POSITIVE
Peu après la date que porte la lettre dont je viens de citer un passage, se produisit, dans l’existence de Comte, la fâcheuse péripétie de son absurde mariage. Il avait eu quelque temps pour maîtresse, au cours des années précédentes, une femme mariée, d’origine italienne qui lui avait donné, croyait-il, un enfant; enfant que le mari considérait cependant comme le sien. Puis, cette liaison s’était dénouée. Il allait en contracter une autre qui pesa lourdement sur sa vie.
En ce qui touche à son mariage, notre source principale d’informations est une Addition secrète qu’il fit à son testament sur le tard, et qui ne devait être rendue publique que dans certaines circonstances particulières. Ces circonstances s’étant produites, à l’avis de ses exécuteurs testamentaires, V Addition secrète a été imprimée avec le testament lui-même. Elle est datée du 7 aristote 68, selon le calendrier positiviste provisoire, c’est-à-dire du 3 mars 1856, peu de mois avant la fin du testateur. Les faits y sont vrais, sans nul doute, mais leur interprétation par l’intéressé reste au plus haut point sujette à contestation. Comte a si radicalement varié dans son appréciation morale de sa femme, la manie qui s’empara totalement de son cerveau pendant les dernières années de sa vie lui laissait si peu de clairvoyance psychologique ou même de sang-froid visà-vis de quiconque se refusait à plier les genoux devant
son despotisme pontifical, que ces lignes outrageantes doivent être interprétées avec quelque prudence. Empruntons-leur toutefois les données que, seules, elles sont capables de nous fournir.