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LES TRAITS RATIONNELS DE LA SOCIOLOGIE POSITIVISTE

Vers la fin de sa vie. Comte exposait volontiers que sa crise mentale de 1826 lui avait fait revivre en quelque sorte (par une très évidente prédestination à son œuvre historique) les successives attitudes mentales de l’humanité, telles que les décrit sa loi « des trois états ». Oui, pendant les trois mois qu’il dut subir un traitement jugé par lui empirique et meurtrier, des médecins mal inspirés aggravant son état mental chaque jour le firent graduellement descendre depuis l’état d’esprit positif, qu’il avait atteint auparavant, jusqu’au' fétichisme le plus ancestral, en l’arrêtant tout d’abord au monothéisme, puis, plus longuement, au polythéisme.

Ensuite, durant les cinq mois suivants, à mesure que, malgré les remèdes, sa spontanéité vitale ramenait insensiblement en lui l’équilibre mental, il remonta du fétichisme au polythéisme, de celui-ci au monothéisme, enfin retrouva ses convictions positives préalables. Ce terrible épisode lui permit, dans la suite, de s’identifier par la pensée avec l’une quelconque des phases du passé humain; il lui suffisait d’interroger sa propre expérience, conservée dans sa mémoire. D’ailleurs, ajoute-t-il avec perspicacité, les oscillations psychiques moins amples que nous nommons rêves ou passions procurent à l’observateur des lumières de même nature.

Plus tard encore, il traça au profit d’un futur aède positiviste le plan d’une épopée en langue italienne (la

future langue mondiale à son avis) dont le héros sera l’Humanité personnifiée et dont le poète aura pour tâche de chanter l’issue de la révolution occidentale, enfin close par le règne incontesté du Positivisme. Il se servit de nouveau, à cette occasion, des souvenirs de la crise pénible durant laquelle, après avoir rapidement descendu l’échelle sociologique, il en remonta plus lentement les degrés. Il juge bon, en effet, par égotisme pathologique, de faire passer, poétiquement, l’Humanité par les mêmes épreuves qu’il a subies, avant de lui accorder le bonheur. Le premier chant dira donc d’une façon générale, les affres qui procèdent d’une si anormale rétrogradation; les trois suivants conteront par le menu, la descente mentale et morale du héros symbolique depuis le Relatif, enfin conquis par lui, jusque dans l’Absolu dont il se croyait délivré pour toujours. Huit autres chants célébreront la remontée vers l’Unité positive; un treizième, enfin, idéalisera l’existence normale, à la fois affective, contemplative et pratique qui sera le partage de notre espèce devenue entièrement positive ! — Par malheur, du vivant de Comte, le positivisme n’a produit, en fait de poésie, que l’ode où son respectueux disciple Jundzill esquissa son apothéose; mais, étranger d’origine et mathématicien de profession, ce digne jeune homme a écrit des vers incontestablement exécrables. Et, depuis lors, le grand poème annoncé n’est point venu.

Que Comte ait vécu, ou non, sa philosophie de l’histoire derrière les murs d’un asile d’aliénés, elle peut passer, sur quelques points, pour une rationnalisation utile du Naturisme moderne et de la mystique révolutionnaire. Ce sont ces traits rationnels de la première période du Comtisme mystique que je voudrais mettre en évidence.

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