RELATIONS AVEC M, DE BLAINVILLE
M. Comte, et il y inséra la phrase suivante : « Si Descartes a rencontré juste dans sa conception {Traité des Passions)^ s'il a même émis une foule d'aperçus lumineux, il faut bien dire que Yà priori l'a trop souvent dominé, et l'a conduit à créer, pour ainsi dire, les éléments de la science, au lieu de les recueillir par l'observation. C'est ainsi que sa mécanique animale et même humaine a ouvert la voie au matérialisme de Broussais et au mathématîsme^ d'Auguste Comte ; conséquences bien éloignées de l'esprit de Descartes {Hisu des sciences de Vorganisation^ par M. H. de Blainville, rédigée d'après ses notes et ses leçons par M. Maupied, tome II, p. 289). »
Cela s'était fait sans le su de M. de Blainville ; il en témoigna beaucoup de mécontentement et offrit les réparations qui étaient en son pouvoir. Du reste, tout est suffisamment raconté dans la lettre suivante adressée par M. Comte à Mme Comte : < Je vous remercie de votre empressement à me faire part de l'intéressante visite de M. de Blainville, et je n*ai pas besoin d'ajouter que cette démarche spontanée me touche infiniment chez lui. En lisant, dans tsa récente publication, la remarque qui me concerne, je n'ai pas eu un seul instant la pensée de la lui attribuer, soit, parce que je sais combien elle est radicalement contraire à son appréciation de ma philosophie, soit d'après son évidente opposition avec ce que lui-même avait indiqué à mon sujet dans l'introduction, signée de lui, qui commence ce fâcheux ouvrage. Je sais bien distinguer, dans les diverses parties de cette composition disparate, ce qui émane vraiment de lui; et, dans notre dernière conversation, je lui en ai montré divers exemples irréfutables. Seulement, j'ai regretté profondément, k de nombreux égards encore plus graves et avec tous ses amis, qu'il eût accordé une confiance
1. Voy. pour ce mot de mathinuUiime, ou de maiérialiime mathématique, p. 218.
aussi irréfléchie à son collaborateur. C'est sans la moindre amertume que je lui ai exposé (samedi dernier) mes réclamations personnelles, et surtout la fâcheuse impression que l'ensemble de cette rédaction m'a produite; l'ayant aussitôt convaincu, je m'en suis entièrement rapporté à lui du mode de réparation et de correction. Ce n*est pas d'aujourd'hui que je connais la loyauté et la fermeté de son noble caractère, ainsi que son sincère attachement pour moi; une niaiserie comme celle qui me concerne personnellement, ne me refroidira jamais envers lui. La chose est d*ailleurs tellement absurde et injuste, comme Littré pourra vous l'attester, qu'elle ne peut faire aucun tort qu'à ceux qui la disent ; on ne pourrait ainsi détourner de me lire que quelques cuistres sacerdotaux par lesquels je ne tiens nullement à être lu. Je voudrais que cette collaboration ne pût donner lieu à de plus graves reproches; mais^malheu* reusement, il est loin d'en être ainsi, et déjà les nombreux ennemis scientifiques de M. de Blainville se disposent à exploiter le large champ de ridicule que leur offrent si aisément tant de plates capucinades et de pauvretés philosophiques de ce rédacteur ; il y aurait bien assez, sans cela, des vices fondamentaux attachés à la déplorable direction où mon vieil ami a laissé entraîner son éminente intelligence, sous l'impulsion involontaire de ses affections politiques.
« Je comptais aller demain samedi remercier spécialement Blainville, avant nojre réunion mensuelle, de la visite décisive que m'a faite mercredi, évidemment sous son impulsion, M. l'abbé Maupied, pour m'offrir personnellement la réparation du carton, que j'ai laissée à sa disposition. Vous concevez donc que j'irai, à plus forte raison, remercier en même temps Blainville de sa cordiale visite envers vous« J'ai reçu l'abbé comme il le méritait, non^seutomeot en mon nom, mais aussi au nom de tous ceux qQ*il a tenté