IH
aulaiil de cunsislaïu-e tjuaii début, parce (juc la Iciulancc nécessaire de la siliialion républicaine à ^^aranlir le progrès et coniprouietlre Toi'di'e était déjà devenue iiri'cusable.
Les nouvelles agitations (jui la eonliinièrent tirent aussi sentii- (jue celte position permettait, autant qu'elle exigeait, la prt'pondéi-ance continue du pouvoir centi'al.
Après que le régime parlementaire eut acbevé de développer ses dangers en étendant jusqu'aux j)iolétaires ses ravages intellectuels et moraux, un acte d'énergie pleinement oppoi'tun l'abolit à jamais, sans rencontrer aucune résistance.
De plus en plus confirmée par la réflexion })opulaire, cette initiative officielle établit irrévocablement le principe dictatorial, sous un titre quelconque, même entouré d'illusions légales.
D'après une telle indication, je me trouve conduit à confirmer, par deux faits caractéristiques, les prévisions propres à la préface du tome III" envers l'antipathie croissante que ce parti m'a vouée.
Laversion que le positivisme inspire aux métaphysiciens germaniques ou hrilauniques pourra s'exhaler en dissertations, parce qu'ils se regardent comme capables de discuter la nouvelle synthèse.
Mais les révolutionnaires français se sentent trop audessous d'un tel effort pour que leur haine puisse se satisfaire autrement que d'après des calomnies, destinées à détourner le peuple de moi sans aucun examen.
Ils ont représenté mon manifeste au tzar comme une dédicace du tome III"; oubliant que l'ensemble de mon traité se trouvait, dès son début, placé sous un patronage incompatible avec tout autre hommage.
Je dois aussi leur attribuer l'inqualifiable hypothèse oii ma persécution polytechnique se trouve expliquée d'après mes propres malversations ; malgré sa dépravation spéciale, le milieu qui m'a dépouillé n'oserait risquer une calomnie dont il craindrait la facile réfutation.
Telles sont les seules armes que puisse opposer à la
isr)i- I8<.)
ivli^ii'ii lie l'ordre el du progrès le plus nuisible et le j)lus arriéré de tous les partis actuels.
Seul il nie le besoin d'une reconstruction spirituelle à la(|uelIo il se sent incapable do pourvoir, et s'efforce de concentrer les aspirations populaires vers l'élaboralion imnu'diate des réformes matérielles, consistant surtout à dt'lruire.
l'étranger aux principaux progrès du xix" siècle, il construit la soluli(Hi occidentale avec la religion de Voltaire, la philosophie de Condillac, la morale (rilelvélius et la polititiue de Rousseau, en repoussant Hume, Diderot et Condorcet.
On doit être peu sur|)ris que, sauf de jeunes âmes, estimables quoique égarées, tous les hommes de quelque valeur abandonnent de plus en |)lus un parti qui uK'connaît radicalement le programme moderne.
Je suis heureux d'annoncer ici que, après l'oscillation indiquée dans ma précédente préface, M. Etex ])araît irrévocablement dominé par les dispositions syntli(''tiqiics et sympathiques qui d'abord le poussèrent au positivisme.
En un temps où chacun Hotte et s'insurge, ce double désordre doit être spécialement excusé chez les artistes, plus entraînés et moins i-elenus que les théoriciens et les [>rati('iens.
Pour caract('riser la perturbation russe, il faut apprécier son incompatibilité directe avec l'ensemble de la politique internationale, qui, depuis la hn du moyen âge, fait de plus en j)lus prévaloir le stdln (juo. *
Les heureux effets de la diplomatie moderne ont autant
réglé les relations des peuples que le permettait la décadence du sacerdoce occidental.
A travers les principales luttes, cette influence a toujours consolidé les mœurs pacifiques, en imposant le respect mutuel des situations quelconques.
Elle a judicieusement érigé la paix de Westphalie en ère décisive de la salutaire prépondérance qu'elle doit exercer, jusqu'à ce que la spiritualité positive ait irrévocablement reconstruit l'occidentalité.
Ce fut. en efîet. un noble triomphe que de répartir l'Occident entre le catliolicisme et le protestantisme, en prévenant ou réprimant toutes les tentatives destinées à faire militaii'ement prévaloir aucune des croyances résultées de la décomposition spontanée du monothéisme défensif.
Quoique ces diverses fois aient toujours divisé non seulement les nations, mais les villes et les familles, les diplomates ont partout obtenu que la politique extérieure renoncerait à rétablir l'unité , dont la reconstruction serait seulement attendue des etforts religieux.
Fondée sur le développement spontané du scepticisme, cette conduite a fait partout sentir le besoin de chercher l'harmonie spirituelle dans une doctrine supérieure à toutes les croyances discordantes.
Aucun gouvernement, catholique ou protestant, n'a depuis tenté de conquérir pour convertir, sans qu'une ligue universelle n'ait aussitôt comprimé de telles aberrations.
Deux siècles avant cette transaction solennelle, un accord tacite avait spontanément consacré des dispositions analogues envers une répartition plus décisive.
La philosophie de l'histoire, éclairant l'âge antérieur à la diplomatie, assimile le partage du monde romain entre
le calli(Wicisim' et rislaiiiisniu ù celui de lUccidenl entre le papisme et le prolestantisme.
(Juaiui les croisades eurent irrévocablement préservé les Occidenlaux de l'invasion musulmane, leurs dispositions normales envers les Turcs et les (Irecs purent librement se développei' tlaprès l'enscnible des aniécédents -ociaux, supérieurs aux iniluences lhéol()i;i(jiies.
Ces expéditions avaient aclievé de convaincre les Latins de l'impuissance des Byzantins à se conduire; elles manifestèrent la destination des Musulmans à succéder aux Romains dans le gouvernement d'une population toujours indisciplinable.
Malgré les instances des Grecs pendant un demi-siècle, rOeeident respecta la mission politique de l'islamisme ; et les déclamations continues des poètes n'empècbèrent jamais des alliances décisives entre deux régimes également adaptés aux siluatiiuis correspondantes.
Il suffit d'indiquer cette appréciation poui* sentir aujourd'hui combien l'incident russe devient perturbateur en attaquant, au nom d'une foi partout éteinte, la transaction qui sert de base à l'ensemble de la politique occidentale depuis la fin du moyen âge.
Si l'Autriche ou la Prusse voulaient mutuellement s'imi)oser le catholicisme ou le protestantisme, en invoquant riiarmonie germanique, te tzar aiderait, au besoin, la Fiance et l'Angleterre à faire partout respecter le statu (juo religieux.
Peut-il espérer qu'on le laissera consommer une violation plus grave, qui conteste ce que quatre siècles ont irrévocablement établi?
Les impulsions classiques, plus (|ue les afiinités théologiques, déterminèrent les puissances occidentales à détruire la marine turque alin de secender l'insurrection grecque.
Elles réparent aujourd'hui celte faute, en respectant l'ensemble des traditions modernes, sauf à solliciter cordialement l'équité fondamentale du monothéisme dominateur.
En considérant l'ensemble des mesures que je viens d'assigner à la phase initiale de la transition organique, on reconnaît qu'elles sont surtout destinées à compléter et consolider la dictature en y développant un caractère conforme à sa destination.
Par l'avènement de la paix occidentale, la rétrogradation qui dut suivre l'explosion tinale perdit sa principale intensité.
Les tendances révolutionnaires ayant motivé son prolongement, il se borna dès lors à comprimer la liberté spirituelle, en combinant des entraves directes avec la restauration oflicielle de toutes les corporations arriérées que la dictature dantonienne avait abolies.
Depuis que le positivisme permet de surmonter normalement les dispositions subversives, l'ordre ne doit pas rester rétrograde, quand le progrès cesse d'être anarchique.
Une doctrine pleinement organique institue là conciliation fondamentale que les conservateurs ont toujours cherchée, et flétrit comme arriérés ceux que le gouvernement réprime comme perturbateurs.
Alors la dictature peut obtenir la consistance et l'extension convenables en prenant un caractère irrévocablement progressif, qui doit d'abord consister à renoncer entièrement aux attributions spirituelles pour, se concentrer dans son office temporel.
Telle est la principale destination de l'ensemble des
IS.")! l't.l
m(>suit'S (|iio je \ icii-- (r('X[)li(|ii('i-, cl daprès k'sqiiclk's la royauté se trouvera vraiment remplacée, conformément aux besoins essentiels de la siliialiou r(''|>ul)Ii('aiiie.
Ainsi dégagée de l'empirisme rétrograde, la diclatiire temporelle peut et doit compléter son juste ascendant, en s'alTranchissant des formes parlementaires (]u'(dle a jus(ju'iei laissé survivi-e au fond.
Inconséquente ou mensongère, cette concession, matéliellemeut onéreuse, que je n'hésitai point à blâmer dès le début, comporte des dangers moraux, en suscitant l'espoir de ranimer une politii[ue qui, malgré son impopularité radicale, inspire des sympathies arriérées.
La subtilité' métaphysi{|iie qui distingue les lois et les décrets fut introduite, par les légistes dantoniens, pour éluder les tendances anarehiqiies de la constitution démagogique à travers hupielle surgit le gouvernement révolutionnaire.
Ce motif ayant à jamais cessé, la dictature, devenue progressive, doit suivre une marche plus noble et plus libre, en s'attribuant directement, sous sa seule responsabilité, la plénitude du pouvoir temporel, sans l'altérer par <Jes formalités puériles ou vicieuses.
Il ne faut maintenant conserver d'autre assemblée politi([ue ([ue celle qui, dispensée de tout office législatif, consacrera le jtremier mois de sa session triennale à voter l'ensemble du budget, et les deux autres à contrôler les comptes antérieurs.
A cette Chambre purement financière, chaque département enverra trois députés, respectivement choisis par les trois parties, agricole, manufacturière et commerciale, de sa population active.
Quoi(jue leurs fonctions soient touj(jurs gratuites, des subsides volontaires permettront de confier exceplionnel-
lement aux pauvres une mission naturellement réservée aux riches.
Dans l'élection triennale, il faut traiter la maladie occidentale sous sa dernière forme, en modifiant doublement le suffrage universel, après avoir fait cesser une inconséquence anarchique en transportant à vingthuit ans le début civique.
On doit d'abord établir Fentière publicité de chaque vote, atin qu'une digne responsabilité s'attache à l'opération révolutionnaire où les inférieurs instituent les supérieurs.
Eh second lieu, la délégation personnelle, toujours facultative jusqu'au moment de l'élection, permettra de concentrer les suffrages sans choquer aucune susceptibilité.
Cette institution, qui se borne à développer et régulariser un usage spontané, fera bientôt surgir, au sein du peuple, des chefs vraiment investis de sa confiance politique, et vers lesquels pourra se diriger l'attention de la dictature.
Sous le concours de ces deux modifications, la maladie révolutionnaire se dissipera paisiblement, à mesure que la réorganisation spirituelle fera comprendre les conditions de compétence et sentir le besoin de concentrer le commandement.
Voilà comment on réduit, autant que possible, la seule influence vraiment anormale (jue l'anarchie actuelle force d'incorporer au gouvernement préparatoire.
La doctrine dirigeante faisant graduellement ressortir les caractères essentiels de l'état normal, ce contraste atténuera les dangers du régime de transition avant que l'ordre final soit devenu réalisable.
En subissant la nécessité de restreindre la dictature
1854 lO')
tonij>or(*lIo par le vo(o trionnal do rinipAf, on sonlira qut^ la (lôlianco qui convient on un temps de déréglomcnt doit cesser dans les mœurs définitives, où l'opinion suffit pour tout surveiller.
il l'aiil maintenant achever d'apprécier la première phase de la transition organique en indiquant la formule qui doit la caractériser et la manifestation destinée à l'inau^uurer.
Parmi les cinq dictateurs qui jusqu'ici succédèrent à Danton, le chef actuel a seul produit une sentence vraiment adaptée à la situation correspondante : On ne détruit que ce qu'on remplace.
Ins[)irée par la résurrection apparente de ce qui semblait aboli, cotte admirable maxime indique la condition organique de toute révolution décisive.
Mais luie sagesse systématique peut seule consolider et féconder l'empirisme, dont les meilleurs aperçus ne préservent point de l'inconséquence.
Hostée presque stérile chez son auteur, cette sentence n'estdevenuo vraiment efficace que quand le positivisme se l'est dignement incorporée.
Deux années se sont écoulées depuis que ce chef supprima convenablement une devise anarchique, et cc[)ondant il ne la point remplacée.
Colle inconséquence inattendue, cinq ans après la publication de la formule normale, fournit une nouvelle application de la maxime citée.
Une telle conduite expose la France au retour de la devise subversive, qu'un demi-siècle d interruption ne fit point oublier, faute d(> l'avoir remplacée.
Celte lacune indique à la dictature combien il importe d'adopter la formule Ônlrr cl Proip-hs, qui seule systéma-
tise les vœux continus de tous les conservateurs depuis le début de la grande crise.
L'avènement d'une devise générale caractérise le temps 011 la sagesse universelle, irrévocablement placée au point de vue social, s'efforce d'apprécier l'ensemble des i)esoins bumains, afin d'y pourvoir dignement.
Nos précurseurs révolutionnaires purent seuls remplir, à leur manière, une telle condition, parce que les réactions ultérieures, toujours impuissantes à traiter la question fondamentale, se bornèrent à protester contre les tendances anarcbiques de l'explosion française.
Faute de pouvoir rien construire, les diverses phases de la rétrogradation restèrent dépourvues de formule, comme de chant et d'emblème. Au milieu de la génération parlementaire, un grave danger fit spontanément surgir la devise empirique qui servit à la bourgeoisie pour protester contre une anarchie toujours imminente.
Mais cette formule, où les conditions et les lacunes se trouvaient instinctivement indiquées, ne fut jamais consacrée officiellement, et la classe qui l'avait librement adoptée ne sut pas la maintenir, tant l'état rétrograde paralyse toute initiative.
Quelque contradictoire que soit la devise révolutionnaire, elle reparut sans obstacles, comme seule apte jusqu'à présent à caractériser une crise qu'il faut terminer en la dirigeant vers sa destination, au lieu de protester contre son cours.
Toujours relative à l'avènement d'un système, une formule générale ne comporte une pleine efficacité qu'en offrant à la fois l'aperçu décisif et le résumé caractéristique de la synthèse correspondante.
La devise politique du positivisme remplit cette double condition, quand je la proclamai dans mon cours de 1847, cinq ans après l'entière publication du traité philoso-
pliique dont elle représenlo la destination sociale. Assez éprouvée maintenant, elle aura bientôt surmonté li'spréjuiiés anarchiiiues et rétrogrades, (juand la polili([uc ofTicielIe sera devenue digne d'un tel symbole.
Fatiguées d'un scepticisme de plus en plus repoussé par la situation occidentale, les âmes d'élite aspirent secrètement à se dégager d'un état qui les dégrade et les paralyse, pour se vouer, mieux qu'en aucun autre temps, à la régénération universelle.
Mais elles ne peuvent se purifier et s'élever que d'après la foi ([ui vient régler le présent au nom de l'avenir déduit du passé.
Le positivisme les aura bientôt ralliées assez pour qu'elles puissent obtenir un digne ascendant dans un milieu que l'absence de convictions complètes rend incapable de résister fortement aux impulsions systématiques.
Dès lors cessera l'anomalie, qui semble aujourd'hui réserver à quelques types les qualités pratiques, surtout l'énergie et la persévérance, les plus communs des attributs humains, puis(|u"ils se retrouvent chez tous les animaux vraiment actifs.
Leur apparente rareté fournit l'un des principaux caractères de l'anarchie moderne, où le défaut de foi suscite l'irrésolution.
Cette tendance à neutraliser le dévouement et le courage se développe surtout chez les meilleurs types, qui lie peuvent trouver un digne aliment que dans la vie liubli(jue, devenue, faute de religion, l'apanage privilégié des ambitions vulgaires.
Quand la foi positive pourra relever et liguer les âmes
nées pour commander, on reconnaîtra, mieux que jamais, combien les qualités de l'esprit, et surtout du cœur, surpassent celles du caractère, qui manquent rarement aux vocations suffisamment réglées.
Alors on verra spontanément dissipée la méprise exceptionnelle qui maintenant confond l'énergie avec la cruauté, faute d'en pouvoir observer le digne essor chez les types capables de l'appliquer aux grandes destinations d'après des convictions fixes et complètes.
Trois exemples décisifs ont successivement conslalé, depuis un siècle, la tendance croissante de la situation occidentale à faire politiquement prévaloir, chez le peuple central, toute doctrine appropriée, môme passagèrement, à la mission régénératrice dont il est investi.
Vingt ans après l'essor de V Encyclopédie, le dernier titulaire de la dictature monarchique confia le gouvernement de la France aux encyclopédistes, socialement caractérisés comme économistes.
Au début de la crise finale, les républicains étaient moins nombreux que ne le sont aujourd'hui les positivistes ; néanmoins, au bout de quatre ans, ils devinrent les maîtres, sans que leur nombre se trouvât beaucoup augmenté.
Loin de reposer sur l'insurrection qui le manifesta, ce résultat de la situation centrale aurait surgi plus tôt, si la secousse eût été prévenue d'après l'hypothèse indiquée à la fin de mon troisième volume.
Quand la paix occidentale fit ouvertement prévaloir le besoin de concilier l'ordre et le progrès, l'éclectisme, qui semblait y satisfaire, domina, sous diverses formes, pendant la majeure partie de la génération parlementaire, malgré la rareté proverbiale de ses types.
Ce concours d'exemples est d'autant plus décisif que
les dorlrinos iDrresponJantcs, quoiipie les seules qui |tussent alors surgir, ne pouvaient aucunement remplir les eomlitions fondamentales.
Ainsi se trouve eonfirmée la confiance que l'aplilude sociale du positivisme doit directement inspirer envers son avènement polili(|ue.
Le siècle où l'anarchie mentale et morale semble le plus interdire les grandes choses assure aux dignes promoteurs de la foi régénératrice d'incomparables satisfactions, d'après une destination sans exemple.
Si l'état révolutionnaire consiste, chez les praticiens, en ce que tout le monde prétend commander, tandis que personne ne veut obéir, il prend, chez les théoriciens, une autre forme non moins désastreuse et plus universelle, où chacun prétend enseigner et personne ne veut apprendre. Le désir d'atteindre à des convictions fixes par la seule puissance de l'esprit sans aucune participation du cœur constitue une pure chimère de l'orgueil métaphysique. Si vous faisiez une lecture journalière de V Imitation , vous reconnaîtriez cela, qui vous servirait mieux que les résultats, intellectuels ou moraux, d'une avide lecture des journaux, revues, ou pamphlets. On ne peut, sans la vénération, ni rien apprendre, ni même rien goûter, ni surtout obtenir aucun état fixe de l'esprit comme du cœur, non seulement en morale ou en sociologie, mais aussi dans la géométrie ou l'arithmétique.
On dirait que vous vous croyez assez discipliné quand vous avez admis une notion d'après une démonstration comprise. Mais vous n'avez pas là le moindre mérite de soumission, puisque vous ne pourriez vous en abstenir, d'après les lois intellectuelles qui vous dominent. La foi ne commence qu'envers les notions qui vous semblent
doulouses, ol ([uo vous admelloz de ct)nlianc(', cmi leur aciurdant autant d'inlhionce qu'à celles qui vous sont démontrées ; suivant rusag;e spontané de quieonque n'est pas actuellement en proie à la maladie révolutionnaire. Huant aux notions qui vous paraissent iiuidmissibles, vous ne pouvez les utiliser tant qu'elles cho([uent l'ensemhle de votre économie théorique ; mais vous leur devez un respectueux silence, fondé sur la juste supériorité de votre chef spirituel, qui, probablement, a su voir, autant (jue vous, et même longtemps avant vous, les objections dont vous êtes effrayé. Telles sont les conditions élémentaires de la discipline spirituelle, vulgaires au moyen âge. mais profondément altérées par le protestantisme, et sans lesquelles aucune harmonie n'est possibU'. jiuisque nul. même parmi les théoriciens, ne peut jamais s'approprier les démonstrations de toutes les notions qu'il doit employer.
Votre lettrede dimanche dernier, qui ne m'est parvenue qu'avant-hier. m'a beaucoup touché par la })rom[)le manifestation d'un digne accueil envers mes cordiales remontrances du vendredi précédent.
J'espère que hi réilexion viendra de plus en plus confirmer cette heureuse spontanéité, pourvous faire à temps sentir profondément l'importance de la vénération et le besoin de la culture morale, si négligée aujourd'hui, surtout dans h» milieu britannique. Le positivisme a j)leinement systématisé la tendance du moyen âge à rendre le cœur respon.sable des chutes comme des succès de l'esprit. Mais cette conviction n'a pas jusqu'ici pémétré suffisamment dans les habitudes de mes meilleurs disciples, qui
202 AUGCSTE COMTE CONSERVATEUR
souvent procèdent en accordant trop %, rintelligcnce. De frappants exemples leur montrent pourtant que les plus complètes démonstrations ne sauraient procurer une suffisante fixité, du moins envers les opinions philosophiques et sociales, si le cœur n'assiste pas l'esprit.
Un des positivistes avortés dont M. Littré s'entoure s'est trouvé conduit, par de mauvais sentiments, à rejeter la loi la mieux établie de la philosophie positive, celle du classement encyclopédique. Cette chute est d'autant plus décisive que ce jeune homme se livre à l'enseignement mathématique et parait avoir sérieusement étudié les autres sciences préliminaires.
La vénération vous permettra seule de vous approprier promptement et pleinement des notions qu'une vaine discussion rendrait obscures et douteuses. C'est réellement à un reste inaperçu des habitudes contractées au moyen âge que les Occidentaux doivent l'heureuse assimilation des doctrines scientifiques qui n'auraient jamais passé dans la circulation universelle, si l'insubordination actuelle avait toujours existé. Vous devez d'autant plus développer à cet égard une active et constante sollicitude que votre milieu tend à susciter un empirisme sceptique, qui ne préserve nullement de la crédulité ni de l'illusion, d'après son triple caractère habituel, le protestantisme officiel, le régime parlementaire et l'égoïsme national.
Cette triple influence, déjà prononcée dans le milieu vénitien, mais surtout développée en Angleterre, constitue aussi la source essentielle des difficultés que vous offre encore la saine appréciation de Louis XI, et du grand Frédéric, envers lesquels les documents vous manquent moins que le point de vue. La réhabilitation du premier à travers les préjugés et les rancunes de notre aristocratie date déjà de près d'un siècle, puisqu'elle commença par l'ouvrage de Duclos. Mais c'est surtout à l'impulsion historique résultée de la Révolution française que l'on doit
la roc lifica lion do ronipirlsmo anlériour, la diotalnro de lUmton ayant lail comprendro collo de Louis XI. Sans les prôjugi^s Itrilanniqncs, vous n'éprouvoiio/ aucun onibarras à bion api)rôcior. d'après dos sources quelconques, un type aussi pleinement caractérisé que celui do Frédéric, ollVanI la nieilleure réalisation du vu'U confus de llobbcs sur l'alliance de la dictature avec la liberté.
Puisque M. Carlyle a su dignement sentir CrouiwcU, j'espère qu'il saura se dégager assez des intluences locales pour comprendre la plus parfaite personnification de la politique moderne.
La lettre imprimée que je vous remercie do m'avoir envoyée m'a prouvé que votre opinion est maintenant devenue satisfaisante envers le funeste épisode qui vous inspire de sages réflexions. J'espère toutefois que les gouvernements occidentaux seront assez raisonnables, dans les négociations actuelles, pour faire au nouveau tzar des concessions qui, quoique justes au fond, auraient choqué leur puérile vanité, s'il eiit fallu les accorder à son prédécesseur. Si le sacerdoce positif était consulté là-dessus, il approuverait les Russes de n'autoriser aucune altération de leur territoire et disposerait les Occidentaux à maintenir le statu quo de l'Europe par une attitude pacifique, mais énergique, en instituant, contre toute oppression maritime, la garantie permanente résultée de la Marine occidentale, indiquée à la fin de mon discours préliminaire, d'après un concours i)lcinement volontaire de tous les Etats de l'Occident, organisant la police des mers sur toute la planète humaine.
Quand ce désastreux incident sera terminé, son ensemble pourra longtemps fournir une mesure frappante
de l'étendue des malheurs matériels qui résultent de l'anarchie spirituelle ; car lorigine d'un tel épisode et surtout la dégénération offensive de l'expédition défensive ne proviennent, d'aucun côté, d'un véritable enthousiasme guerrier, incompatible avec l'état présent des grandes populations, même orientales. Si la déviation russe fut d'abord due à des impulsions purement accessoires, qu'un (ligne tzar pouvait aisément surmonter, il est encore plus clair que l'aberration occidentale ne résulte d'aucune tendance vraiment belliqueuse, soit chez les peuples, soit parmi leurs chefs. Tout le trouble provient de l'absence de principes, qui laisse l'opinion du public et du gouvernement à la merci des sophismes plausibles que comporte, quoique déchu, le système non remplacé des anciennes habitudes, quand une occasion opportune vient seconder des brouillons ordinairement impuissants. Dans co déplorable conflit, tout l'Occident se trouve bouleversé par un très petit nombre de gazetiers anglais, auxquels il faudrait exclusivement laisser le soin de prendre Sébastopol. Votre publie les suit sans passion, faute d'aucune conviction contraire à leur vaine dislocation de l'agrégation russe, et votre gouvernement n'ose résister à cette opinion prétendue, tandis que le nôtre se trouve entraîné par le besoin de ne pas se séparer de l'Angleterre, quoique cette guerre ne soit aucunement populaire en France, et puisse même y susciter bientôt de dangereuses répugnances, que préviendra, j'espère, l'heureuse issue des négociations actuelles. Nulle autre situation mentale et morale n'avait pu, jusqu'ici, procurer autant d'efficacité matérielle à l'influence perturbatrice de quelques déclamateurs, dépourvus eux-mêmes de toute vraie conviction et de tout sérieux entraînement.
Je dois approuver vos deux observations connexes sur l'administration intérieure de l'Angleterre. Mais il faut compléter la première en y voyant la conséquence natu-
ii'llt' (lu i't''>;iiii(' parlt'nicnlaii'c, (jui. daiis le seul pays |)r(>|tri' à son plein dévcloppenienl, a dû partout conduire au syslènie de déliance et d'irresponsabilité, (jui j)Iace toute action sous un comité. Quoi(|ue rensenilde du passé tVaiu'ais nous ait radicalement pri'servés d'une telle tendance, elle aurait peut-être prévalu en l'iance, du moins olTiciellemenl, pendant ([uehjues années, si la crise dictatoriale de 1851 n'avait heureusement prévenu le désordre -vstématique auquel nos docteurs révolutiimnaires aspiraient pour 1852, et par lequel ils avaient déjà bouleversé l'Ecole polytechnique, dont la décomposition n'est toutefois nullement reji,ret table.
(Juant à votre seconde observation, l'absence de véritables hommes d'Etat est seulement plus complète en Angleterre, où le protestantisme et le nationalisme ont davantage rétréci les vues et les sentiments. Mais la même lacune se trouve plus ou moins commune à tout l'Occident, comme l'anarchie mentale et morale, partout favorable aux médiocrités et contraire aux supériorités quelconques.
Dans le mémorable vote que vous m'annoncez, je vois un indice de la prochaine irruption de vos prolétaires, dont les contacts français, désormais secondés officiellement, faciliteront l'essor politique. Mais je regrette que ces dispositions restent purement négatives en se bornant à critiquer l'insuffisance des entrepreneurs, sans marquer la tendance des travailleurs à prendre exceptionnellement les rênes de la transition finale, au nom d'une doctrine capable de garantir l'ordre autant que le progrès. Néanmoins, si l'aristocratie britanni(|ue reste finalement indigne <le l'espoir que je persiste à concevoir sur sa transformation, l'état-major inaperçu qui se forme si)ontanémeiit parmi vos ouvriers, d'après la mémorable préface de Miss Martineau, pourra, je présume, faire à temps surgir un Cromwell décisif, sons l'impulsion, latente ou patente, de
la religion positive, de manière à préserver votre régénération des orages propres à l'initiative française.
Je puis indiquer la nature et la destination de cet opuscule en appréciant l'histoire générale du mot Conservateur, qu'il incorpore à la politique la plus avancée.
Propre au parti provisoire qui doit prévaloir jusqu'à ce que la transition finale soit pleinement installée, ce nom a suivi, pendant le demi-siècle de sa destinée politique, une marche naturellement conforme au développement de la situation correspondante.
L'irrévocable avènement de la paix occidentale termina la longue rétrogradation qui dut succéder à l'issue anarchique de l'explosion française.
Il fit partout sentir, et surtout chez le peuple central, le besoin d'une conciliation fonikimeiitale entre l'ordre et le progrès.
Ainsi surgit le titre de Conservateur, oi\ Ton doit voir un programme permanent, dont la réalisation exigeait l'entière élaboration de la doctrine destinée à terminer la révolution occidentale.
Il fut spontanément introduit par le parti rétrograde, irrévocablement réduit à l'état d'opposant d'après l'énergique sagesse de la dictature française, daus une transformation décisive, instituée le 5 septembre 1810 et complétée le 5 février 1817.
Alors ce parti manifesta son aptitude à se modifier en acceptant les deux conditions connexes que lui prescrivait la situation correspondante.
En effet, il sVlforça de ressaisir le gouvernement
d'aprrs un iioMc emploi du joiiruiilismc cl du régimo jtiiilcnirnlairc.
1.0 lilrc de Çoiisorratciir surii'it pour dôsignor la rovuo ludidouiadaiic. où. sous rcminenlo direction de lionald el Clialeaubi'iaud, avec l'éloquente assisliiuce de La Mennais, les dignes rétrogrades exposèrent, pendant cinq ans, leurs vues politiques.
Cette qualilicaliou représente la supériorité, mentale et morale, de ce parti sur ses adversaires, quand on , la Compare aux noms insignifiants qu'adoptaient ceux-ci, suivant l'usage hiitannique, l'aule d'un caractère organique.
Dans la mémoraljle origine d'une expression bientôt
destinée à prévaloir provisoirement, il faut surtout appré-
I cier son aptitude à caractériser l'assistance que l'ensemble
des tendances rétrogrades peut offrir à la politique de
transition.
Ceux dont les pères avaient fourni les principaux auxiliaires do l'ébranlenuMit propre au xvui" siècle ne pouvaient invoquer la rétrogradation que comme préservatif contre l'anarchie, tant qu'une doctrine vraiment organique n'aurait pas concilié l'ordre et le progrès.
Lue semblable <lisposition prévalait dans la noble dynastie à laquelle ils étaient liés, et surtout chez le meilleur des cinq dictateurs qui jusqu'ici succédèrent à Danton.
l'^n prenant les rônes, il sut dignement rappeler la \ série d'antécédents progressistes qui caractérisa les rois français.
Tandis (|ue la royauté déchue avait surtout invijqué riniiMi-ant monarque qui commença la rcirogradalion, le sage dictateur institua, dès son début, une lilialion directe envers le plus populaire de ses ancêtres.
^08 AUGUSTE COMTE CGNSERVATEUR
On peut ainsi reconnaître que le titre de Conserratcur n'eut, à son origine, d'autre destination que de marquer l'aptitude des tendances rétrogrades à conserver jusqu'à ce qu'on pût construire, suivant la mission alors attribuée unanimement au xix" siècle.
Au lieu d'être atterrée par le triomphe politique qu'obtinrent les chefs de ce parti d'après cinq ans de dignes luttes, cette disposition se trouva confirmée dans l'irrévo- <;able transformation qu'ils éprouvèrent bientôt.
Sentant l'incompatibilité du principe rétrograde avec la situation républicaine que leur avènement les forçait d'apprécier, ils surent en réduire l'usage, malgré des réchi mations continues, à comprimer les tendances insurrectionnelles, tandis qu'ils secondaient l'essor des conceptions organiques.
D'après leurs dissidences croissantes avec leur ancien camp, le titre de Conservateur fut bientôt dégagé de son origine et servit à désigner le parti, de plus en plus distinct, qui s'efforçait de concilier l'ordre et le progrès.
Voilà comment prévalut, pendant sept ans (de 1821 à 1828), le plus honnête, le plus noble et le plus libéral de tous les régimes sous lesquels j'ai vécu jusqu'ici.
Par sa nature, il faisait directement surgir la question la plus fondamentale avec la liberté qu'exigeait l'élaboration.
En effet, il poussait à la réorganisation spirituelle pour surmonter la réaction théologique, et disposait à la prépondérance de la continuité sur la solidarité.
C'étaient alors les révolutionnaires qui s'opposaient à la reconstruction du pouvoir théorique, comme l'indique le contraste décisif que j'ai dû noter au début de l'Appendice général de ma Politique positive.
Mais, même dans ce camp, l'impossibilité de dévelop-
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[HT li's ilispositioiis facliousos onlraînait tons les ('S[)rits vers les jçraves nuHlitations.
Les solliciluiles j)opulaires, ainsi (Jc-loiirnées de i"aî;ilalion politique, se trouvèrent spontanément concentrées sur les questions directement relatives à l'avenir social.
Dès le début de cette dictature, elle avait indirectement secondé réiaboration organique eu supprimant les chaires oflicielles, où trois célèbres lettrés viciaient l'enlhousiasmc théorique de la jeunesse française.
Tous les efforts synthétiques curent bientôt obtenu l'attention des gouvernés et le respect des gouvernants, dans une situation éminemment propre à faire partout sentir l'épuisement du théologisme et l'urgence d'une nouvelle systématisation.
Ainsi furent paisiblement accomplies mes méditations les plus fondamentales, caractérisées par les opuscul.^s reproduits à la fin de mon principal ouvrage.
Dès ce début, ma mission trouva des sympathies décisives chez les meilleurs esprits, sans excepter ceux qui, plus tard, secondèrent le concert spontané des lettrés occidentaux contre la philosophie et la religion positives.
Outre l'attention gt'uérale du public théorique, je fus sp''cialement encouragé, dans tous les partis, par les praticiens les plus purs et les plus éminenls.
La préface générale de ma Polilif/uf positive indi(iue l'auguste approbation que mon opuscule fondamental reçut, à sa naissance, du grand citoyen qui constituait alors la meilleure représentation de la dictature républicain <;.
Je dois ici compléter ce souvenir en signalant le noble accueil (jue ce travail obtint, en même temps, du plus distingué des hommes d'Etat dont le xix' siècle puisse jusqu'à présent s'honorer en Occident.
210 AUGUSTE COMTE CONSEKVATEUU
Malgré ses préoccupations pratiques, le digne président de la dictature légitimiste pressentit la portée politique de la synthèse, qui, subordonnant la science sociale à l'ensemble des précédentes, devait irrésistiblement discipliner l'esprit théorique, principale source des perturbations modernes.
Il doit m'être ici permis de témoigner ma tardive reconnaissance au seul homme d'Etat qui, dans ce siècle, ait su noblement renoncer à l'ascendant politique ; quand nous l'avons récemment perdu, son nom n'était, depuis longtemps, conservé que chez les âmes aptes à représenter la postérité.
Nul ne blâmera, j'espère. Ihommage que l'indépendance propre au vrai philosophe devait actuellement m'inspirer envers le régime qui seconda l'élaboration et l'avènement de mes conceptions les plus décisives.
Ma gratitude est d'autant plus libre que. quoique la légitimité m'ait toujours paru fournir le meilleur mode pour instituer la transition organique, je la regarde, depuis longtemps, comme ayant irrévocablement perdu, chez le peuple central, toute éventualité politique.
Elle n'y pourrait passagèrement revivre que si l'anarchie parlementaire s'y rétablissait momentanément, de manière à pousser tous les amis de l'ordre vers le régime le moins conforme aux inclinations françaises.
Or, la situation dictatoriale a déjà duré sufhsamment pour éviter, dans un cas quelconque, la seule aberration qui pût faire désormais recourir au moyen de salut le plus extrême.
Quoi qu'il en soit, les indications précédentes font assez sentir que, même alors, le positivisme continuerait à développer la régénération occidentale, en utilisant les propriétés du régime qui protégea le premier essor de la synthèse universelle.
Mal^rt' son ;iit[)ar('ncc ivlrogradc, l;i (lichiliiic lé^iliinisli' n'aurait pas siiccomlx'' si l'élaboration de la doctrino léiit'iK'ratiii'O avait pu sachevor avant (juc les sulliciludcs relatives au progrès eussent assez ranimé les impulsions révolutionnaires.
La détermination générale de l'avenir humain, d'après l'explication positive de l'ensemble du passé, devait calmer les principales inquiétudes en fournissant, aux gouvernants comme aux gouvernés, une base lixe d'espérances et même de conduite.
Car, si cette conception avait été suflisanimenl précise, elle aurait bientôt indiqué la nature et la marche de la transition finale, de manière à prévenir ou réparer les déviations vraiment graves.
Dès son début, la nouvelle synthèse s'efforça de détourner les gouvernés de l'agitation politique et de rectilier l'attitude rétrograde des gouvernants, en représentant ces deux dispositions comme également contraires à la destination du xix" siècle.
Ses etïorts auraient pu suffire, en un temps où Tintervention populaire était peu développée, si la construction de la philosophie de l'histoire avait été complète quand la dictature légitimiste tenta d'abolir le régime parlementaire.
Alors la situation occidentale, évitant be^aucoup Je désastres, eût atteint, vingt ans plus tôt, le mode propre à l'installation décisive de la transition organique, que la légitimité régénérée pouvait mieux: instituer qu'aucun autre pouvoir, en faisant directement ressortir la réor"anisation spirituelle.
Jai toujours regretté (ju'une telle marche fût incoin])atible avec la fatalité, qui ne |)ermetlait point au positivisme un développement assez rapide pour dissiper à temps l'égarement des gouvernés et l'aveuglement des L'ouvernants,
La déviation anarcliique de l'explosion française, et la longue rétrogradation qui la suivit, avaient été dues à l'absence d'une doctrine régénératrice, d'après l'inégalité de vitesse entre les deux mouvements simultanés de décomposition et de recomposition propres à la révolution occidentale.
Il est vrai que la paix et la liberté firent bientôt surgir les germes décisifs du positivisme, dont le préambule scientifique était assez accompli.
Mais son développement intellectuel et social exigeait trop de temps pour permettre de préserver la dictature légitimiste en la régénérant.
Elle succomba quand les diverses factions liguées contre elle eurent assez exploité les inquiétudes suscitées par son attitude rétrograde.
Faute d'une doctrine capable de déterminer l'avenir et de régler le présent, les âmes populaires, alarmées sur le progrès, accueillirent les rêveurs et les jongleurs, qui leur promettaient des réformes à la fois immédiates et radicales.
Voilà comment surgit, en France, une phase honteuse et funeste, caractérisée par le développement connexe du journalisme et du régime parlementaire.
La dictature dégénérée n'abdiqua la suprématie spirituelle qu'en s'efforçant de prévaloir d'après des iutluences purement matérielles, sans comprendre qu'une telle conduite devait développer la plus vicieuse des dispositions révolutionnaires, en soulevant le nombre contre la richesse.
Plus incapable que le régime légitimiste de concilier l'ordre et le progrès, la domination bourgeoise fut bientôt poussée à faire directement ressortir le besoin de cette conciliation.
Une dénomination éphémère suscita la réhabilitation
(.lu lilro »K' (ioiisci'valeur par ceux-là uièuir cjui le roprochaienl jadis à leurs adversaires comme un symbole de rc^lrojj^radation.
Telle lui la seconde phas<» de la «lualilicalion qui, d'abord émanée du milieu rélroj^rade, convint dès lors à des chefs issus du camp révolutionnaire; de manière à faire mieux ressortir son aplitudi^ finale à désigner le parti pi'opre à surinontei' les deux autres.
Depuis ([ne les tendances subversives étaient ranimées, la dictature fran(,niise ne pouvait se régénérer que (juand la secousse républicaine aurait assez développé le régime parlementaire et le journalisme pour faire prévaloir les besoins d'ordre sur les instincts de progrès.
Ainsi commença la phase finale du titre de Conservateur, (jui, désormais adopté par des républicains dégagés de l'attitude révolutionnaire, peut partout indiquer la disj)osition à conserver en améliorant.
Mais ce programme resterait illusoire sans une doctrine capable de protéger le fond en changeant la forme, au lieu de compromettre l'un pour garder l'autre.
Cette synthèse avait pleinement surgi, quand une intervention décisive, non moins opportune qu'énergique, fit irrévocablement prévaloir la situation dictatoriale sur le régime parlementaire.
Pendant les quatre années écoulées depuis cette transformation, le positivisme a définitivement construit la religion de l'Humanité, seule capable de consacrer et de régler l'ordre et le progrès, simultanément compromis par le théologisme épuisé.
Les positivistes, ainsi purifiés de leur origine révolutionnaire, peuvent se combiner avec les conservateurs, assez dégagés de leur avènement rétrograde pour instituer la politique destinée à terminer la grande crise.
Tel est le but de cet opuscule, qui représente la transition finale comme devant caractériser la troisième génération du siècle exceptionnel, dont les deux premières furent. Tune d'abord révolutionnaire, puis rétrograde, l'autre à la fois rétrograde et révolutionnaire.
Les deux conditions, religieuse et politique, de cette inauguration, se trouvent séparément remplies; il ne reste qu'à les combiner, d'après une suffisante harmonie entre la synthèse universelle et la volonté prépondérante.
Vu l'aptitude du positivisme à diriger la réorganisation intellectuelle et morale, la dictature régénérée saura bientôt abandonner les prétentions à la suprématie spirituelle, qui firent seules avorter l'effort des légitimistes contre le régime parlementaire et le journalisme.
En se combinant avec les conservateurs, les positivistes achèveront de rectifier les habitudes qu'ils tiennent d'une origine vicieuse, quoique nécessaire, désormais devenue contraire à leur vraie destination.
D'un autre coté, l'alliance des positivistes affranchira les conservateurs de leurs inclinations primitives et compensera l'insuffisance d'une qualification destinée à disparaître quand la reconstruction aura surmonté la démolition et la rétrogradation.
11 ne faut point s'étonner, ni surtout s'inquiéter, de la lenteur qu'offre encore l'essor d'une telle garantie, qui, d'abord spontanée, ne pouvait devenir systématique avant l'entière terminaison de ma construction religieuse.
L'aptitude du positivisme à dominer l'avenir, même prochain, lui suscite, dans le présent, de puissantes entraves.
1 Sô.") -2 1 5
Car, (Icpiiis sa naissance, il liille diicclcini'nl contre lanai'chie nicnlalc cl moi'alc. snr laquelle, au contraire, ^"appuyaient les aberrations cphémères ilont le facile -uccès lit la honte du xix' siècle.
A la vérité, le positivisme appelle ouvertement ses ilignes adeptes, thcoriques ou pratiques, à la domination, ^spirituelle ou temporelle, qu'exige le développement de la régénération luimaine.
Mais leur ascendant nécessaire ne peul reposer que sur une vraie supériorité de cœur, d'esprit et de caractère, supposant une préparation diflicile, et pres- [ crivantune conduite, personnelle, domestique et civique, toujours conforme au type normal qu'ils proclament. Un tel empire ne peut inspirer beaucoup d'attrait à ceux qui le posséderont, tandis qu'il doit profondément ( hoquer les hommes destinés à le subir. Quoique la réoiganisation intellectuelle et morale soit généralement désirée, son essor décisif soulève d'activés antipathies [ parmi ceux qui se >eniiraient ainsi forcés de régler leur conduite et d abaisser leurs prétentions.
Telle est la principale source des entraves secrètes qu'éprouve, surtout en Angleterre, le développement romplet du positivisme, chez la plupart des esprits qui labord accueillirent dignement sa base philosophique.
Si, renonçant à la mission que mes opuscules fondamentaux avaient caractérisée, j'eusse dirigé mes travaux vers une destination purement intellectuelle, ces premières -ympathies auraient bientôt acquis une grande extension, aussi favorable à ma sécurité qu'à ma célébrité.
Car, sans imposer aux libres penseurs une reconstruction diflicile et gênante, je h^ur aurais ainsi permis de prolonger le xvnf siècle au milieu du xix% en les dégaut'ant du joug que la logique rétrograde faisait peser sur • ux d(q)uis qu(.'leur impuissance organique était constatée.
Mais je ne pouvais oublier que l'ensemble du passé, surtout français, m'assignait une mission sociale, à laquelle ma philosophie devait seulement fournir une base systématique.
Quand mon principal office, après avoir été suffisamment préparé, fut directement poursuivi, ces affinités se trouvèrent bientôt transformées en antipatbies, chez ceux qui voudraient borner ma carrière à la phase que j'avais toujours représentée comme purement préliminaire.
Je dois pourtant reconnaître qu'une disposition analogue peut quelquefois indiquer seulement l'insuffisance d'évolution, surtout quand le milieu fait peu sentir l'urgence sociale.
Néanmoins, la plupart des prétendus positivistes qui se qualifient d'intellectuels n'aspirent qu'à perpétuer la situation révolutionnaire; aussi sabstiennent-ils de coopérer à mon subside, quoiqu'un tel devoir se trouve assez molivé par les services qu'ils me reconnaissent.
Quelle que soit l'influence de ces divers obstacles, la lenteur des progrès du positivisme résulte surtout de la fatalité qui le força de naître dans le milieu le moins favorable à son développement.
Dès mon début, je dus attaquer le principe révolutionnaire plus systématiquement que n'avait pu le faire aucun rétrograde. Néanmoins, je ne pouvais d'abord obtenir de succès que dans le camp correspondant, seul assez accessible aux innovations philosophiques et sociales.
Par l'aveugle inertie des conservateurs empiriques, la doctrine qui concilie radicalement l'ordre et le progrès se trouve encore repoussée du milieu le plus propre à l'appliquer.
Les conversions décisives que le positivisme a maintenant obtenues chez les meilleurs révolutionnaires concourent même à le rentre suspect dans l'autre cauip, qui