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CHAPITRE IV

Histoire de la philosophie positive. — Kant. — Gondorcet.

Kanty dans l'opuscule qu'on va lire, dit, en parlant de la fondation de l'histoire générale ou philosophique : « Nous allons voir si nous réussirons à trouver un fil qui mène à une telle histoire, laissant dès lors à la nature le soin de produire un homme qui soit en état de concevoir de la sorte renchatnement des faits historiques. C'est ainsi qu'elle produisit un Kepler qui soumit les orbites excentriques des planètes à des lois précises, et un Newton qui expliqua ces lois par une cause générale de la nature. » Cet homme prévu par Kant est M. Comte, et il est bien remarquable que le philosophe allemand ait eu une si claire idée et une si ferme persuasion, au point d'annoncer que quelqu'un réaliserait un jour ce qui n'était, chez lui, qu'intuition philosophique.

M. Comte eut connaissance de cet opuscule par M.Gustave d'Eichthal, qui lui en communiqua une traduction. On verra l'expression de son admiration (5 août 1 824) dans une lettre où il remercie M. d'Eichthal de sa communication. L'opuscule de Kant est inconnu en France; il forme un morceau important dans le développement de l'histoire abstraite avant Auguste Comte. C'est pourquoi je le mets ici sous les yeux du lecteur, en entier, sauf quelques suppressions qui abrègent sans nuire au développement de l'idée.

Idée d'une histoire universelle au point de vue de C humanité (1784).

« De quelque façon que l'on veuille, en métaphysique, se représenter le libre arbibre, les manifestations en sont, dans les actions humaines, déterminées, comme tout autre phénomène naturel, par les lois générales de la nature. L'histoire, qui s'occupe du récit de ces manifestations, quelque profondément qu'en soient cachées les causes, ne renonce pas cependant k un espoir : c'est que, considérant en grand le jeu du libre arbitre, elle y découvre une marche régur lîère, et que ce qui dans l'individu frappe les yeux, comme confus et sans rê^le, se reconnaisse dans l'espèce comme un développement continuel, bien que lent, des dispositions, origmelles. Ainsi les mariages, les naissances et les morts paraissent n'être soumis à aucune règle qui permette d'en calculer d'avance le nombre; et cependant les taUeftao* nuelles faites en de grands pays témoignent que cela auiaî obéit autant à des lois constantes que les varialioiiA de l'atmosphère, dont aucune en particulier ne peut être pré* vue à point nommé, mais qui, en somme, ne manquent pas k procurer d'une façon uniforme et sans interruption la croissance des plantes, le cours des fleuves et tout fe reste de Téconomie naturelle. Les individus et même les peuples entiers ne s'imaginent guère que, tout en s'abadonnant chacun à leur propre sens et souvent à des lutlea l'un contre l'autre, ils suivent à leur insu comme un fil conducteur le dessein de la nature, à eux inconnu, el coa* courent k une évolution qui, lors même qu'ils en anruent une idée, leur importerait pe«.

< Les hommes en masse, dans leurs efGdrts, n'agissent pas en vertu du seul instinct comme les animauix, mais ib n'agissent pas non plus d'après un plan convenu comme

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des membres raisomiables de rhomanité; il ne semble donc pas qu'il soit possible de donner à leur histoire un caractère régulier comme à celle, par exemple^ des abeilles et des castors. On ne peut se défendre d'une certaine déplaisance quand on voit leurs faits et gestes exposés sur le grand (hé&tre du monde, et quand, sauf quelque sagesse apparaissant çà et là en des cas particuliers, on ne trouve dans l'ensemble qu'un tissu de sottise, de vanité puérUe, et souvent aussi de méchanceté et d'esprit de destruction tel qu'en ont les enfants ; si bien que, finalement, on ne sait plus quelle idée se faire de notre espèce si prévenue en faveur de ses prérogatives. A ce point, il ne reste plus qu'une isstie pour le philosophe, c'est que, ne pouvant supposer dans les hommes et dans le jeu de leurs actions un dessein raisonnable qui leur soit propre, il essaye de découvrir, en cette marcheabsurde des choses humaines, un dessein naturel qui rende possible de faire avec des créatures qui procèdent sans plan une histoire conforme à un plan déterminé de la nature. Nous allons voir si nous réussirons à trouver un fil qui mène à une telle histoire, laissant dès lors à la nature le soin de produire un homme qui soit en état de concevoir de la sorte l'enchainement des faits historiques. C'est ainsi qu'elle produisit un Kepler, qui soumit les orbites excentriques des planètes à des lois précises, et un Newton, qui expliqua ces lors par une cause générale de la nature.

Première i^oposition.

« Toutes les disposiHons natureOes dTune ericAurt sont déterminées pour arriver finàlement à un développement complet et approprié. — Gela se confirme chez tous les animaux par une observation aussi bien extérieure qu'intérieure ou de dissection. Un organe qui est sans usage,, une disposition qsi n'atkûtt pas son but, est une contradiction dan» la doe-

trine téléologique de la nature. Car, si nous nous départons de ce principe, nous n'ayons plus une nature régulière, mais une nature qui se joue sans dessein; et le désespérant hasard prend la place du fil de la raison.

Deuxième proposition.

< Chez rhomme, qui est la seule créature raisonnable sur la terre^ les dispositions naturelles dont la destination est Vusage de sa raison^ devaient se développer non dans Findividu, mais seiul0ment dans t espèce. — La raison dans une créature est la faculté de dépasser l'instinct de nature, sans connaître aucune limite à cette extension. Elle-même n'agit point instinctivement; elle a besoin d'essais, d'exercice et d'instruc-. tion pour cheminer successivement d'un degré de clairvoyance à un autre. Aussi faudrait-il qu'un homme vécût un temps démesurément long pour apprendre comment il doit faire un usage complet de toutes ses dispositions naturelles; ou, si la nature, ce qui est le cas réel, ne lui a octroyé qu'une courte mesure de vie, il faudra une série peut-être incalculable de générations se transmettant de l'une à l'autre leurs lumières, pour que les germes déposés en notre espèce atteignent leur plein développement. Du moins ce terme doit être dans l'idée de l'homme le but de ses efforts; car, autrement, les dispositions naturelles devraient être considérées en grande partie comme vaines et sans but; ce qui détruirait tous les principes pratiques, et rendrait la nature suspecte d'un jeu puéril en l'honmie seul ; la nature dont la sagesse doit servir de base au jugement de tout le reste de l'économie.

Troisième proposition.

c La nature a voulu que t homme tirât absolument de lui-mime et de son propre fonds tout ce qui dépasse la constitution méca--

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nique de son être animal^ et n'obtînt aucune autre félicité ou perfection que celle quHl se procure^ a/franchi de CinstinoS par sa propre raison. — La nature ne fait rien d'Hiutile, et elle n*est pas prodigue dans l'emploi des moyens d'atteindre ses fins. Ayant donné à l'homme la raison et le libre arbitre qui s'y fonde, c'était dès lors clairement indiquer comment elle entendait qu'il parvint à sa destinée: il ne devait pas être guidé par l'instinct ni muni et éclairé d'une connaissance innée ; mais il devait tout tirer de lui-même. L'art de se vêtir» l'habileté à se mettre en sûreté et à se défendre» tous les amusements qui rendent la vie agréable, sa sagacité même, sa prudence et jusqu'à la bienveillance de sa volonté, tout doit être absolument son œuvre. La nature paraît ici s'être complu dans sa plus grande parcimonie, et n'avoir pas dépassé, dans la répartition de ses dons, l'extrême et chiche limite des besoins d'une existence commençante; comme si, voulant que les hommes ne fussent redevables qu'à eux-mêmes de s'être élevés de la dernière grossièreté à la perfection intime de la pensée et, par là, à toute la somme de bonheur possible sur cette terre, elle avait plus tenu à ce qu'ils eussent, d'eux-mêmes, une estime fondée sur la raison qu'à ce qu'ils fussent dans le bien-être. Car à cette marche des affaires humaines est liée toute une multitude de peines qui attendent l'homme. Mais Ta nature paratt s'être souciée, non pas aucunement qu'il eût une vie aisée, mais qu'il s'efforçât de manière à devenir digne, par sa conduite, delà vie et du bien>être. Toutefois, il n'en reste pas moins étrange que les générations antérieures semblent ne poursuivre leur pénible besogne que pour les générations postérieures, c'est-à-dire leur préparer un échelon qui leur permette de porter à une plus grande hauteur l'édifice projeté par la nature. De sorte que ce seront seulement les générations les plus lointaines qui auront le bonheur d'habiter dans l'édifice auquel une longue suite d'ancêtres auront

travaillé, iosciemment il est vrai, sans avoir part eux-mêmes au bonheur qu'ils préparèrent. Hais cela, tout énigmalique que ce soit, est en même temps non moins nécessaire, si l'on admet qu'une espèce animale doit avoir la raison, et arriver, en tant que classe d'êtres raisonnables qui tous meurent, mais dont l'espèce est durable, à la plénitude du développement de ses dispositions innées.

QuatriSme proposition.

« Le moyen dont la nature se sert pour mettre à effet 1$ dé^^éloppement de toutes Us dispositions humaines est Vantoffonisme de ces dispositions dans la société; antagonisme ^,/înaIeinefa, devient la cause d'un ordre social régulier. — Par antagonisme, j'entends ici Vinsociable sociabilité deshoomies, c'està-dire leur penchant à se réunir en société, lié à une pei^ pétuelle résistance qui menace constamment de dissoudre cette société. Telle est en effet, évidemment, la disposition de la nature humaine. L'homme est enclin à s'associer ; car, dans l'association, il se sent plus homme, c'est-à-dire plus apte au développement de ses facultés naturelles. Mais il est aussi très-enclin à s'isoler; car il trouve simultanément oi lui l'insociable disposition à vouloir tout régler à son gré, et dès lors il s'attend de toutes parts à la résistance,, de même que, de son côté, son penchant le porte à la résistance contre les autres. Or, c'est justement cette résistanee qui éveille toutes les forces de l'homme, le pousse à surmonter sa paresse, et à conquérir^ pressé par le désir de l'honneur , de la domination ou des richesses ^ un rang parmi ses semblables qu'il ne peut ni souffrir ni quitter. Là se font en réalité les^ premiers pas bars de la rudesse vers la culture, qui g^t essentiellement dans la valeur sociale de l'homme ; là se développent peu à peu tous Iefl> talent», là se forme le goût, là se lait le travail de civilisation

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qui, avec le temps, traBsforme le consentement forcé, el, pour ainsi dire, pathologique à rassociation en un ensemble moral. Sans ces qualités d'insodalnlité, en soi peu aimar bles, d'où naît la résistance que chacun doit trouver nécessairement à rencontre de ses prétentions égoïstes, on verrait se produire uae vie de bergers d'Arcadie, dans la plénitude de Tunion, du consentement et de l'amour réciproque ; vie où tous les talents demeureraient éternellement cnibuis dans leurs germes ; les hoDEunes, doux comme les brebis qu'ils paissent, procureraient à peine à leur existence plus de valeur que n'en a celle de ce bétail ; il resterait dans la création, en tant que nature rationnelle, quant au but, Bn vide qui ne serait pas comblé. Grâces donc soient rendues à la nature pour les incompatibilités, pour les luttes de la vanité malveillante, pour la cupidité insatiable, même pour la passion de commander ! Sans tout cela, les excellentes dispositions qui sont dans l'humanité dormiraient éternellement enveloppées. L'homme veut la concorde; mais la nature, sachant ce qui est bon pour l'espèce, veut la discorde. Il veut vivre à l'aise et satisfait; la nature veut qu'il sorte de l'indolence et d'un contentement inaetif et se précipite dans le travail et dans la peine pour inventer des moyens de s'en dégager par son habileté. Tout cela décèle l'arrangemeat d'un sage Créateur et non sans doute la main d'un esprit malfaisanl qui a maladroitement gâté ou envieusement corronqm Feeuvre magnifique de la Divinité.

Cinquièm» propoaîtioo.

« Uplw grand problème powr ia race kumainêt problème à la sohukm duquel la nature contraint V hommes est itaUeindre uneiociélé mvile administrant le droit d'une manière utiiverseUe. ~ La société est un ordre où là liberté de chacun est assqettie à coexister avec la liberté des autres; en ternes

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différents, un ordre où la liberté se combine avec d'impérieuses et infleiibles conditions. Tel est le théâtre où s'accomplissent les vues suprêmes de la nature sur l'humanité, tel est le thème qui se réalise par la lutte des penchants contraires. La société civile est un enclos où le développement humain trouve ses causes et ses règles. C'est ainsi que, dans un bois, les arbres, justement parce que chacun cherche à ôter à l'autre l'air et le soleili se forcent l'un l'autre de chercher air et soleil au-dessus d'eux, et prennent de la sorte une belle et droite croissance ; au lieu que ceux qui, en liberté et isolés , poussent leurs branches à leur gré, sont rabougris et tortus. Art, culture, arrangement social, tout ce qui pare l'humanité est firuit de l'insociabilité qui est contrainte par elle-même de se discipliner et de développer complètement , gr&ce à un travail imposé par la force des choses, les germes de la nature.

Sixième proposition.

« Ce problème est en mime temps le plus difficile et celui qui est le plm tardivement résolu par l'espèce humaine, — L'homme, toujours porté à usurper et abuser, a besoin d'une autorité qui, rompant sa volonté, le contraigne d'obéir à une volonté générale, seule condition de la liberté de chacun. Où prendre cette autorité? nulle part ailleurs que dans l'espèce humaine. Hais ce mattre, interprète de la volonté générale, ce chef suprême de la justice publique, représenté par un seul individu ou par plusieurs, n'échappe pas à la condition humaine et aurait lui-même besoin d'un mattre et d'un chef qui le forçât à être toujours juste. La solution absoluedu problème estdonc impossible ; s'en approcher incessamment est la seule obligation à nous imposée par la nature; obligation à laquelle il n'est satisfait qu'en dernier lieu; car elle exige des idées justes sur la constitutionsociale,

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une expérience étendue et exercée, et surtout une bonne volonté prête à réaliser les bons projets. Ces trois éléments ne commencent à se rencontrer ensemble que très-tard et après beaucoup de tentatives infructueuses.

Septième proposilioii.

« U problème (tune parfaite constitution sociak implique le problème dCune constitiUion régulière des rapports intematio^ nauXf et nepeut itre résolu sans que celui-ci le soit. — Que sert- il de travailler à établir une constitution r^lière parmi les individus, c'est-à-dire à fonder une chose publique? Cette même insociabilité qui exista jadis entre les individus existe encore entre les États ; et ces mêmes malix qui forcèrent les individus à entrer dans la régularité des lois civiles forceront les États ou êtres collectifs à entrer dans la r^Iarité des lois politiques. C'est-à-dire que par les guerres, par un appareil militaire exagéré et qui n'est jamais mis de côté, par la gêne qui finalement en résulte pour chaque État, même au milieu de la paix, elle les pousse à des essais d'abord imparfiûts, et puis, après beaucoup de dévastations, de renversements, d'épuisements, à ce que la raison, sans * tant de tristes expériences, aurait pu leur dire : qu'il faut sortir de la sauvagerie sans loi^ et entrer dans une fédération de peuples, où chaque peuple, même le plus petit, attendrait sa sûreté et l'exercice de ses droits, non de sa propre force ou de sa propre décision, mais seulement de la grande fédération et de la volonté collective. Quelque visionnaire que paraisse une telle idée, objet de raillerie dans les écrits d'un abbé de Saint-Pierre ou de Rousseau (peutêtre parce qu'ils en crurent la mise à exécution trop voisine), néanmoins elle est l'issue inévitable de la gêne où les hommes se mettent réciproquement, et qui forcera les Etats, quelque peine qu'ils y aient, à prendre une résolution qui

62 PREMIÈRR PARTIE.

ne coûta pas moîns h Thomme sauvage : je Teax dire renoncer à une liberié brutale et chercher repos et sécurité dans une constitution régulière. Toutes les guerres sont donc autant de tentatives (non dans l'intention des hommes, mais dans celle de la nature) pour procurer de nouveaux rapports entre les États.

c La liberté barbare des États produit à son tour ce que produisit la liberté baii)are des premiers hommes; grâce À Tem]^ de toutes les ressources en préparatifs militaires et grAce aux ravages que la guerre cause, elle contraint notre espèce à trouver un principe d'équilibre et des conditions d'association qui fassent cesser un désastreux antagonisme.

c Avant que ce demier4)as s'accomplisse, la nature humaine souffre les maux les plus durs, sous l'apparenœ trompeuse d'un bien-être extérieur ; et Rousseau n'avait pas tdl^nent tort de préférer l'état sauvage, dès lors qu'on laisse de côté ce dernier échelon que notre espèce a encore à franchir. Nous sommes cultivés à un haut point par l'art et la science ; nous sommes civilisés, jusqu'à la surcharge, en toute sorte d'agréments et de bienséances sociales. Mais il s'en faut encore de beaucoup que nous devions nous tenir pour moralises. Aussi longtemps que les États employent toutes leurs forces à leurs vaines et violentes vues d'agrandissement, gênant sans cesse le lent efifort de l'amélioration interne et l'œuvre de l'opinion puUique, il est impossible de rien attendre de satisfaisant. Le progrès, en ceci, consiste en un long remaniement de diaque association politique au profit de la culture des citoyens; et tout bien qui n'est pas enté sur des dispositions mora* lement bonnes, n'est qu'apparence trompeuse et reluisante misère. Le genre humain demeurera dans une telle condition provisoire jusqu'à ce qu'il se soit retiré, de la façoa que j'ai dit, du chaos de ses relations politiques.

fflSTORIQUE. — KAKT. — CONDORCET. 6S

Hoititae proposition.

< On peut j en somfrhe, considérer FfUstoire de la race hitmaine comme raccomplissement (fun plan caché de la nature^ à t effet de produire une constitution politique parfaite^ aussi tien dans ks rapports intérieurs que dans ks rapports extérieurs^ consti^ tiuAùm qyÀ est Punique théâtre où elle puisse développer toutes' ks dispositions mises par eUe en VhvmaniU. -— Cette proposition est une conséquence de la précédente, et on voit que k philosophie a, elle aussi, son millénaire» mais un millénaire à raccomplissement duquel elle peut contriimer par son idée, et qui, conséquemment, n*est rien moins qu*une Tîsion. Il ne faut plus qu'un point, c'est que Texpérienoe découvre quelque chose d*une telle marche du dessein de la nature. Je dis quelque chose; car ce cycle semble exiger, pour se clore, un si long temps, que la petite portion que l'humanité en a déjà parcourue ne permet pas d'en déterminer la forme et de conclure la relation des parties au tout, avec plus de sûreté que toutes les observations célestes, faites jusqu'à présent, ne permettent d'assigner la trajectoire que suit, dans le ciel étoile, notre soleil avec toute l'armée de ses satellites. Et cependant, remar* quons qu*avec le principe général de la constitution systématique de l'univers et avec le peu qu'on a observé, on est autorisé à conclure qu'il existe en effet une telle trajectoire. Quoi qu'il en soit, la nature humaine est ainsi faite, qu'elle n'aura aucune indifférence pour la plus lointaine phase que notre espèce doive atteindre, pourvu qu'il y ait assurance suffisante d'atteindre cette phase; et il est ici d'autant moins à craindre qu'elle ne soit indifférente, que nous pouvons, ce semble, par le sage emploi de notre propre raison, hâter un avènement si fortuné pour nos desoendants. De là vient que les moindres indices d'une approche

vers ce terme nous sont très-importants. Aujourd'hui les États sont dans un rapport si arlificiel entre eux, qu'aucun ne peut se négliger dans la culture intérieure, sans déchoir, vis-à-vis des autres, en force et en influence ; conséquemment le progrès ou du moins le maintien de ce but de la nature est passablement assuré même par les vues ambitieuses des politiques. De plus, la liberté civile ne peut plus guère maintenant être entamée, sans qu'on en éprouve dommage dans les industries et particulièrement dans le commerce; ce qui est derechef une cause d'affaiblissement de l'État dans ses relations extérieures. Or cette liberté civile croit progressivement; si l'on empoche le citoyen de chercher sa prospérité de la façon qu'il lui platt, compatible avec la liberté des autres, on empêche du même coup l'activité courante des affaires; ce qui a aussi pour contre-coup de diminuer les forces de l'État. Ainsi s'en va de plus en plus -toute limitation imposée aux faits et gestes de chacun; ainsi est accordée la liberté universelle de religion; ainsi surgit peu à peu, avec caprices et folies intercurrentes, une époque de lumières; lumières qui sont un grand bien, et qui doivent soustraire le genre humain aux ambitions conquérantes de ses chefs, ne fût-ce que par le seul motif de l'intérêt. Ces lumières et, avec elles, une certaine participation du cœur, dont l'homme éclairé ne peut se défendre pour le bien parfaitenient compris de lui, doivent peu à peu monter jusqu'aux trônes et influer sur les principes de gouvernement. Bien que, par exemple, les maîtres du monde n'aient, présentement, point d'argent pour l'amélioration du monde, et en particulier pour l'éducation, parce que d'avance tout est absorbé par les prévisions des prochaines guerres, pourtant ils trouveront leur propre avantage à ne pas entraver du moins les faibles et lents efforts de leurs peuples dans cette voie. Enfin, la guerre devient de plus en plus une en-

Ireprise non-seulement tout artificielle et pleine d'incertitude, quant à l'issue entre les parties, mais encore singulièrement grave à cause des arrière-souffrances imposées à l'Ëtat par une dette toujours croissante et dont l'extinction ne peut plus se prévoir. En outre, chaque ébranlement en un point se fait sentir à tous les États voisins dans notre partie du monde, où l'industrie a tellement lié les intérêts ; si bien que les voisins, pressés par leur propre danger, s'ofirent, quoique sans autorité légale, pour arbitres, et^ de la sorte, de loin préparent tout pour la formation future d'un grand corps sans modèle dans le passé. Bien que ce grand corps politique ne soit, quant à présent, que tout à fait rudimentaire, cependant un commun sentiment commence à pénétrer dans tous les membres dont chacun est intéressé à la conservation du tout; et cela fait espérer qu'après bien des remaniements il s'établira, ce qui est la vue suprême de la nature , une association politique de l'humanité, devenue le sein où se développeront toutes les dispositions primordiales de l'espèce humaine.

Neuvième propositioiu

« Une tmtcuioe philosophique pour traiter V histoire universeUe^ selon un plan de la nature ayant pour but la pleine association civile dans Vespèce humaine, doit être considérée non-seulement comme possible^ mais aussi comme favorable même à ce plan de la nature, — C'est, à la vérité, une proposition étrange et, en apparence, absurde que de vouloir composer une histoire selon l'idée qu'on devrait se faire de la marche du monde si le monde obéissait à certains buts, rationnels; il semble qu'une pareille conception ne peut aboutir qu'à un roman. Cependant, si l'on admet que la nature, même dans le jeu de la liberté humaine, ne procède pas sans plan et sans finalité, cette idée pourrait n'être pas dépourvue d'utilité;

66 PREMli^Œ PARTIE.

elle nous servirait, encore que notre vue soit trop faible pour pénétrer le secret mécanisme des choses, à présenter comme un système, du moins en gros, un agrégat confus d'actes humains. Si l'on part de l'histoire grecque en tant que celle qui nous a conservé ou du moins certifié ' les annales plus anciennes ou contemporaines; si l'on en poursuit l'influence sur la formation et déformation du corps social romain, qui absorbe l'Etat grec; enfin, si l'on passe à l'action de Rome sur les barbares qui détruisirent son empire, et qu'on arrive à nos temps, en intercalant épisodiquement l'histoire d'autres peuples à mesure que la connaissance nous en est parvenue, on découvrira que l'amélioration de la constitution politique marche régulièrement dans notre partie du monde , qui probablement donnera un jour des lois aux autres. Le regard porté sur la constitution intérieure des États et sur leur rapport extérieur y aperçoit deux conditions alternantes : d'un côté, le bien de ces institutions éleva et ennoblit les peuples, et, avec eux, les arts et les sciences; d'autre côté, des défectuosités qui y étaient inhérentes précipitèrent les peuples dans les catastrophes,* si bien pourtant qu'un germe de civilisation restait, qui, développé par chaque révolution, préparait un nouveau et plus ample développement. Là apparaîtra, je crois, ce qui permettra d'expliquer le jeu si embrouillé des choses humaines, ou de prédire les modifi-

1. Seul on public éclairé qui , depuis son origine, s'est perpétué jusqu'à nous sans interruption, peut certifier Tancienne histoire. Au delà tout est terre inconnue ; et Thistoire des peuples qui Técurent en dehors ne peut être commencée qu*à fur et à mesure qu'ils s'y incorporèrent; cela advint pour le peuple juif au temps des Ptolémées, par la traduction grecque de la Bible, sans laquelle on aurait accordé peu de confiance à ses documents isolés. A partir de là , quand ce point d'attache est suffisamment établi, on peut en remontant suivre les récits. La première^ page de Thucydide, dit Hume, est Tunique début de toute véritable histoire.

cations flitures des États, utilité qu'on a déjà d'ailleurs tirée de l'histoire» alors même qu'on n'y voyait que l'effet incohérent d'une liberté sans règle. Ce n'est pas tout : une vue consolante 9 s'ouvrant vers l'avenir, montrera dans un grand éloignement l'espèce humaine s'élevant à une condition où tous les germes déposés en elle peuvent se développer complètement. Une telle justijQcation de la nature, ou mieux de la Providence, n'est pas un motif sans im* portance peur choisir un point de vue particulier d'où l'on contemple le monde. A quoi sert de vanter la mi^ficence et la sagesse de la création dans le règne brut, et de les reccfflomander à la contemplation, si la partie du grand théâtre de la sagesse suprême qui contient le but de tout le reste, à savoir l'histoire de la race humaine, doit demeurer une objection éternelle, et si, forcés d'en détourner le regard avec mécontentement, et désespérant d'y apercevoir jamais une intention pleinement raisonnable, il nous faut ne l'attendre, cette intention, que dans un autre monde?

c Penser que par cette idée d'une histoire universelle qui, d'une certaine façon, a un fil à i^nori, je veuille expulser les travaux de l'histoire proprement dite, de celle qui raconte les événements, ce serait se méprendre sur mon projet; ce n'est qu'un aperçu de ce qu'une tête philosophique, pourvue d'ailleurs de très-amples connaissances historiques, pourrait tenter à un autre point de vue que celui de l'empirisme. Au reste, le détail, d'ailleurs fort louable, avec lequel nous écrivons présentement Thistoire de notre temps, doit naturellement faire que chacun se demande, non sans inquiétude, comment nos arrière-descendants s'y prendront pour embrasser la masse d'histoire que nous leur transmettrons au bout de quelques siècles. Sans aucun doute, ils n'apprécieront celle des époques les plus anciennes, dont les documents auront depuis longtemps péri, qu'au point de vue qui les intéressera, c'est-à-dire

celui OÙ Ton eiamine les services rendus ou les dommages causés par les peuples et par les gouvernements au corps même de l'humanité. Partir de là pour faire appel à l'ambition des chefs d'État et de leurs serviteurs, et pour la diriger vers le seul moyen qui doit transmettre leur glorieux souvenir aux temps les plus reculés, ce peut être par surcroît un petit motif de tenter une telle histoire philosophique. »

Ici finit l'esquisse de Kant. Il importe d'en réunir sous les yeux des fecteurs les points principaux. Kant admet que des lois constantes, qu'il nomme le dessein de la nature, régissent le développement du genre humain, autrement dit l'histoire; comme l'essence de ce développement est un progrès, une amélioration, il en résulte que les générations antérieures, insciemment mais réellement, travaillent pour l'avantage des générations postérieures; et la philosophie, en ouvrant cette perspective, procure aux hommes qui passent le salutaire sentiment d'une association- avec le lointain avenir.

Cette pensée le conduit à une autre. Tandis que les hommes commencent, dans Tenclos, comme il dit, de la société civile, à secouer l'antique sauvagerie, cette sauvagerie continue à exister dans les rapports d'État à État. Pour en sortir, il faudra qu'il se forme une grande fédération qui fasse pour ces êtres collectifs ce qui a été fait pour les êtres individuels.

Kant a très-bien vu que les nations européennes et leurs filles devenaient de plus en plus les arbitres du sort des autres populations, et qu'à elles allait appartenir la gestion des intérêts communs.

Il a conçu que la formation d'un grand corps politique, sans modèle dans le passé, était le résultat nécessaire du progrès qui transportait la morale civile dans la politique.

Enfin la solidarité de tous les membres de la famille hu-

maine loi est apparue aussi clairement qu'elle nous apparaît aujourd'hui à la lumière de tant d'événements.

D'une autre part, il n'est pas difficile^ malgré Téminence du philosophe de Kœnigsberg, de faire une juste critique de son esquisse. C'est la philosophie positive et les prin* dpes trouvés par M. Comte qui me donnent cette confiance, n est certain que l'histoire est un phénomène naturel soumis à des conditions déterminées ; il est certain que Kant a vu qu'il en devait être ainsi ; mais il est certain aussi que le fondement qu'il donne à sa conception est tout à fait ruineux. Ce fondement n'est autre qu'un principe métaphysique, à savoir : que la nature ne fait rien en vain, et que comme les facultés humaines n'ont pas leur développement dans l'individu qui est éphémère, elles doivent l'avoir dans l'espèce qui est durable. Je n'ai pas besoin de dire à des esprits nourris des doctrines positives, que nous ne savons en aucune façon si la nature veut ou ne veut pas quelque chose en vain. C'est une vue subjective indûment transportée dans le domaine objectif. La conception de Kant est donc une intuition, non une démonstration, qui, après lui, restait à trouver ; il n'avait fait que poser le problème.

Et cependant la solution était à c6té de lui. Ou bien il ne connut pas Turgot ; ou, le connaissant, l'importance du passage que j'ai cité lui fut masquée par les habitudes métaphysiques, et il préféra une démonstration subjective et illusoire à une démonstration objective et^ réelle. Au lieu d'imaginer un hypothétique dessein de la nature, il n'avait qu'à voir chez son illustre devancier conmient les conceptions humaines, en tant que concernant l'interprétation du monde, furent successivement théologiques, métaphysiques, positives. A ce fait général ou loi il aurait rattaché le principe de l'histoire.

Il est encore un point qui ne peut être laissé sans observation. Kant, après avoir noté, avec toute raison, l'instinct

70 PREMIÈBE PARTIE.

sociable qui oblige les hommes à se réanir, ne parait plus faire entrer dans les causes du développement que les mauvaises passions et les sentiments égoïstes. C'est une grave méprise sur la nature humaine. Sans vouloir rien ôter à l'importance des penchants égoïstes, on doit présentement affirmer que la société et son développement dépendent surtout de ce que M. Comte a heureusement nommé les penchants altruistes.

Malgré ces critiques faites à un point de vue qui n'existait pas encore pour Kant, son opuscule demeure une preuve éclatante de son vigoureux esprit, le plus voisin, parmi les métaphysiciens, de la philosophie positive. Cest un vrai précurseur ; il annonce la lumière.

L'œuvre de Condorcet succède dans l'ordre des temps à celle de Kant. Ici, je serai très-bref. Condorcet est dans les mains de tout le monde, et M. Comte a toujours signalé ie Tableau des progrès de Fesprit humain comme un échelon sur lequel il avait posé le pied. Il en a fait la critique de main de mattre S et il sufBt de la résumer en peu de mots.

Il lui reproche de n'avoir pas vu que la distribution des époques, qui est ici la partie la plus importante du plan, exige un premier travail généra), le plus difficile de ceux auxquels la politique positive doit donner lieu. Condorcet a cru pouvoir coordonner convenablement les faits en prenant, presque au hasard, pour origine de chaque époque, un événement remarquable, tantôt industriel, tantôt scientifique, tantôt politique. En procédant ainsi, il ne sortait pas du cercle des historiens littérateurs. Il lui était impossible de former une vraie théorie, c'est-à-dire d'établir entre les faits un enchaînement réel; puisque ceux qui devaient ser-» vir à lier tous les autres étaient déjà isolés entre eux.

Avec non moins de force, M. Comte objecte contre Con-

f. SygUmê de politique ponUw^ p. 133 et saiv.

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dorcet de n'aToir pas su se dépouiller irrévocablement des préjugés critiques de la philosophie du dii-huitième siècle. Celte philosofrfiie, en lutte contre la théologie et contre la féodalité, condamnait l'une et l'autre dans le passé comme «Ue Causait dans le présent. Gondorcet s'est laissé dominer par de prétendus dogmes qui alors remplissaient toutes les tètes ; il a fait le procès à l'histoire au lieu de Tobserver, et son ouvrage est devenu en partie une déclamation dont il ne résulte réellement aucune instruction positive.

Il y a plus : son travail présente une contradiction générale et continue. D'un côté, il proclame hautement que la civilisation au dix-huitième siècle est infiniment supérieure à ce qu'elle était à l'origine. Mais ce progrès total ne saurait être que la somme des progrès partiels faits par la civilisation dans tous les états précédents. Or, d'un autre côté, en examinant successivement ces divers états, Gondorcet les présente presque toujours comme ayant été, aux points de Yue les phis essentiels, des temps de rétrogradation. II y a donc miracle perpétuel, et la marche de la civilisation devient un effet sans cause.

M. Comte conclut en disant que le but a été manqué, d'abord quant à la théorie, puis quant à la pratique, et que ce travail doit être de nouveau conçu en totalité d'après des vues vraiment philosophiques, en ne regardant la tentative de Gondorcet que comme marquant le but réel de la politique scientifique.

Voilà la critique, voici l'éloge : « La conception générale du travail propre à élever la politique au rang des sciences d'observation, dit M. Gomte, p. 132, a été découverte par Gondorcet. Il a vu nettement le premier que la civilisation est assujettie à une marche progressive dont tous les pas sont rigoureusement enchaînés les uns aux autres suivant des lois naturelles que peut dévoiler l'observation philosophique du passé, et qui déterminent, pour chaque

époque, d'une manière entièrement positive^ les perfectionnements que l'état social est appelé à éprouver, soit dans ses parties, soit dans son ensemble. Non -seulement Condorcet a conçu par là le moyen de donner à la politique une vraie théorie positive, mais il a tenté d'établir cette théorie en exécutant l'ouvrage intitulé: Esquisse d^un tableau historique des progrès de P esprit humain, dont le tilre seul et l'introduction suffiraient pour assurer à son auteur l'honneur éternel d'avoir créé cette grande idée philosophique. »

Je partage toute l'admiration exprimée dans ce passage pour l'héroïque penseur qui écrivit son Esquisse sous le coup d'une condamnation à mort , esquisse qui reste une tentative immortelle. Pourtant il y a lieu à quelques rectifications. Il n'est pas exact de dire que Condorcet a créé l'idée philosophique de l'enchaînement de l'histoire; sans doute il l'a trouvée de son côté , mais elle avait été trouvée avant lui par Kant, comme il vient d'être montré. Je reprocherai aussi à Condorcet de n'avoir pas connu ou d'avoir méconnu la conception de Turgot ; s'il en avait usé, il se serait préservé des fautes que M. Comte a si justement relevées, et son Esquisse^ toute différente alors, aurait fondé, trente ans avant M. Comte, la théorie de l'histoire. Ce qui lui demeure en propre, et ce que n'avaient fait ni Turgot ni Kant, c'est d'avoir le premier tracé, à ses risques et périls, une ébauche du développement social. Cette ébauche, qui fut longtemps une pierre d'attente, n'est plus qu'une pièce parmi les antécédents des découvertes de M. Comte, mais c'en est une fort précieuse.

Il ne me reste plus qu'à résumer l'état de Thistoire philosophique avant M. Comte. Tui^ot avait découvert que les conceptions humaines, d'abord théologiques, devenaient ensuite métaphysiques et finissaient par être positives. Kant avait connu que l'histoire est un phénomène naturel,

assujetti à un cours déterminé, et Gondorcet, plus poussé que ses devanciers par le temps qui marchait, avait tenté de tracer un tableau qui rott en évidence l'enchatnement des progrès de la civilisation. Ce sont là de grandes choses, mais ce ne sont encore que des rudiments; car ni Turgot ni ses successeurs n'usent de la loi trouvée pour fonder sur ce fait général révolution ; Kant, qui aperçoit nettement la nécessité de concevoir l'histoire comme réglée par des conditions inhérentes à Tbumanité, ne sait faire porter cette importante notion que sur une idée à priori^ et il la laisse ainsi incapable de fixer l'attention d'un siècle dont les tendances étaient de plus en plus positives ; enfin, Gondorcet n'a pour guide que la philosophie négative du dix-huitième siècle dans une œuvre où elle ne pouvait apporter que contradiction.

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