les empêcha d'apprécier cette abolition du régime parlementaire comme le premier acheminement réel à la dictature positiviste.

La morale individuelle constitue Tunique domaine qui convienne directement à la discipline théologique, surtout depuis le monothéisme, dogmatiquement incompatihle avec l'existence collective^ où son influence ne saurait jamais devenir immédiate ni systématique.

Mais, envers ce fondement général du régime humain, le catholicisme réalisa d'admirables perfectionnements, quoiqu'il dût y maintenir, et même y consacrer davantage, la personnalité des motifs, en réservant au positivisme leur transformation sociale.

Le principal progrès, trop méconnu maintenant, y consista dans la prépondérance normale que la culture des sentiments obtint alors sur l'accomplissement des actes, d'après la séparation spontanée entre le conseil et le commandement, due davantage à la situation qu'à la doctrine.

Tant que le sacerdoce avait pu directement prescrire la conduite, il ne s'était point efforcé de régler les affections qui l'inspirent, quoique leur ascendant ne lui fut pas inconnu, comme le témoignent les livres théocratiques, surtout juifs.

Cette disposition naturelle, où concourent notre orgueil et notre inertie, ne serait pas mémo rectifiée par le posi-

li\i^im\ malgré sa théorie tlo la constitution Immaino, s'il 110 devait |)oiiit rédiiiro iri'«;v()caI)l(MntMil la classo ntnlcniplalivo à sa vraie diHitinatioii.

Mais, (juand les |ii"ètres ne peuvent point eoniuiauder les aelos. ils eutrepreuueul, coiuuie les l'emnies, de inodi- 11er les volontés. Telle est la transformation que lit enfin surgir la situation occidentale au moyen âge, où le sacerdoce régla les tendances, faute de dominer les r<''sultats.

Vraiment opportune déjà, cette institution fondamentale, quelle que fût sa source historique, persista nécessairement, même à travers les graves altérations émanées de ranarehie moderne.

l'aile caractérisera toujours le premier pas de l'Occident vers la saine morale, à la fois tliéoiique et pratique, en systématisant l'universelle prépondérance du sentiment, spontanément proclamée par le fétichisme, mais devenu trop implicite sous le double polythéisme.

Au moyen âge, l'amélioration directe de nos propres dispositions suscite, enlin, dans tout l'Occident, une culture (h^cisive, où Ion apprécie moins les résultats extérieurs de chaque conduite que les tendances intérieures qu'elle manifeste ou provoque.

S[)éeialement envisagée, cette discipline catholique de l'oxisteiice individuelle se rapporta surtout au plus perturbateur de tous nos penchants.

l/inslinct nutritif avait été mieux j-églé parla théocratie qu'il ne put lètre sous le catholicisme, malgré l'eflicacité personnelle et la rr-aclion sociale des prescriptions relatives au jeune.

Il faut étendre le même jugement aux autres habitudes ! qui concernent notre conservation matérielle, et princi- [ palenienl aux institutions de propret(''. publique e| privée,

alors trop compromises d'après l'incurie catholique, malgré les dispositions spontanées de l'Occident.

Etroitement préoccupé de la pureté morale, le catholicisme oublia que la purification physique constitue nécessairement le premier degré de la disicipline individuelle, ainsi néirlisré comme inutile au salut éternel.

Mais la transition affective développe une incontestable supériorité quant à l'instinct sexuel, qui ne pouvait auparavant être assez réglé, parce qu'il dépend davantage des impulsions cérébrales que des besoins corporels.

Plus modifiable qu'aucun autre, en tant que relatif à des exigences aisément réductibles, il est plus susceptible d'une vicieuse persislance, en vertu même de sa moindre nécessité, dans une constitution où les tendances sont mal proportionnées aux résultais, surtout à cet égard.

C'est pourquoi sa vraie discipline fut et sera toujours regardée comme le principal triomphe de la sagesse humaine, qui ne saurait rencontrer ailleurs un concours équivalent de l'importance du but avec la difficulté des moyens.

Une telle répression se trouvait réservée au catholicisme, comme exigeant directement notre plus intime culture, négligée jusqu'au moyen âge.

Elle dut spécialement inspirer la sollicitude dominante d'un sacerdoce que le célibat poussait à régler surtout chez lui-même ces puissantes tentations.

Les vrais prêtres purent ainsi reconnaître, mieux que les dignes femmes, l'importance capitale de la pureté sexuelle pour l'ensemble du perfectionnement humain, non seulement moral, mais aussi mental, et même corporel.

Après ce pas décisif, qui. malgré d'anarchiques altérations, affectera toujours nos destinées, le principal mérite

ISi.T.Î 12",

<!(• la iiiiiralt' callioli([iK' i-niisisla dans le règlciiiciil tlirccl (le iiolic incilleuro porsoiiniilité, t[ue sa dijriiilé supérieure iciul à la fois [)lus danj;oreuso et moins discipliiialjle.

L'orgueil et la vanité n'avaient jamais compoilé de répression spéeiale, et eiiaenn se sentit môme enclin à s'en honorer individnellenienl, ([uoique souvent elioqué de leurs résultais chez les autres.

Mais le besoin occidental de discipliner les forces humaines dut pousser le catholicisme à régler les sentiments qui déterminaient alors leurs principaux abus, comme ils avaient d'abord dirigé leur essor décisif.

Précurseur spontané du principe positif, l'instinct catholique osa ilignement érigei* ces deux puissants mobiles en lubmiilés radicales de la nature humaine.

Quoique la prescription de l'humilité dût partager le discrédit de la doctrine qui l'inaugura, le positivisme lui procure une consistance inébranlable, en l'incorporant à la notion fondamentale de notre perfectionnement, oii l*on suppose nécessairement le sentiment continu de notre imperfection.

Je dois enfin signaler, dans la systématisation catholique de la morale individuelle, un troisième progrès, consistant dans l'interdiction générale du suicide.

Malgré ses motifs égoïstes et son caractère absolu, cette innovation, dédaignée pendant l'anarchie moderne, concourut à préparer les Occidentaux au régime sociocrati([ue, où les enfants de l'humanité disposeront moins arbitrairement de leur vie (jue des autres moyens dus et voués au Grand-Ktre.

Lue règle aussi contraire aux mœurs antérieures ne pouvait s'introduire que d'après une doctrine où chacun. isolé par la suprême domination, devenait coupable en brisant à son gré les liens providentiels.

Envors l'existence doiiieslique. la transition atfective accomplit deux améliorations décisives, où ses deux éléments prirent une égale part : la juste émancipation des femmes, le digne règlement de l'autorité paternelle et conjugale.

Quant à la première, trop exclusivement attribuée au principe catholique, il n'y |jut intluer qu'en instituant la pureté, comme je viens de l'expliquer.

Les mœurs romaines indiquaient assez, depuis la dictature, que, sans un tel préambule, la libération privée du sexe affectif, au lieu de permettre l'essor de la vraie tendresse, aurait suscité des désordres universels.

Mais, d'après cette base, le sentiment féodal présida seul aux principaux perfectionnements de la monogamie occidentale, à laquelle le catholicisme dut préférer le commun célibat, en traitant le mariage comme une concession exigée par notre vicieuse nature.

Outre l'influence affective toujours propre à la vie civique, une existence plus sédentaire, en vertu d'une activité moins continue, manifesta davantage aux chefs pratiques la dignité de la femme et le prix des liens domestiques.

Telle fut la principale source de l'indissolubilité du mariage et de la liberté féminine, double condition, graduellement sentie, de refficacité morale du sexe affectif, d'où le sexe actif faisait enfin dépendre son bonheur et son perfectionnement.

Ces émotions décisives devaient rester essentiellement inertes chez un sacerdoce célibataire, qui ne pouvait assez comprendre que les satisfactions charnelles.

Il ne sut pas même honorer le veuvage aussi dignement que dans les divers régimes antérieurs, puisqu'il lui préféra toujours la virginité.

Ilfhilivcmt'iil à la discipline inlt'riciirc Je la rainillc, riiilliKMK'e (lu calliolic'isnie surpassa celle de la féodalitc', mais sans c'om|)()rtor des fruits aussi dc^cisifs ([u'envcrs le pei l'ectionnemeul principal, où l'impulsion pratique avait j)ri''\alu.

l/inlervenlion normale du sacei'doce dans l'existence domesli([ue fut d'ailleurs indépendante de la doctrine occidentale, et due seulement à la séparation spontanée des deux puissances, de manière à cesser graduellement quand cette division prématun''e disparut sous l'usurpation temporelle.

Néanmoins, le monothéisme défensif put assez durer pour rompre irri'vocablement la suprématie absolue des chefs de famille, conservée dans la civilisation romaine, surtout envers les enfants.

Destiné, dès son début, à régler les forces humaines, le sacerdoce catholique devint alors le digne organe des tendances sociocratiques de l'Occident, où nul pouvoir n'admettrait une vraie discipline, tant que la plus précieuse des propriétés resterait arbitrairement régie.

En vertu même d'une telle connexité, le sentiment féodal, malgré ses vœux exagérés d'indépendance personnelle, seconda spontanément une innovation conforme à sa disposition civique, déjà prononcée quant aux biens matériels, qui cependant la comportaient moins.

Quoique la chevalerie, qui résuma spontanément l'ensemble temporel du moyen âge. n'ait pu formuler qu'au xvi" siècle sa règle générale de conduite, par son dernier représentant, cette incomparable sentence caractérisait toute la civilisation féodale.

I Fais ce que dois^ advienne que pourra, constituera ton-

jours la première manifestation de notre tendance directe à sortir du régime égoïste pour instituer l'existence altruiste.

Une telle maxime se trouvait d'avance résumée par une expression décisive, profondément familière à nos ancêtres, et qui même conserve aujourd'hui sa plénitude, du moins officielle, chez les Occidentaux oîi le régime féodal persista le mieux.

Car le mot loijauté combine admirablement les deux qualités essentielles du moyen âge, le dévouement et la sincérité.

Je dois d'ailleurs noter que la morale chevaleresque, ainsi formulée doublement, indique une émancipation mentale plus complète qu'on ne l'a cru jusqu'ici, puisque cette prescription du devoir, indépendamment des conséquences quelconques, s'étend même à l'avenir surnaturel.

Dans un régime déjà fondé sur l'opinion publique, où chacun aspirait davantage à revivre en autrui qu'au ciel, la certitude d'une éternelle souffrance ne pouvait arrêter l'accomplissement d'une obligation sociale.

Gondorcct signala justement, comme type de cette disposition pratique, le cas du duel, où les meilleurs croyants bravèrent, pendant plusieurs siècles, toutes les menaces chrétiennes ; tandis que la prépondérance des mœurs industrielles suffit aujourd'hui pour dissiper cette coutume militaire.

Toutes ces tendances de la morale chevaleresque résultèrent surtout de la situation féodale, caractérisée par la transformation défensive de l'activité collective. Avant de s'éteindre en Occident, l'existence guerrière exerçait spontanément sa meilleure réaction affective.

Devenue défensive, en restant collective, l'activité militaire comportait une pleine moralité, toujours incompa-

liMc avec son essor antt'iiciir, oii l'ardeur cl l'importance (lu succi^'s rendaient peu scrupuleux sur les moyens, en manifestant davantage les actes que les sentiments.

C'est seulement au moyen âge que le respect continu de la vérité prévalut irrévocablement avec l'accomplissenu^nl des promesses quelconcpies et l'horreur de toute Iraliison.

Ainsi se trouva spontanément posée la base générale de la morale sociocratique, ([ue le positivisme se borne à condenser dans lobligalion de vivre au grand jour.

L'examen concret va me permettre de spécifier, par des n-sullats décisifs, la tendance du moyen âge vers la sociocratie, alors développée avec plus de constance et de netteté que pendant la transition romaine, malgré la résistance dogmatique.

On n'y peut attribuer au catholicisme d'autre iniluence propre qu'une impulsion, plus négative que positive, d'après sa suppression radicale de l'hérédité sacerdotale, dernier vestige réel de l'institution des castes, dont elle avait marqué le début.

Cette disposition sociale, principale source du célibat

< t clésiastiquc, permet ici de résoudre l'apparente anomalie résultée de l'extension que le moyen âge sembla pro-

< urer à l'autorité de la naissance.

L'avènement du mérite restant alors prématuré, malgré les aspirations catholiques et les pressentiments féodaux, le progrès s'accordait avec l'ordre pour exiger une telle restauration, dans une situation où la succession élective aurait pleinement développé ses tendances subversives.

Spontanément conforme à la nature défensive de I activité collective, comme à son exercice intermittent, I hérédité devint, au moyen âge, une garantie nécessaire du double rc'sultat propre à la transition allective, surtout fiiviTs l'émancipation des travailleurs.

Au fond, le pouvoir y fut attribué davantage à la richesse qu'à la naissance, qui procurait moins d'ascendant politique que dans l'antiquité, quand elle se trouvait réduite à son crédit moral.

Les obligations croissantes que le régime féodal prescrivit à la possession territoriale, plus aristocratique cependant qu'aucune autre, vont bientôt montrer combien l'hérédité, déjà devenue spontanément sociocratique, différait alors de son type théocratique.

Pour compléter ce jugement abstrait des propriétés sociales du moyen âge, il suffit ici de les indiquer sommairement envers les plus vastes relations humaines. Dans l'ordre purement occidental, le catholicisme dut y concourir directement avec la féodalité, d'après une foi commune, régie par un même sacerdoce, tandis que la convergence défensive et la conformité de mœurs instituaient l'homogénéité pratique.

Ainsi put surgir le principal résultat du monothéisme défensif. la substitution décisive de l'agrégation libre à l'incorporation forcée, chez les cinq peuples assez préparés.

Mais, hors de l'Occident, l'impulsion temporelle reprend alors sa supériorité politique sur l'inspiration spirituelle, contrairement à leur contraste normal.

En effet, malgré ses prétentions à l'universalité, la foi catholique dut toujours consacrer, par son caractère exclusif, la haine et l'oppression des populations qui la rejetaient.

Ces aspirations empiriques devinrent aussi dérisoires que funestes, quand un autre monothéisme, non moins absolu, vint irrévocablement partager l'ancien domaine romain entre deux cultes inconciliables.

L'essor simultané de la chevalerie chez ces deux populations prouva bientôt que la similitude, même impar-

i'ailc. (le leurs sitiialioiis sociales y sorondail, mieux qu'aucun lliéologisme, islanii<|ue ou calli(>li(iue. ruuiversalil('' vers laquelle tendait le régime humain.

Avant (le commencer le jugement concret du monothéisme défensif, dont je viens d'achever l'appréciaiion al)straite, je dois la résumer par un tableau synthétique de la constitution calholico-féodale, sans lequel les principaux résultats de la transition atleclive ne sauraient être assez ex|)li([ués.

Sous (|uel(|ue aspect qu'on examine le régime })ropre au moyen âge, on le voit toujours émaner ou de la séparation des deux pouvoirs, ou de la transformation de l'activité militaire.

Ces deux caractères fondamentaux déterminèrent, l'un l'ensemlde de la constitution catholique, l'autre celui de la constitution féodale.

Ainsi provenue d'une seule source, chacune d'elles fut pleinement homogène, et leur harmonie mutuelle résulta de la connexité spontanée de leurs bases respectives.

Dans le catholicisme, cette filiation sociale ne se borne point au régime proprement dit ; elle domine aussi le culte, et môme le dogme.

Le chapitre précédent démontre comment, dès l'origine du monothéisme occidental, le besoin de séparer les deux puissances, pour systématiser la morale universelle, détermina le caractère qui distingue sa révélation.

Or, cette incarnation nécessaire conduisit naturellement aux institutions dogmatiques qui devaient la compléter: d'une part, la chute et la rédemption ; de l'autre, la trinilé combinée avec le mystère eucharistique.

L'ensemble de ces cinq dogmes constitue une doctrine vraiment indivisible, que la sociologie peut seule exj)li-

quer, en dévoilant sa destination transitoire, d'abord dans le tout, puis envers les parties, dont chacune concourt spécialement au but social.

Celte appréciation historique peut être aisément étendue aux institutions secondaires, comme le purgatoire, le culte des saints, la confession avec absolution, etc.

On les trouvera toujours motivées, ou par la mission morale d'un tel système, ou d'après l'indépendance spirituelle qu'exigeait son efficacité.

La damnation de tous les non-croyants, qui dal finalement inspirer, au cœur plus qu'à l'esprit, d'invincibles répugnances, devint nécessaire pour consolider la foi, condition fondamentale de toute la constitution monothéique.

En voyant le grand Mahomet pleurer, sur la tombe de sa mère, par le regret de ne pouvoir pas prier pour elle, on reconnaît combien une telle réprobation se trouvait indispensable à la consistance d'une doctrine indémontrable.

Sans cette douloureuse exclusion, dont l'efficacité fut d'ailleurs plus passagère que sa destination, l'esprit de discussion inhérent au monothéisme, surtout occidental, n'aurait jamais permis l'accomplissement des résultats moraux de la transition affective, ainsi livrée à des doutes indéfinis.

Le positivisme, quoiqu'il doive aussi recommander sa propre foi, pourra seul respecter des croyances quelconques, soit qu'il apprécie leurs tendances nécessaires vers sa doctrine, soit que sa théorie de la nature humaine le préserve d'exagérer l'influence des convictions sur la conduite.

Quant à la constitution intérieure du sacerdoce catholique, elle fut toujours altérée par un intime conflit entre le principe de la naissance, qu'elle dut écarter, et celui

(lu nii'rili'. (lonl raNèiiemcnt roslail [)i'(''niaturé ; ce (jiii la coiitliiisil à trop consorvor ri-loction.

La Icmiaiico rovolulionnairo s'y trouvant ainsi consaci-ôe, son inévitaldo extension troubla souvent l'ascendant central, qui no pouvait surniuutiT une influence à la(|uellc chaque j)apo devait sa propre élévation.

Au fond, les conciles constituèrent toujours un embarras pour la papauté, qui, sans eux, auiait mieux traite les (juestions incidentes sur la croyance ou la discipline.

Le positivisme pourra seul développer pleinenienl l'autorité spirituelle, en la préservant de toute assemblée officielle, d'après une doctrine constamment démontrable, où le nombre ne saurait jamais être invoqué comme expédient final contre le doute.

En second lieu, la constitution sacerdotale du catholicisme fut essentiellement contradictoire envers le célibat ecclésiastique, indispensable à l'abolition de l'hérédité, précieux pour l'indépendance, mais contraire à la destination morale du moyen âge.

Ces deux vices généraux durent altérer l'ensemble de cette hiérarchie, dont les principaux mérites émanèrent de la sagesse pontifical(\ tandis que ses défauts provinrent surtout de la doctrine ou des circonstances.

Puisque l'avènement social du vrai sacerdoce était alors prématuré, son organisation intérieure devait être troublée par son incohérence extérieure.

Spontanément conforme à l'ensemble de la situation occidentale. la constitution féodale oITrit. malgré les préjugés modernes, une meilleure harmonie entre son principe général et ses institutions essentielles.

Fondée sur la transformation de la conquête en défense, et destinée à diriger l'émancipation graduelle des travailleurs, elle présenta toujours une pleine opportunité, source de sa cohérence.

Ces deux attributions générales, non moins connexes que celles du catholicisme, suffisent pour expliquer entièrement la féodalité.

Déjà j'ai montré comment s'y rattachent ses deux caractères essentiels, la substitution du servage à l'esclavage, et la décomposition hiérarchique du commandement, envers lesquels l'examen concret va compléter mes indications.

Il suffit ici d'y joindre la sommaire appréciation du principe politique et du résumé social d'un tel régime.

On doit regarder la féodalité comme ayant inauguré, par une application décisive, quoique passagère, la règle générale de la hiérarchie temporelle.

Jusqu'alors compliqué d'intluences théocratiques, l'ordre politique proprement dit commence, au moyen âge, à s'en affranchir irrévocablement, pour se réduire à la subordination spontanée des forces matérielles, que le sacerdoce doit ensuite systématiser.

Rien ne fut mieux conforme que la progression féodale à la répartition naturelle de l'ascendant temporel, suivant l'intensité des moyens d'action.

La juste réciprocité constituée alors entre l'obéissance et la protection proclama la vraie loi de la hiérarchie politique, empiriquement appliquée auparavant sans avoir pu distinctement surgir, vu l'intime confusion des deux autorités élémentaires.

Ainsi s'établit enfin, mais envers un régime transitoire, la conciliation fondamentale entre l'indépendance et le concours, qu'il faut maintenant instituer dans l'ordre final.

Elle se trouve alors caractérisée admirablement par

l'essor décisif de la chevalerie, où le dévouement et la

liberté s'élèvent simultanément jusqu'à leurs limites naturelles.

(jiK^iijiio \o pi'olci'loral voloiilaire ol grain il ail loiijoiirs oxisli'. jamais il iio piil. avaiil le moyen âge, snscilcr une inslilnlion sj)t''ciale.

l/aolivilô mililairc di'vail devenir défensive, id par snilt; intermillenle, ponr (jnc ses meilleurs organes, ù la fois plus disponildes et mieux moralises, vouassent leurs forces, individuelles cl collectives, à la libre repression ou réparation des iniquités sociales.

Si le défaut de centralisation politique dut alors augmenter rimportance d'une telle inslilnlion, ce besoin spécial, que compensait d'ailleurs lintluence spirituelle, ne pouvait aucunement déterminer l'avènement de ce complément nécessaire d'une civilisation quelconque.

Comme l'activité collective, dont elle est inséparable, la chevalerie surgit nécessairement sous l'impulsion militaire, quoique sa vraie nature se doive mieux concilier avec l'existence industrielle, qui, dignement systémaliséi'. lui procurera seule un plein développement.

La double constitution que je viens de résumer, d'après l'ensemble de l'appréciation abstraite, me conduit maintenant à commencer l'examen concret du monothéisme défensif, en caractérisant d'abord le siècle équivoque qui réunit ou sépare le moyen âge et Tantiquité.

Car c'est alors que tous ses éléments essentiels durent naturellement recevoir une élaboration décisive.

Ainsi se trouvera comblée la lacune volontaire envers le iv" siècle, où l'épuisement de la dictature romaine prépara directement l'avènement catholico-féodal, mais sans [ouvoir encore le laisser ouvertement prévaloir.

Inauguré par un double symptôme, l'adoption légale du monothéisme et le déplacement officiel du centre politi(|ut', ce siècle exceptionnel ouvrit une issue décisive.

quoique inaperçue, à la rénovation spontanée que la situation occidentale préparait depuis César.

La connexité de ces deux résolutions fut toujours sentie, au moyen âge, même chez ceux qui la déploraient, comme le témoigne ce vers de Dante sur Constantin : Per céder al pastor si fece greco.

Car le système catholique, condensé dans sa constitution sacerdotale, dont la papauté formait le nœud, ne pouvait se développer tant que la foi nouvelle, toujours incapable de surmonter la discussion, restait dépourvue d'une sanction légale.

Les trois siècles antérieurs ayant assez élaboré toute sa doctrine, non seulement envers le dogme et le culte, mais aussi quant au régime, même ecclésiastique, ses principales institutions durent alors surgir irrévocablement, sauf leur essor ultérieur.

Pour substituer une éducation nouvelle à celle que le polythéisme procurait aux Occidentaux, le monothéisme dut organiser, au dedans comme au dehors, la coordination indispensable à ses prétentions systématiques.

Il y fut spontanément assisté par son adoption générale des antécédents hébraïques, qu'il sut heureusement combiner avec ses emprunts naturels à la synthèse romaine, sauf sa double ingratitude envers ces services directs et spéciaux.

A cela près, le nom de Rome transporta justement son incomparable prestige à ceux qui devenaient alors les vrais héritiers du polythéisme social, à mesure que leur destination pratique les dégageait mieux de la dégénération grecque, désormais concentrée chez leurs rivaux byzantins.

Temporellement appréciée, la révolution du iv" siècle commença directement l'élaboration féodale, en déterminant, par son propre avènement, la décomposilion poli-

tii|iit' liai (levait con-^liliicr Ir prin/ipuloaractèro du rr^imo dél'onsif.

Lr partage ofliciol do l'onipiii' l'ut ajdurnt'' jusqu'à la liu do ce siècle, d'après la centralisation qu'exigeait alors Inriranisation légale du catholicisme, dignement présidée par le grand Tliéodose. qui seul répara suffisamment la folio rétrogradation d'un sopliisle couronné.

Mais la division réelle, intermittente pendant le siècle précédent, devint continue quand la dictature eut quitté son vrai siège.

Les invasions nomades, (jui purent auparavant aboutir à «les transactions volontaires, se convertirent alors on ii-urpations violentes du territoire occidental.

l>"abord l'Orient se trouvait irrévocablement séparé de rUocident. conformément à l'ensemble de leurs discordances antérieures, déjà si prononcées, au début de la dictature, que la poésie les faisait remonter jusqu'à la lutlo iiomériquo.

Kn outre, le monde vraiment romain se décomposait alors on Etats de plus en plus indépendants, dont le centre spirituel devrait finalement changer.

L'inféodation hiérarchique, et môme la tendance chevaleresque, commencèrent à devenir partout appréciables de manière à susciter déjà quelques types personnels, surtout l'éminent Aetius, également décisif sous l'un et l'autre aspect.

Outre leur essor respectif, les doux éléments généraux du monothéisme défensif contractèrent spontanément leur alliance nécessaire, pendant ces mouvements caractéristiques.

Seule autorité pleinement reconnue, le sacerdoce occidental y consacra dignement toutes les tendances sociales, mémo tomporellos, tant au dehors qu'au dedans.

Meilleur représentant des mœurs romaines que le pou-

voir ofticiel, il sut néanmoins sympathiser convenablement avec les instincts germaniques, dont il avait pressenti la réaction nécessaire, qu'il s'efforça de régler d'avance par de sages missions, souvent périlleuses.

Ainsi préparée directement, mon explicalion concrète du monothéisme défensif doit ici commencer d'après la répartition générale de la transition affective en trois phases successives, composées chacune d'environ trois siècles.

La première, depuis le début du v*' siècle jusqu'à la fin du vii% correspond à l'établissement fondamental de la nouvelle occidentalité, sous l'ensemble des conflits spirituels et temporels.

Pendant la seconde, qui finit avec le x'' siècle, cet agrégation se consolide et se complète en développant la guerre défensive envers les populations polythéistes, seules vraiment incorporables à la catholicité.

La troisième phase, prolongée jusqu'à la fin du xiii* siècle, termine la fondation de la république occidentale, d'après son activité collective contre les invasions monothéistes, qui ne comportaient aucune issue par assimilation.

Quoique cette division sociologique doive rester formulée lemporellement, comme celle de la transition romaine, principale source d'un tel mouvement, elle va présenter spirituellement des caractères moins saillants, mais aussi décisifs, naturellement liés à ceux-ci.

Suivant ce plan, représenté, sans fortuite, par la succession des trois dynasties françaises, je dois d'abord apprécier les invasions nécessaires dont la suffisante répression détermina la destination politique du moyen âge.

h'après le cliapitre précédent, riiicoipoialioii romaine ne put jamais embrasser p'ellemenl ni les nations tliéocrali(|nes, faute de pouvoir les assimiler, ni les populations nomades, qui ne pouvaient pas même ôlre conquises.

I.es premières nélaient j)oint susceptibles do réagir, du moins direcloment, contre une telle domination, quelque oppressive ([uelle devînt envers elles.

Mais les autres, dont le genre de vie exigeait un vaste territoire, de plus en plus restreint d'après l'extension romaine, se trouvèrent ainsi poussées vers l'existence sédentaire avant que leur [)r(^pre évolution les y conduisît spontanément.

Pour devenir agricoles, elles furent bientôt disposées à quitter les lieux peu favorables où la pression romaine les avait graduellement reléguées, afin d'obtenir, en Occident, par des concessions libres ou forcées, un sol plus convenable et mieux préparé.

Restées incapables du véritable essor militaire, ces peuplades accomplirent, avec un succès croissant, des invasions, auparavant inconnues, consistant davantage à s'établir qu'à conquérir.

Quand elles eurent ainsi posé le premier fondement de la vie guerrière, son évolution s'y trouva contenue par les obstacles résultés d'abord de leur compression mutuelle, puis de leur commune résistance aux compétiteurs attirés par leur exemple.

Dès lors, leurs tendances naturelles vers la conquête cédèrent au besoin de consolider et développer l'établissement, mais sans éteindre des aspirations qui, n'ayant pu suivre le cours normal, suscitèrent, au moyen âge, des perturbations exceptionnelles, dont quelques vestiges subsistent encore.

Ce conllit nécessaire, qui, par des réactions de plus en

plus vastes, mêla profondément la race jaune à la race blanche, doit être finalement regardé comme favorable à Fensemble de la transition affective, qu'il rendit plus facile, et même plus prompte, tant spirituellement que temporellement.

Outre que plusieurs tribus se trouvaient déjà converties à la doctrine occidentale, celles qui l'adoptèrent après leur établissement offrirent peu d'obslacles à l'apostolat catholique.

En effet, leur polythéisme, d'ailleurs récent, et nullement enclin à la théocratie, devenait directement contraire à leur nouvelle existence, que la foi monothéique pouvait seule sanctionner, malgré la faible résistance de leur propre sacerdoce, dont le crédit n'avait pu s'établir assez.

L'exagération qui leur attribue la constitution féodale repose sur leur affinité spontanée envers ses principales dispositions, la transformation de l'esclavage en servage, et la décomposition hiérarchique du commandement, mieux adoptées quand on n'aspire point aux conquêtes que lorsqu'on y renonce.

Tout le régime du moyen âge n'offre de vraiment propre aux origines germaniques que l'usage du duel, résulté d'un insuffisant épuisement de l'essor militaire, et d'autant plus tenace que l'invasion fut plus tardive, comme le témoigne indirectement la tendance plus processive d'une province française.

11 faut donc s'étonner peu que, dès cette première phase, et même avant que la succession des invasions eût pu cesser assez, les mœurs féodales fussent déjà devenues pleinement appréciables.

Le siècle qui s'ouvrit par le saccagement de Rome aboutit à la noble domination du grand Théodoric, type initial de la transition finale.

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