RELATIONS AVEC M. DE BIJ^INVILLE
de flétrir, et je crois que, toute sa vie, il se souviendra de cette semonce philosophique, où j'espère avoir convenablement exercé le noble privilège, maintenant passé dans notre camp, de pouvoir rendre une pleine justice à tousses divers adversaires. Tandis que le camp théologique ne peut plus se livrer qu'à d'universelles réprobations, je me suis principalement attaché à lui faire sentir combien il a abusé d*une confiance exagérée pour satisfaire ses rancunes sacerdotales à Fabri d'un grand nom scientifique. Il m'a Vu certainement moins touché de ce qui me concerne personnellement que de la grave altération à laquelle sa collaboration a ainsi exposé la gloire justement méritée de nK)n vieil ami. Enfln je lui ai franchement déclaré que je conseillerais à M. de Blainville de racheter cette édition, si sa fortune le lui permet comme je le présume, et d'entreprendre aussitôt, par lui seul, la refonte générale de ce travail. C'est en effet ce que je ne manquerai pas de lui recommander demain, laissant à sa propre sagesse la décision quelconque. Il pourrait lui en coûter une dixaine de mille francs ; c'est une leçon un peu chère pour une règle de conduite qu'il était facile de sentir avant tout cela, quant au danger de se livrer à une corporation qui a toujours une excuse irrécusable préparée d'avance envers toutes les incartades et infidélités quelconques qu'elle peut être conduite à se permettre. Mais je crois, après avoir soigneuse* ment lu tout cet ouvrage, que le cas mérite bien un tel sacrifice, sans lequel le grand nom de mon vieil ami rappellera bientôt, et d'une manière plus fâcheuse, le souvenir éternel de Newton commentant l'Apocalypse.
« Quant au dtner de dimanche, je remercierai demain Blainville d'avoir spécialement songé, dans sa loyale délicatesse, à m'y épargner la présence de son collaborateur ; mais, en vérité, j'étais fort loin de désirer un tel sacrifice, et je crois que le pauvre abbé se trouvera beaucoup plus
gêné que moi. À moins qu'il ne tienne spécialement à n'y pas venir, je serais désolé qu*on Ten écartât pour moi, et je souhaite finalement qu'il y soit, comme de coutume. Ma disposition à cet égard est déjà constatée par expérience ; car, au dtner de février, j'avais déjà lu tout ce malencontreux ouvrage, sans en avoir encore parlé à Blainville, par respect pour le profond chagrin où le plongeait évidemment la mort récente de son petit-neveu ; et cependant mes manières n'ont rien eu, ce jour-là, d'extraordinaire envers M. Maupied; il en sera exactement ainsi après-demain.
c J'espère que l'ensemble de cette lettre vous ôtera toute inquiétude sur l'altération de ma précieuse liaison avec M. de Blainville par suite d'un tort dont je ne l'ai jamais rendu responsable.
« P. 5. Après avoir achevé cette lettre, et avant de l'avoir fermée, je viens de recevoir la bonne visite de M. de Blainville et, par suite, de lui dire tout ce que je comptais lui dire demain chez lui. Tout s'est fort bien passé, les cartons vont se faire, et le dtner de dimanche conservera toute sa physionomie habituelle. J'ai exposé, par acquit de couscience, le conseil de racheter l'édition et de récrire l'ouvrage ; mais je n'ai pas d'espoir de voir adoptée cette mesure rigoureuse dont l'importance n'est point assez sentie. Autant j'ai vu le cœur de mon vieil ami disposé à tout ce qui peut réparer les torts personnels, autant son esprit m'a semblé peu touché des graves imperfections qui ne peuvent que compromettre beaucoup sa réputation scientifique. Tout est donc fini, à cet égard, quant à l'aflaire individuelle ; car je tiens pour faits les cartons ainsi promis, et je ne m'en informerai même pas (lettre du 28 février 1845). »
En 1850, les relations entre M. Comte et M. de Blainville avaient cessé. M. Comte, occupé à remanier le Calendrier positiviste, écrivit à Mme Comte :«.... Comme vous avez fait attention au Calendrier positiviste (voy. p. 589 sur cet