RELATIONS AVEC M. DE BLAIN VILLE
ouvrage), je dois vous indiquer une petite addition que je viens d'y faire, au sujet de plusieurs sous-saints. Le seul cas qui doive vous intéresser concerne Blainville, que j*ai introduit à titre d'adjoint de Lamark dans le mois de Bichat. Mais cette promotion ne fait aucun tort à Oken^ qui occupait d'abord ce poste. Au contraire, il monte en grade, puisque je Tai nommé adjoint de Buffon, lequel n'en avait pas. .. En vous donnant aujourd'hui ces indications nominales, ce n'est pas seulement pour vous suggérer quelques corrections à votre exemplaire.... Je voudrais que M. de Blainville connût, avant la réimpression du Calendrier, la justice que je lui rends, et que je lui aurais même témoignée d*abord sans l'obligation que je m'y étais imposée de ne nommer aucun vivant, du moins parmi les savants. Si vous continuez à le voir, vous pourrez facilement accomplir cette communication que j'ai déjà faite officiellement à la Société positiviste; en sorte que vous pouvez annoncer cela comme une résolution arrêtée, qui n'est pas un simple projet. Au cas où vous ne verriez plus M. de Blainville, vous pouvez aisément lui faire savoir cela par M. Foville. Je m'en rapporte à votre tact féminin pour la manière de remplir mon intention à cel égard (19 Hoinère62, 1850). »
M. Comte dit dans son Discours sur la tonibe'de M. de Blainville: « Je l'ai définitivement érigé en adjoint de Lamark, dans mon système général de commémoration occidentale. Malgré son intraitable fierté, sa consciencieuse raison a aussitôt ratifié cet humble rang, quoique Blainville dût se sentir virtuellement supérieur à ce grand zoologiste. » Le fait est que, apprenant par Mme Comte quelle place M. Comte lui assignait, M. de Blainville écoula et sourit. Ce fut son seul acquiescement.
Deux mois après, et dans cette même année de 1850, M. de Blainville mourait subitement dans un wagon de chemin de
fer ; il venait d'y monter, il y était seul ; un voyageur entrant dans le même wagon le trouva mort. A cette nouvelle, qu'il apprit par Mme Comte, H. Comte répondit aussitôt : < .... Quoique imprévue et sans douleur, c'est pourtant une triste fin, puisqu'il n'a pu donner ni recevoir aucun adieu ; c'est bien la mort d'un égoïste^ (12 César 62, 1850). »
On voit poindre dans cette lettre les sentiments qui dictèrent le Discours ; M. Comte l'annonce à sa femme, et le caractérise dans cette lettre : « J'improvisai sur la tombe de Blainville une sommaire appréciation philosophique et surtout morale, que je rédigeai le lendemain avec plus de développement. Si je me décide à l'imprimer, je vous en enverrai quelques exemplaires. Cette étude impartiale d'un penseur égoïste peut offrir une haute moralité, en montrant sur un grand exemple combien le cœur est indispensable à la pleine efficacité de Tesprit {19 César 62). >
Une partie de ce Discours est en effet un long reproche, où il attribue l'avortemeot relatif du savant à Tégoïsme invétéré de l'homme. Contre ce prétendu égoïsme j'invoquerais, s'il en était besoin, le témoignage de Mme Comte et de H. le docteur Foville» qui l'ont si bien connu et qui lui furent si attachés ; j'invoquerais le témoignage de M. Comte lui-même, la délicate affaire Maupied, dont il vient d'étr^ question, et les anciens combats académiques ; j'invoquerais les propres paroles du Discours, où l'égoïsme de M. de Blainville est représenté comme exempt de cupidité, d'ambition temporelle et comme n'ayant jamais en vue que l'ascendant spirituel. Un pareil égoïsme se nomme d'ordinaire magnanimité.
Les lettres que j'ai entre les mains m'apprennent qu*au moment de la mort de H. de Blainville, en mai 1850, M. Comte et lui ne s'étaient pas vus depuis quinze mois.
1. Cela est répété dans le Discours sur la tombe de M, de Biainvilie.