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ET SES PREMIÈRES AFFIRMATIONS THÉORIQUES

Né en 17,98, à Montpellier, d’une famille honorable, mais de médiocre fortune, le jeune Auguste Comte fut confié dès neuf ans, comme élève interne, à l’Université impériale. Il fit des études brillantes, surtout en matière de sciences, bien que ce véritable « enfant du siècle » romantique ait toujours eu la discipline • scolaire en horreur. Reçu dans les quatre premiers à l’Ecole polytechnique dès que son âge lui permit d’en subir les examens, il fut classé le neuvième lors de son passage de la première année d’études à la seconde dans ce grand établissement d’instruction publique; mais, affirme le docteur Robinet, son disciple et son premier biographe, ce classement fut influencé par les irrégularités de sa conduite et par son inaptitude aux travaux graphiques; ses mérites purement scientifiques l’auraient placé le premier. Nous ne pouvons contrôler cette interprétation des faits par son numéro de sortie parce qu’il n’y en eut point pour lui. Il se fit, en effet, renvoyer de l’Ecole à la suite d’une réclamation, particulièrement audacieuse vis-à-vis de ses chefs.

Joseph Bertrand qui fut secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences et membre de l’Académie française, a écrit de Comte dans la Revue des Deux Mondes en décembre 1896 : « Pendant toute sa vie, il devait conserver, avec le style d’un écolier, le savoir scientifique d’un bon élève. » Il faut s’incliner

devant la compétence de Bertrand sur ce dernier point, encore que la philosophie comtienne des sciences, qui a des traits ingénieux, ait dû nécessairement s’appuyer sur une assez vaste culture en ce genre. Mais je ferai de plus expresses réserves en ce qui regarde son style. Il est certain que, du premier jet, il écrivait fort mal et qu’il a fait tort à ses leçons philosophiques en imprimant, pour gagner du temps, la première rédaction de son Cours. Il a donc exposé sa sociologie à peu près comme un professeur de mathématiques spéciales démontre des théorèmes devant un tableau noir (et l’on sait que tel fut, très longtemps, son gagne-pain). Son second ouvrage, Le Système de Politique positive est encore plus cacographique. Mais ses Opuscules de jeunesse, mieux soignés dans leur rédaction, quelques passages de ses autres livres et surtout certaines pages de sa correspondance avec Clotilde de Vaux montrent qu’il pouvait fort bien écrire, de même qu’il savait fort bien penser par intervalles.

Il est certain qu’il quitta l’Ecole polytechnique avec la plus haute opinion de lui-même. Ses lettres à son ami Valat, professeur de mathématiques comme lui, nous disent les vastes ambitions de ses débuts dans la vie. Il comptait que les ouvrages de philosophie mathématiques dès lors projetés par lui le conduiraient très jeune à l’Académie des Sciences, ou même au secrétariat perpétuel de cette Académie, qui lui semblait une place enviable. M“° Comte, sa femme, prit au sérieux ces espoirs, — ce qu’il lui a reproché fort amèrement dans la suite, après qu’il les eut lui-même abandonnés, par contrainte.

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