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CONCLUSION

Les dernières pages du Cours de Philosophie positive annonçaient un certain nombre d’ouvrages dont l’élaboration demeurait réservée à la maturité de l’auteur, puisque celui-ci avait atteint quarante-quatre ans seulement quand il mit le point final à ce premier monument de son effort intellectuel. De ces différents ouvrages, un seul, le Système de Politique positive a été rédigé dans son entier. En dépit des explications peu claires que l’auteur a fournies pour en justifier l’opportunité et l’utilité, il a été généralement regardé comme une répétition, sur beaucoup de points plus confuse et plus arbitraire, des indications déjà fournies par les trois derniers volumes du Cours.

L’auteur entreprit ensuite de revenir sur sa précédente philosophie des mathématiques comme il venait de répéter, en d’autres termes, sa précédente philosophie de l’organisme social; mais le titre qu’il crut devoir donner à ce nouveau travail est à la fois peu intelligible et d’une portée beaucoup plus ample que celle du sujet traité. C’est La Synthèse subjective ou Système universel des Conceptions propres à l'état normal de l'Humanité. On sent la manie grandissante dans ces ambitions théoriques sans cesse croissantes également. Un seul volume a pu être achevé avant la mort de Comte. Il est consacré à une nouvelle exposition, dictée cette fois par le

cœur ( !), de la philosophie mathématique que l’intelligence avait proposée vingt-cinq ans auparavant dans le premier volume du Cours.

Cet ouvrage trahit le rapide progrès de la bizarrerie pathologique dans le cerveau fatigué du penseur; et, tout d’abord, par l’artifice de composition qui consiste, on ne sait pourquoi, à le supposer écrit en l’année 1927, la septante troisième de l’état normal de l’humanité ou ère définitive — inaugurée, je l’ai dit, en 1855, par l’achèvement des assises essentielles de la construction positiviste; — puis encore par le retour délibéré à la méthode « subjective » jadis sévèrement condamnée par l’auteur du Cours et que Littré présenta, dans la suite comme la négation même du principe positif en philosophie. Mais les disciples fidèles l’acceptèrent, sur la parole du maître, comme étant de nouveau licite après que de solides fondements eurent été donnés, au préalable, à la doctrine par le moyen de la méthode objective. « M. Comte, protestera néanmoins Littré « dans ses Remarques sur la Méthode subjective dans « la Philosophie positive (1872), M. Comte a établi ce « ferme principe que la déduction ou méthode synthé- « tique est d’autant plus limitée dans son exercice que « la science à laquelle on l’applique est plus coinpli- « quée. Or la sociologie est la plus compliquée de « toutes. Et pourtant, M. Comte a fondé un culte, « établi un pape et un pouvoir spirituel avec un « système singulièrement semblable au système catho- « lique ! En face, il a placé un pouvoir temporel, con- « centré la fortune sociale entre les mains d’un petit « nombre de chefs et chargé ses possesseurs de pour- « voir aux nécessités des travailleurs. Certes, il n’v a « jamais eu de plus longue déduction, de synthèse plus « étendue; et cela, dans la sociologie qui ne comporte

« (selon lui) que de courtes et restreintes déductions « ou synthèses. Il est impossible de savoir si tout cela « est faux, mais non moins impossible de connaître si « ces choses sont vraies. C’est là le caractère de toute « vue métaphysique ou subjective dans le sens ancien « de ce mot ! » Ce qui me paraît d’ailleurs identifier à tort ces trois termes distincts, synthèse, déduction, métaphysique.

Comte avait répondu (ou cru répondre), d’avance à de telles critiques dans une lettre à Papot datée du 8 mai 1851. Il y expliquait que la méthode subjective, procédant de l’homme au monde, est la seule vraiment synthétique. Elle doit présider à la construction sociale, la méthode objective se restreignant à préparer les matériaux d’une telle synthèse. C’est à la première de ces deux méthodes qu’il entend réserver désormais la suprématie normale, le règne provisoire de la méthode objective n’ayant servi qu’à régénérer la méthode subjective en la rendant à la fois positive et relative. — Cette avalanche de mots techniques n’éclaircit pas grandement les choses ! — Désormais, par la voie subjective rectifiée de la sorte, les prolétaires et les femmes peuvent obtenir des clartés qui, sur la voie objective, ne seraient accessibles qu’après une longue et difficile préparation scientifique. Ceci revient à substituer l’acte de foi à la démonstration logique. En effçt, la réaction du cœur sur l’esprit constitue la principale ressource propre à cette nouvelle méthode subjective, lui permettant de s’élever directement aux plus éminentes doctrines. Elle seule nous sauve de l’anarchie où nous pousse l’activité de l’esprit. Aussi bien les progrès inattendus que Comte en personne a pu faire réaliser au Positivisme depuis que son cœur fut régénéré par une sainte passion privée, suffiraient-

ils, selon lui, à démontrer cette heureuse aptitude. — Et j’ai déjà dit ce qu’il en est en montrant le second Positivisme comme tout autre chose qu’un progrès sur le premier.

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