CHAPITRE VIL
Maladie mentale. — Le malade est mis chez Ësquirol. — Projet d'interdiction empêché par Mme Comte. — Inutilité des soins quHl reçoit chez Ësquirol. — Mme Comte retire son mari chez elle. — Retour de la raison. — Prostration morale qui accompa^e ce retour. — Guérison définitiTe.
Dans le premier trimestre de 1826, M. Comte était tout occupé de la première exposition du système de philosophie positive qu'il introduisait parmi ses contemporains, et il en avait déjà fait quatre leçons avec un plein succès, lorsqu'un affreux malheur le frappa : il fut atteint d* aliénation. Dans beaucoup de cas, le médecin ne peut que noter les circonstances au milieu desquelles le mal fait explosion, sans être en état de dire laquelle de ces circonstances fut décisive. Ici, trois méritent d'être prises en considération : un mauvais estomac, l'extrême contention d'esprit, et une querelle violente avec les saint-simoniens.
L'estomac était chez M. Comte un organe faible. Les digestions étaient pénibles, au point de troubler le sommeil et d'inspirer des idées noires et mélancoliques.
L'extrême contention durait déjà depuis plusieurs mois. M. Comte avait exposé une partie de sa doctrine en six articles qui parurent dans le Producteur^ et qui l'occupèrent dans la dernière partie de l'année 1825 et dans le premier trimestre de 1826. Puis vint la préparation du cours, neuf de tout point, et auquel il attachait une extrême importance, soit pour le succès des idées auxquelles il se vouait
dès lors, soit pour son propre avenir encore incertain. Bien qu'à ce moment, et après le programme qu'il avait donné, il eût plus à disposer par la méditation qu'à créer par la conception, néanmoins cette méditation restait singulièrement laborieuse et pleine de préoccupations.
Quant à la querelle, voici sur quoi elle s'était engagée. M. Comte s'était plaint hautement et sans ménagement que M. Saint-Amand Bazard eût, sans le nommer, pris ses idées ; et il se plaignait avec raison. En effet, lisez l'article publié dans le Producteur ^ 1. 1, p. 411, où M. Bazard établit que dans les sciences positives il n'y a point de liberté de conscience, et comparez, dans la page 14 de l'opuscule imprimé en 1822, réimprimé en 1824, Talinéa qui commence par ces mots : « Il n'y a point de liberté de conscience en astronomie, en physique, en chimie, en physiologie.... » et vous reconnaîtrez que la plainte était juste. Il demandait donc qu'on revfnt là-dessus, qu'on le cilât, et qu'on reconnût sa priorité. M. Bazard refusa, et son ton ne fut pas plus conciliant que celui de M. Comte. On sait d'ailleurs (fue M. Bazard, qui avait pris part aux entreprises les plus hardies contre le gouvernement de la Restauration, avait les habitudes militaires. Aussi parla-t-il de duel.
Telles furent les impressions et émotions au milieu desquelles la raison se dérangea. On y a ajouté les chagrins domestiques; mais, tout à l'heure, la lettre de M. de Blainville rapportée ci-dessous et l'enchaînement des faits prouveront que ce fut une allégation inventée par ceux qui voulurent l'interdiction d'Auguste Comte sans l'obtenir.
L'invasion du mal eut beaucoup d'intensité. Cependant elle fut moins brusque que ne le feraient croire les premiers actes vraiment reconnus pour ceux d'un homme atteint d'aliénation. Durant le temps qui précéda l'accès caractérisé, et qu'aujourd'hui Mme Comte fait remonter à un mois environ, sans pouvoir rien préciser, il se livra, A. c. 8
dans son intérieur à des violences inaccoutumées, tellement que sa femme fut plusieurs fois obligée de se sauver. Mme Comte, alors sans aucune expérience en ce genre de maladie, fit comme font toutes les familles en pareil cas : elle attribua à la méchanceté ce qui était déjà l'impulsion de la folie. Ce fut plus tard, lorsque tout fut éclairci par Tissue, que, revenant sur des emportements inexpliqués, elle rattacha à leur vraie cause des actions que dès lors elle pardonna.
Le samedi 15 avril, ou peut-être, mais moins probablement, le vendredi 14, M. Comte ne rentra pas. Ce fut le lundi seulement que Mme Comte reçut de son mari une lettre datée de Saint-Denis. Elle y courut, mais M. Comte n'y était plus. Elle se ressouvint qu'il aimait beaucoup Montmorency; il y allait souvent avant son mariage, et depuis il y avait plus d'une fois conduit sa femme. A tout hasard elle s'y rendit. Là en effet elle le trouva, mais dans un bien triste état mental. Incontinent le médecin du lieu fut appelé, et une lettre envoyée à M. de Blainville, dont elle connaissait la bienveillance pour son mari. L'agitation du malade était telle, que le médecin n'osa pas le saigner: mais le cas lui parut si alarmant qu'il venait d'heure en heure. M. Comte se calma un peu et désira de faire une promenade. Mme Comte eut l'imprudence d'y consentir. Cette promenade les mena tous les deux sur les bords du lac d'Enghien. Le malade, dont Texaltation augmentait l'orgueil, dit que, bien qu'il ne sût pas nager, il ne se noierait pas, et là-dessus il voulut entraîner sa femme dans les eaux. Mais celle-ci, jeune et forte, se cramponna à des racines, se retint, le retint, et tous les deux furent sauvés.
La difficulté fut de le ramener à l'auberge où il s'était logé. L'exaltation redoubla. Mme Comte envoya demander au maire qu'il lui procur&t à prix d'argent des gardiens pour veiller sur le malade. Les paysans refusèrent, et le
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maire dit qu'il n'avait aucun moyen de les contraindre. Les deux gendarmes du lieu 8*oflrirent, mais, à son tour, Mme Comte hésitait à les accepter, de peur que la rue de leur uniforme n'exaspérât tout à fait son mari. Cependant, comtae Tétat ne faisait qu'empirer, elle se décida à le leur confier, afin de pouvoir aller chercher M. de Blainville, qui ne venait pas. La soirée était fort avancée quand elle arriva à Paris ; elle fit prier M. Gerclet, dont il a déjà été parlé, de raccompagner chez M. de Blainville, qu'alors elle ne connaissait pas personnellement* On verra dans une lettre de M. de Blainville, écrite peu après les événements et que je rapporte textuellement, pourquoi il tarda à se rendre à Montmorency.
J'ai hâte d'arriver à cette importante lettre; pourtant il faut auparavant noter une circonstance.
En quittant M. de Blainville, Mme Comte était retournée à Montmorency, où elle arriva dans la nuit. La violence avait redoublé en M. Comte pendant l'absence de sa femme et par cette absence même. M. de Blainville vint à neuf heures du matin; il fut bientôt rejoint par M. Gerclet, qu'il avait chargé la veille d'aller chez Esquirol s'informer de ce qu'il y avait à faire. M. Gerclet rapportait qu'Esquirol, n'ayant plus de place, conseillait de conduire le malade à Charenton sans traverser Paris. Sur cette nécessité d'aller à Charenton à défaut de place chez Esquirol, M. de Blain^ ville proposa de ramener le malade dans son domicile. Mme Comte s'y refusa, à moins que M. de Blainville ne consentit à l'assister pendant huit jours, pendant trois jours, pendant vingt-quatre heures. M. de Blainville, à son tour, s'y refusa, disant qu'il ne le pouvait pas à cause de ses occupations. Alors, dans le premier effroi d'une situation si menaçante, Mme Comte ne voulut pas foire ce qu'elle fit plus tard, quand elle fut familiarisée avec cette terrible maladie, et en désespoir de cause* Car le refus de
Mme Comte fut déterminé autant et peut-être plus par la responsabilité qu'elle encourait s*il arrivait malheur à son mariy que par les dangers auxquels elle se serait exposée. Remettre un malade aux soins médicaux est le premier devoir de ceux qui s'intéressent à lui; et toutes leurs lumières, leur zèle et leur dévouement n*ont d'autre but que de choisir l'homme de Tart qui mérite le plus de conGance. C'est ce qu'on fit alors ; nuU à ce moment, n'égalait, pour le traitement des maladies mentales , Esquirol en réputation, et c'est à lui que, malgré un premier refus, l'on confia M. Comte. La tendresse conjugale et, chez H. de Blainville, l'amitié eurent fait ce qu'elles avaient à faire, quand elles eurent mis de leur côté toutes les chances que promettait le plirs renommé des médecins et des établissement d'aliénés.
Il fallut user de ruse pour décider H. Comte à quitter Montmorency et à monter en voiture. Ce fut M. de Blainville qui se chargea de ce soin, en lui promettant de le ramener chez lui. Aussi le malade, quand il s'aperçut qu'on ne prenait pas la route de son domicile, éclata en plaintes, et accusa amèrement M. de Blainville de l'avoir trompé.
M. Comte dit {Syst. de Phil. positive, t. VI, préface, p. x) que le plus absurde traitement chez Esquirol le conduisit rapidement à une aliénation très-caractérisée. Je n'ai rien à alléguer en faveur de ce traitement, où l'on employa les douches, les bains, les saignées, les calmants, et qui, en tout cas, eut le tort de ne pas réussir; car, mis chez Esquirol le 18 avril 1826, M. Comte en sortit le â décembre de la même année sans que son état eût été amélioré. Néanmoins, en présence des faits, de ce qui se passa à Montmorency et des lettres qu'il écrivit, il faut décharger l'établissement d'Esquirol d'avoir aggravé le mal. L'aliénation, au moment où on l'y mit, était aussi caractérisée qu'il est possible. Les dangers que ces pauvres malades font courir à eux-mêmes et aux autres sont tellement imminents, que la séquestra-
tion est de premier conseil et de premier devoir. Ce ne fut, je l'ai déjà dit, qu'en désespoir de cause que l'idée des soins domestiques put se présenter et se présenta en effet.
Sans traiter d'absurde, comme le fait M. Comte, le traitement qui fut employé chez Esquirol, Mme Comte fait une remarque sur l'état de son mari : c'est qu'aucun traitement ne pouvait réussir, si, au préalable, on ne connaissait pas le caractère de M. Comte. Aussi, sur ce point, entrait-elle en de grands détails dans ses conversations avec Esquirol , ainsi qu'avec MM. Mitivier et Georget, élèves et aides d'Esquiroi ; mais le nombre des malades était bien grand dans l'établissement, et, quel que fût le bon vouloir des médecins, ces détails se perdaient. En tout cas, c'est ce qui fit son succès, à elle, quand elle eut retiré son mari et qu'elle administra les soins.
Je recule encore la lettre de M. de Blainville et le récit douloureux qu'il y fait, car elle serait inintelligible si je n« rapportais un incident qui y tient une grande place, au d6but, et voyant F extrême exaltation du malade, Esquirol avait dit que peut-étre il suffirait de quelques jours pour en abattre la violence, que l'excès même de cette violence était un symptôme plus rassurant qu'alarmant, le malade étant jeune et fort, et que les plus tranquilles étaient dans de plus mauvaises conditions, ce que Mme Comte avait bien de la peine à croire.. Après quelques jours, Esquirol demanda quelques jours encore ; mais, comme l'espoir d'une amélioration ne se réalisa pas, Mme Comte, dans le mois, écrivit ou fit écrire (sa mémoire là-dessus n'est pas précise) à Montpellier pour annoncer au père et à la mère la maladie de leur fils. Jusque-là, sur le conseil de MM. Esquirol et de Blainville, elle n'avait confié la situation à personne. Sur cette nouvelle, Mme Comte la mère se décida à venir à Paris ; elle était munie des pleins pouvoirs de son mari; Elle ne se mit point en relation avec Mme Auguste Comte,
ne la vit points et celle-ci n'apprit son arriyée qu'en apprenant que la famille Comte voulait faire interdire le malade» L'interdiction était demandée au nom du père, qui eût été nommé tuteur^ si elle avait été prononcée. Mme Auguste Comte aussi aurait pu réclamer la tutelle, idée certes qui ne lui était point venue à l'esprit. Il paraît que Mme Comte la mère était persuadée qu'une maison religieuse où régnaient la piété et la prière était un séjour plus favorable au réta* blissement de son fils que la maison d'Esquirol. Toujours est-il qu'elle voulut le retirer de chez Esquirol, qui reftisa de le rendre, attendu que ce n'était pas elle qui l'avait mis diez lui. Frustrée de ce côté, elle se tourna d'un autre. Bile s'adressa au juge de paix de l'arrondissement sur lequel demeurait son fils : un conseil de famille, dans lequel figurait M. de Blainville, fut composé à l'effet d'obtenir l'interdiction du malade. Dans la circonstance, M. Comte étant marié, la femme devait être présente au conseil de famille ; mais on échappa à cette condition en taisant le mariage de M. Comte et en désignant Mme Auguste Comte comme la personne avêe laqueUe U vivait; par surcroît, on attribua l'aliénation aux chagrins que ottu personne lui avait causés.
Tout procéda d'abord au gré de la mère. Pour interdire an homme, il faut que l'acte d'interdiction lui soit lu judi* clairement deux fois à huit jours de distance. La première lecture fut faite sans que sa femme en sût rien. Dans ces graves circonstances, Esquirol lui écrivit immédiatement un mot où il la demandait tout de suite. Inquiète, non de la réalité, qu'elle ignorait, mais de quelque malheur imprévu» elle apprit ce qui se passait d'Esquirol qui lui demanda si elle était pour quelque chose dans le projet d'interdiction, et qui sgouta qu*il avait entendu le nom de M. de Blainville parmi les membres du conseil de famille. Elle se récria, assurant qu'il y avait erreur et qu'il était impossible que M. de Blainville eût pris part à un pareil acte. En eflét,.
l'interdiction était inutile et dangereuse : inutile, puisqu'il n'y avait ni enfant mineur, ni fortune à préserver ; dangereuse, par une circonstance dont Esquirol l'informa : c'est que, si l'interdiction se prononçait à huis clos, on n'en était relevé, en cas de rétablissement, qu'en audience solennelle; publicité funeste, mortelle à un homme qui, comme M. Comte, ne vivait que de son intelligence. Par cette fermeté à ne remettre le malade qu'à celle qui le lui avait confié, et par l'avis donné à Mme Comte de la première visite du juge d'instruction pour procéder à Finterdiciion, Esquirol fut le sauveur de la situation.
En sortant de chez Esquirol, Mme Auguste Comte courut chez M. de Blainville et lui exprima, k lui aussi, qu'elle ne croyait pas qu'il eût pris part à l'interdiction. Mais il n'était que trop vrai qu'il y avait pris part ; il ne lui resta plus qu'à faire ce qu'il fit, c'est-à-dire à écrire la lettre qu'on va lire.
Bien entendu, Mme Auguste Comte ne s'arrêta pas là : elle se mit en mesure d'annuler tout ce qui, à l'aide d'illégalités, s'était fait contre elle et contre son mari. Ces illégalités étaient sa force ; trois ou quatre jours employés avec activité et décision lui suffirent. Elle se fit reconnaître pour la femme d'Auguste Comte ; les magistrats l'accueillirent, et la demande d'interdiction fut mise à néant. Depuis, on ne la renouvela pas ; et en effet, il ne pouvait plus en être question, car Mme Auguste Comte, désormais connue des magistrats en la qualité qui lui appartenait, aurait inévitablement figuré dans le nouveau conseil de famille auquel il aurait fallu recourir ; et l'on savait que celle qui avait fait annuler la première demande' d'interdiction n'userait de sa présence que pour combattre la seconde. Auguste Comte resta chez Esquirol, en communication avec sa femme, et, comme on verra, ce fut son salut Que fût-il advenu, si aux effets de séquestration, qui, même chez Esquirol, furent si peu favorables, s'étaient
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joints les e&eU d'une séquestration au sein d'une compagnie religieuse ? Sa raison aurait achevé de s'y perdre irrémédiablement ; la vie même n'y eût peut-être pas résisté. Mais si, contre toute probabilité, on suppose que, même là, il fût revenu à la santé, il fut au moins préservé par sa femme de cette audience solennelle, où l'interdit est relevé de l'interdiction.
Je ne voudrais pas laisser le lecteur sous des impressions trop défavorables ; et un mot est encore nécessaire pour le ramener à la stricte équité d'une appréciation impartiale. Les actes qui viennent d'être rapportés seraient indignes de toute excuse, s'ils n'avaient pour explication l'impulsion du fanatisme religieux /M. et Mme Comte aimaient tendrement leur fils ; ils étaient d'honnêtes gens, incapables d'aucune faute contre l'exacte probité ; ils avaient consenti au mariage de leur fils, ainsi que le constate l'acte de mariage ; ils avaient désiré et bien reçu leur belIe-fîUe à Montpellier en 1825, exigé le tutoiement, établi un échange de lettres... ; puis, quand la maladie survient, ils y voient une punition du ciel châjtiant un mariage que l'Église n'a point béni ; leur conscience s'alarme, et, sincèrement, ils s'imaginent que des prêtres, une maison religieuse peuvent seuls procurer la guérison d'un mal qui est une infliction. Ici se pose le terrible dilemme devant lequel ils ont succombé : il leur fallait faire taire ou la voix qui leur commandait de retirer leur fils de sa prétendue perdition, ou la voix qui leur commandait de respecter les droits des tiers et la vérité. Malheureusement, par la fin on justifia les moyens. On ne recula pas devant l'interdiction, qui aurait fait une victime. C'était déjà beaucoup ; on alla plus loin : comme l'interdiction était impossible si le mariage était connu, on le dissimula, on dénatura les faits, et on tenta de faire une seconde victime. Mais, il faut le répéter, dans cette conduite tout est le fait du fanatisme religieux.
Maintenant qu'on sait ce qui est advenu du conseil de famille, la part qu'y. prit M. de Blainville, et l'énergique intervention de Mme Auguste Comte, on peut comprendre pleinement la lettre que M. de Blainville écrivit le 9 juillet 1826, à Mme Auguste Comte, pour réparer le tort qu'il avait causé.
Lettre de M. de BlainvUk à Mme Comte ^
« Madame,
« J'ai appris par ce que vous m'avez fait l'honneur de me dire le 7 juin, chez moi, qu'on pourrait se servir de ce que j'ai apposé ma signature au bas d'un acte fait dernièrement chez le juge de paix, à l'effet de déterminer l'interdiction de M. Comte, votre mari, pour vous nuire dans son esprit lorsque sa santé sera rétablie, ce qui, j'espère, ne sera pas long. Je le conçois aisément. Ainsi donc, pour y remédier autant qu'il est en moi, je dois déclarer hautement que, dans l'exposé des raisons qui peuvent déterminer cette interdiction, il y a des faits entièrement faux, comme je l'ai déjà dit devant M. le juge de paix lui-même, dans l'assemblée de famille, et il en est d'autres qui ne sont jamais venus à ma connaissance, comme lorsqu'on attribue la cause de la surexcitation cérébrale de M. Comte à des chagrins domestiques. Jamais je n*ai eu de sa part aucune conQdence qui ait pu me le faire soupçonner. Mes rapports aveclui ont toujours été purement scientifiques ou de simple bienveillance de ma part, pour tâcher de lui être utile. Toutes ses lettres n'ont jamais eu pour but que de me demander des conseils sur ses travaux et sur le cours qu'il avait commencé, ou des démarches pour lui trouver des souscripteurs à ce
1. Cette lettre que, comme toutes les autres transcrites dans ce livre, j'ai copiée moi-même sur Toriginal, me fut montrée il y a longtemps par Mme Comte, pendant que M. de BUinTille Tivait encore.
même cours. Le besoin urgent où il était d'augmenter ses ressources pécuniaires m'a paru même être la seule raison pour laquelle il m'a annoncé, il y a à peine six mois, qu'il était marié. Jamais il ne m'a parlé de vous, madame, et jamais il ne m'a dit ni écrit un mot de ses affaires domestiques.
« J'afdonc eu tort et très-grand tort de signer que c'était à la suite de chagrins intérieurs que M. Comte a éprouvé la maladie mentale pour laquelle on sollicite son interdiction, puisque je n'en savais absolument rien.
« Quant à ma signature apposée au bas du fait rapporté dans l'acte, que j'ai rencontré M. Comte seul, abandonné, errant dans les bois et les forêts de Montmorency, je n'ai pas eu moins de tort en cela; mais ici je suis, jusqu'à un certain point, excusable, puisque, malgré mon observation dans le conseil de famille, que, si l'on tenait à dire la vérité, ce n'était pas ainsi que la chose devait être exposée, on crut devoir passer outre. Et moi, sans prévoir que cela pouvait nuire à un tiers, je signai de confiance. Je dois donc, en rétablissant les faits tels qu'ils se sont passés, tâcher de réparer le mal que j'ai pu faire. Les voici :
« Le samedi 15 avril dernier, je reçus, en rentrant dîner chez moi, à 5heures, une lettre assez singulière deM. Comte, dans laquelle, après m'avoir annoncé qu'il a manqué être pis qu'un mort, il me disait qu'il avait été son médecin et que, si je voulais en savoir davantage , je m'adressasse à H. de Lamennais, son confesseur et son ami, ou que, si je le pouvais, je vinsse le voir à Montmorency, à l'auberge du Cheval blanc, où il serait jusqu'au mardi suivant.
« Ce jour même, M. l'abbé de Lamennais vint chez moi, et, ne m'ayant pas trouvé, me laissa une lettre de M. Comte à lui adressée, dans laquelle l'incohérence des idées indiquait une sorte d'aliénation mentale.
< C'était M. Comte qui avait apporté lui-même sa lettre chez moi; je ne pus malheureusement le voir, par une mé-
prise de ma domestique. II alla chez M. de Lamennais qu'il convainquit de la réalité de son état^ et repartit pour Montmorency, pour commencer son plan de convalescence comme il me le disait dans sa lettre.
« N'ayant pu me rendre à Montmorency le lendemain dimanche, ni même le lundi, à cause de ma leçon, je me proposais d'y aller le surlendemain mardi, lorsque je reçus une lettre de vous, madame, datée du lundi 17, à Montmorency où vous étiez allée au secours de votre mari ; vous m'y suppliiez de venir le plus tôt possible le voir.
< J'avais décidément remis mon voyage au lendemain mardi matin, lorsque vous vîntes à onze heures ou minuit diez moi, accompagnée d'un ami de M. Comte, que je ne connaissais pas, dont j'ignorais même le nom et que vous m'avez dit depuis êtreM, le rédacteur prînCipal du Productevr. Malgré vos instantes prières pour que je partisse immédiatement, et malgré tout l'intérêt que je portais à M. Comte, je ne pus condescendre à vos désirs immédiatement ; mais j'étais arrivé à Montmorency avant neuf heures du matin.
« Après m'avoir rendu compte de tout ce qui s'était passé et de l'état actuel des choses, il avait été convenu avec vous, madame, et votre conducteur, que, pendant que je me rendrais auprès de M. Comte, celui-là irait voir Esquirol et lui demander ce qu'il y avait de plus convenable à faire.
c Cependant, à mon arrivée à Montmorency, je trouvai votre pauvre mari gardé par un ou deux gendarmes, dans une diambre d'un petit bâtiment au fond du jardin de l'hôtel de Bellevue. Les avis d'un médecin que vous aviez appelé, aussitôt votre arrivée, vous avaient guidée dans cette mesure et dans tout ce qui avait été fait avant que je ne vinsse. M. Comte non-seulement me reconnut parfaitement bien, mais me dit quil m'attendait avec beaucoup
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d'impatience. Il entra de suite dans tous les détails les plus circonstanciés de sa maladie, m'expliqua très-bien tout ce qu'il avait ressenti, ce qu'il avait cru devoir faire, se plaignit qu'on avait voulu le mettre à la diète, et tout cela fort nettement, mais malheureusement en entremêlant dans son exposition plusieurs idées incohérentes qui me confirmèrent que M. Comte était dans un état de surexcitation cérébrale très-voisin d'une véritable aliénation mentale; il accéda cependant de suite à ma proposition de retourner avec moi à Paris, aussitôt que je voudrais.
« Sur ces entrefaites, votre conducteur, madame, était arrivé à Montmorency; il avait vu M. Esquirol qui, n'ayant pu se charger du malade, avait donné le conseil de le mener inunédiatement à Gharenton, sans lui faire traverser Paris, et à cet effet il avait envoyé un de ses employés, homme vigoureux et habitué à agir auprès de ces sortes de malades.
« Je m'opposai, vous vous le rappelez sans doute, madame, de toutes mes forces à ce projet, craignant que l'idée d'aller à Gharenton n'augmentât encore l'exaltation de votre mari. Je proposai même, chose trop hardie sans doute, de le reconduire chez lui, dans l'idée de le déterminer plus aisément à employer les moyens curatifs convenables. Justement effrayée de ce projet, vous ne vouMtes pas y consentir, et, comme terme moyen, il fut arrêté que je conduirais M. Comte chez M. Esquirol, espérant que ma recommandation pourrait le lui faire garder.
« Je n'ai pas besoin d'entrer dans d'autres détails. Je dois cependant dire qu'ayant cru devoir faire la proposition à votre mari de se retirer quelque temps dans une maison de santé, il entra dans une colère presque furieuse, me dit qu'on le voulait séparer de sa femme; qu'il savait bien que c'était le projet du prince de Carignan, etc., mais qu'on n'y réussirait pas; qu'il voulait aller chez lui se reposer; qu'il vous ordonnait de monter la première, ce que vous fîtes en
tremblant, malgré toutes les assurances que je vous donnai qu'il n'y avait rien à craindre. L*homme de H. Esquirol monta avec moi, et nous partîmes suivis d'une voiture dans laquelle était un brigadier de gendarmerie que votre mari voyait d'un assez bon œil.
c La route cependant fut assez bonne^ sans que le calme fût parfait. Après être resté quelque temps auprès de moi, il passa auprès de vous, s'appuya sur votre épaule, sur vos genoux même, dans l'intention où il était de tâcher de dormir^ en un mot vous donna, ce me semble, toutes les preuves de son amitié, en disant que, pour être guéri, il n'avait besoin que d'être chez lui, de se reposer et d'être avec vous. Voilà ce que j'ai vu. Enfin est arrivée la crise, alors que, s'apercevant que je ne le menais pas chez lui mais bien chez M Esquirol, il m'a reproché d'ui^e manière bien vive et bien amère pour moi, je vous jure, d'avoir abusé de sa confiance, de l'avoir trompé indignement. C'est alors que je vous ai priée de nous quitter et de me donner le gendarme à votre place, parce qu'il nous fallait employer la force pour arriver à notre but de le laisser aux soins de M. Esquirol.
< D'après cela, madame^ il est bien évident que c'est bien gratuitement qu'on a pu dire dans l'acte lu chez M. le juge de paix et qui a été minuté sans me consulter, moi qui seul connaissais les faits, que j'ai trouvé votre pauvre mari seul dans les plaines de Montmorency.
« J'ai rapporté exactement tout ce que je sais et tout ce que j'ai vu dans cette malheureuse alTaire , espérant par là réparer le mal que j'ai pu vous faire.
« Je ne crains pas de le répéter, j'ai eu le plus grand tort de signer un acte qui, à ma conviction, ne contenait pas la vérité, ou affirmait des choses que j'ignorais complètement; et, quoiqu'il doive m'en coûter à mon âge et dans la position que j'occupe dans le monde, de montrer mes torts en
126 PH£MIÈR£ PARTIE.
public, je vous autorise, madame, à faire connaître ma lettre, si cela peut vous être utile , et je vous prie de nouveau de m'ezcuser et de me croire très-sincèrement
« Votre tout dévoué serviteur,
< 6; D. DE Blainville.
«Paris, 9 juillet 1826. »
Ainsi, cette lettre le prouve, trois énormités faisaient le fond de l'acte d'interdiction projeté. D*abord on cachait que M. Comte était marié; puis, donnant pour sa maltresse celle qui était sa femme, on attribuait à des chagrins domestiques qu'on inventait la cause de l'aliénation ; enfin on déclarait que le pauvre malade avait été, par M. de Blainville, rencontré seul, dans l'abandon, errant dans les bois de Montmorency. Rien de tout cela n'était vrai. Une telle lettre a dû beaucoup coûter à M. de Blainville ; mais, plus elle lui a coûté, plus elle lui fait honneur; car l'homme qui a commis une faute se relève en la confessant, et, s'il y a lieu, en la réparant. Mme Comte Ta senti; car, à partir de ce moment, elle a recherché et obtenu Tamitié et l'appui de M. de Blainville, qui ne lui ont jamais fait défaut et dont elle s'honore.
On se demandera sans doute comment il a pu se faire que le même honune ait signé la demande d'interdiction et signé la lettre qu'on vient de lire. Dans cette lettre, il se blâme d'avoir signé ; mais il n'explique pas pourquoi il donna sa signature. Essayons de suppléer à ce silence et de faire comprendre les deux actions, l'une de faiblesse, l'autre de généreuse réparation. De tout temps, les sympathies de M. de Blainville avaient été pour le parti politique et religieux qui alors gouvernait la France. En 1826, ce parti était à l'apogée. Mme Comte, la mère, arriva auprès de M. de Blainville avec des recommandations de person-
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nages considérables dans la religion et dans la politique, et, n'épargnant pas sa belle-fille, elle profita des sehtiments communs entre elle et lui, sentiments si exaltés alors, pour l'entratner à faire partie du conseil de famille. Ce fut l'action de faiblesse. Mais M. de Blainville était l'honneur même; je ne puis autrement caractériser sa haute et chevaleresque moralité. Aussi, dès que les justes plaintes de Mme Comte se furent fait entendre à ses oreilles, il s'infligea sans ménagement l'expiation de son tort. Ce fut l'action de réparation généreuse.
Un pareil incideot n'était pas fait pour créer des rapports entre la belle-mère et la bru. Aussi, tout d'abord, n'y en eut-il pas. Quelque temps après que tout fut rentré dans Tordre, Mme Auguste Comte se trouva face à face avec sa belle -mère (près l'hôtel Saint-Phar, que cette dernière habitait, au coin du boulevard et du faubourg Montmartre). Elles s'arrêtèrent simultanément : puis la belle-mère vint au-devant de la belle-fille, l'engagea à monter chez elle, disant qu'il serait bien fâcheux que son fils revtnt à la santé au milieu de troubles de famille. Cette raison, qui était bonne, décida Mme Auguste Comte à un rapprochement; et, jusqu'au moment où son mari rentra chez lui, rue du faubourg Saint-Denis, n* 36 (l'appartement de la rue du faubourg Montmartre, n*" 13, où la maladie avait éclaté, ayant été quitté par Mme Auguste Comte comme trop cher), jusqu'à ce moment, dis-je, la belle-fille vit tQus les jours sa belle-mère. Sa vie, déjà fort triste, le devint encore davantage par les incessantes tracasseries de sa belle-mère, qui passait de l'extrême bonté à l'extrême méchanceté : non qu'elle fût méchante; mais, hors de chez elle et logée en garni, elle n'avait plus d'emploi pour une activité bien extraordinaire à son âge, et dont on ne peut, dit Mme Auguste Comte, se faire une idée sans en avoir été témoin»
Mme Comte la mère recevait les conseils de deux pré-
très d'un esprit fort différent. L'un était un jeune vicaire des Petits-Pères, qui confessait aussi une jeune dame (Mme Issalène), malade et amie de Mme Auguste Comte; l'autre, Tabbé de Lamennais, qui, connaissant trèsbien, ainsi qu'on vient de le voir, M. Comte, le regardait comme un dangereux adversaire des doctrines théologiques. Le contre-coup de cette double direction se faisait sentir à Mme Auguste Comte. Le vicaire, qui passa quelque temps après à Notre-Dame, était un homme modéré, conciliant, et dont l'influence ne s'exerçait que pour calmer Mme Comte la mère et lui inspirer des sentiments de paix; aussi, quand c'étaient les avis de cet excellent homme qu'elle avait écoutés, elle revenait plus traitable, et Mme Auguste Comte reconnaissait que l'onction et la charité n'avaient pas en vain coulé des lèvres du prêtre. L'action de Tabbé de Lamennais était tout autre; alors dans toute l'ardeur catholique qui signala la première partie de sa vie, son fougueux prosélytisme lui interdisait les ménagements, lui commandait la violence et la contrainte. Aussi Mme Comte la mère ne rapportait d'auprès de lui que les dispositions les plus hostiles. Plus d'une fois, après des scènes violentes, Mme Auguste Comte prit son ch&le et son chapeau, s'écriant : « Si je ne suis pas ici à vos yeux la femme de votre fils, je n'y dois pas rester. » Elle se levait prête à partir; et cette action ramenait Mme Comte la mère à un plus juste sentiment de la situation commune. Mais alors la jeune femme, qui s'était longtemps contenue, était saisie d'accidents nerveux ; à cette vue, sa belle-mère revenait à de bons sentiments, lui prodiguait les plus tendres soins ; toutefois ces scènes se renouvelaient bien souvent, et la santé de Mme Auguste Comte s'en est toujours ressentie.
Ainsi se passèrent l'été et l'automne. H. de Blaiuville, étant allé visiter le malade, vint voir Mme Auguste Comte,
et lui dit que peut-être Texaltation était entretenue par l'aversion qu'il avait conçue pour le traitement et pour les gardiens. La mère écrivit cela à son mari, qui répondit qu'il Allait le retirer et essayer de l'emmener à Montpellier. Esquîrol ne croyait pas que le malade pût supporter le voyage; aussi Mme Auguste Comte vit-elle avec une très-grande inquiétude ce projet ; et elle ne le permit qu'à une condition, c'est qu'avant de partir et afin de savoir s'il était en état de voyager, il passerait chez elle et avec elle une quinzaine de jours. Si l'essai ne réussissait pas, si le voyage de Montpellier était impraticable, Esquirol avait offert de reprendre le malade en diminuant beaucoup le prix de la pension ; il se contentait d'avoir ses frais couverts. Jamais plus heureuse inspiration ne fut couronnée d'un meilleur succès. Ces quinze jours sauvèrent Auguste Comte.
Ce fut le 2 décembre que Mme Auguste Comte, après avoir, sur l'avis d'Ësquirol, fait griller les croisées, mit à exécution son projet d'essayer ce que pourraient sur M. Comte les soins domestiques, puisque les soins médicaux avaient échpué. Mais, avant cetter tentative non-seulement douteuse, mais périlleuse, se place un incident caractéristique qui se passa le jour môme de la sortie de M. Comte, hors de l'établissement d'Ësquirol. Ce qui, nous l'avons déjà dit, pesait le plus sur l'esprit de Mme Comte, la mère, ce qui troublait sa conscience de catholique, ce qui la portait à des actes que seul le fanatisme religieux' peut expliquer, c'est que 'son fils n'avait pas voulu se marier à Téglise. Elle profita de cette occasion pour effectuer ce qu'elle désirait tant, et, accompagnée de sa bellefille, alla demander au curé de Saint-Laurent, sur la paroisse duquel était la demeure de M. Comte, de faire le mariage de son fils, chez son fils, malgré l'état d'aliéna^ tion. Le curé s'y refusa, mais il promit de voir le malade A. c. 9
130 KIEMIÈRE PARTIE.
toutes leâ semaines, exprimant la confiance que, par la douceur» il l'amènerait à consentir au mariage religieux dès que le rétablissement se serait effectué, et ajoutant qu'il célébrerait lui-même la cérémonie. Ces détails furent transmis au père, qui répondit judicieusement, qu'il fallait retirer son iBls, sans perdre de Tue le mariage religieux, réservé pour le temps du retour de la santé. Mais Mme Comte, la mère, ayant communiqué l'état des choses à l'abbé de Lamennais, qu'elle ne voyait que chez lui, rue des Postes, parce qu'il était alors très-malade d'une affection du cœur, revint exaspérée : « Le salut de mon âme, disait-elle, y est engagé. » Par l'intervention de l'abbé de Lamennais, peu de jours après, elle était munie d'un ordre de l'archevêché qui enjoignait au curé de Saint-Laurent de procéder au mariage. On lui porta cet ordre. Il répondit que les prêtres étaient comme des soldats, qu'ils avaient leur consigne et qu'il obéirait; mais il ne voulut plus célébrer lui-même le mariage, et, en sa place, il envoya un prêtre. Mme Auguste Comte est persuadée, et personne n'en doutera, que, pour obtenir de l'archevêché la dispense, on avait caché la nature de la maladie. Elle a conservé le plus tendre souvenir de la conduite du bon curé de Saint-Laurent ; ceux qui l'ont connu le reconnaîtront.
Ce que nous avons vu chez Mme Comte, la mère, nous le retrouvons chez l'abbé de Lamennais, c'est-à-dire des impulsions de conscience religieuse. Nul moins que moi n'est disposé à jeter des nuages sur Tirréprochable intégrité de l'abbé de Lamennais. Mais alors, plein d'espérances mystiques pour le triomphe du catholicisme ébranlé, il se flattait de conquérir M. Comte qu'il disait l'homme le plus fort et l^plus honnête du parti révolutionnaire ; et dans cette disposition d'esprit un seul scrupule le dominait, c'était de laisser échapper
la moindre ehanœ de provoquer nue aussi importante conversion ^
Le mariage se fit donc dans une chambre, au domicile conjugal. Kiesa de plus lugubre que cette célébration. Le prêtre manqua de tact; c'était une de ces cérémonies qu'il fallait abréger, il rallongea. Un discours prolixe qu'il prononça provoqua chez M. Comte un surcroît d'excitation cérébrale ; pendant que le prêtre parlait, le pauvre malade parlait aussi, faisant un discours anti-religieuz ; et, quand il fallut apposer les signatures, à côté de la sienne il ayouta Brutus Bonaparte ; ce qu'on peut encore voir, bien que raturé, dans l'acte conservé à la sacristie de Téglise de Saint-Laurent. Il était temps que cette douloureuse cérémonie s'achevât; et après tant d'années, en la racontant, Mme Auguste Comte en ressent encore le poids et le frisson.
La compensation de toutes ces peines allait arriver. Garder If. Comte chez soi n'était ni sans difficultés ni sans péril, tellement qu'EsquiroI, inquiet de ce qui pouvait advenir, donna h Mme Auguste Comte un homme qui l'aiderait dans son pénible office, et la garantirait au besoin. Cette précaution ne put être mise en usage que peu de jours : à la fin de la première semaine il n'y avait aucune amélioration ; il fallut, voulant aller jusqu'au bout, renvoyer le gardien, et rendre libres les croisées, car M. Comte s'était encore cru chez Esquirol. Le téte-à-tête commença. Ce téte-à-téte fut d'abord plein d'angoisses pour le succès, plein d'appréhension pour les violences. Deux fois par jour, à l'hem^e des repas, M. Comte, en s'asseyant à sa table, essayait d'y planter son couteau, comme le montagnard écossais de Waltcr Scott, disait-il ; puis demandait le dos succulent d'un porc et récitait des morceaux d'Homère. Souvent aussi il saisit son couteau et le lança contre sa femme, sans l'atteindre toute-
1. ces détails m'ont été plus d'une fois racontés par Mme Comte alors que M. de Lamennais rivait encore.
fois ; et Mme Aoguste Comte est persuadée que> même en Fétatob il se trouvait, il n'avait pas l'intention sérieuse de la frapper, et qu'il voulait seulement l'effrayer pour obtenir d'elle ce que dans le moment il désirait ; toutefois il faut dire qu'étant encore dans la maison d'Esquirol, il avait enfoncé une fourchette dans la joue de son domestique qui, malgré les ordres les plus sévères de ne jamais riposter, s'était vengé par un violent coup de poing sur l'œil. Peu à peu, à force de soins aussi affectueux que bien entendus, l'excitation diminua et un mieux décisif commença à se prononcer.
Je ne veux pas, puisque je le peux, raconter un tel succès en d'autres termes que ceux de Mme Auguste Comte elle*^ même dans une lettre écrite à M. G. d'Eichthal, où elle retrace avec bonheur les progrès du rétablissement.
Paris, 22 décembre 1826,
« Monsieur,
c 11 y avait deux jours que M. Comte était chez lui quand votre dernière me fut remise, et j'ai différé d'y répondre afin de pouvoir vous donner avec certitude le résultat de l'essai que nous faisions. Je ne doute pas, monsieur, que vous n'appreniez avec plaisir que le changement qui s'est opéré depuis que mon mari est revenu au milieu de ses habitudes est presque miraculeux. Il sort et voit quelques amis. Je regrette bien que vous ou monsieur votre frère ne puissiez être du nombre. Je lui ai fait observer très-exactement le régime prescrit par M. Esquirol, sans pourtant lui en faire connaître la source ; car il n'a pas pris de goût pour la médecine ni pour les médecins, et l'on ne doit bien certainement le mieux qu'il éprouve qu'à l'absence de toute contrariété. Il faut qu'il veuille tout ce qui doit se faire, et le difficile est de le lui faire vouloir ; mais enfin, tout a été bien jusqu'à présent, et les plus grandes difficultés devaient
nécessairement avoir lieu au commencement, puisque chaque jour amène un mieux marqué. »
On remarquera ce qui est dit dans cette lettre : Esquirol avait ordonné un traitement; le malade devait avoir une alimentation peu nourrissante, mais à discrétion ; prendre des bains tous les deux jours et être pui^é une fois par semaine. Mettre à exécution ce traitement demandait toujours beaucoup d'adresse, et souvent beaucoup de dévouement. On prenait tous deux le même médicament, afin que, étant tous deux dans le même état, le malade n'eût aucun soupçon; car sa femme était convaincue qu'il la prendrait en haine, et que, par conséquent, elle échouerait s'il découvrait qu'elle le soumettait à un régime médical. Du reste, ceU ne dura que cinq ou six semaines.
Mme Comte, la mère, était partie le 18 décembre. Mme Auguste Comte , en parlant de ce départ à M. d'Eichthaï dans cette même lettre, ajoute : < J'ai su, il y a longtemps, monsieur, les offres de service que vous avez bien voulu faire , et je vous en remercie sincèrement. J'ai toujours tardé de les accepter, et j'ai déjà été obligée d'avoir recours à M. de Blainville. Gomme il pourrait être dangereux que mon mari connût exactement le triste état de ses affaires, je vous prie de vouloir bien me faire connaître vos intentions, soit en m'écrivant à moi-même ou par l'intermédiaire de M. de Blainville. Vous pourrez , d'un autre cêté, écrire à mon mari; je suis certaine que cela lui fera grand plaisir. Je vous renouvelle, monsieur, mes remercfments, et je vous suis d'autant plus obligée que j'ai pu entrevoir, par plusieurs choses échappées à mon mari dernièrement, que vous êtes déjà en avance avec lui, ce que j'avais ignoré jusque-là. »
Au moment où Mme Comte, la mère, retourna à Montpellier, aucun arrangement pécuniaire n'avait été pris par la famille de M.Comte. Mais,à dater de ce retour, M.Gomte,
le père, emroya à son fils, poidant quatorze ou seize mois, une somme mensuelle de 200 francs. Ces arances, jointes à quelques autres, telles que le voyage, et les 500 francs fournis par Mme de la Salle (voy. p. 136), sont évaluées, dans le testament de M. Comte le père, à 4067 fr. 40 c, somme qui aurait été rapportée par M. Auguste Comte s*il n'était pas mort avant son père.
Le séjour à la campagne parut utile à la convalescence de M. Comte, et des amis (ces amis étaient MM. Gustave d'Eichthal, Napoléon deMontebello et peut-être M.Camot) songèrent à le lui procurer; car les deux cents francs envoyés annuellement par la famille n'y suffisaient pas, vu que toutes les fantaisies du malade qui ne portaient pas sur la santé étaient sans hésitation satisfaites par Mme Comte. Là-dessus, je ne puis mieux faire que de rapporter une lettre délicate et digne qu'à ce propos Mme Comte écrivit à M. G. d'Ëichthal :
« Monsieur,
c J'ai réfléchi sur la proposition que vous avez eu la bonté de me faire par votre dernière. M. Comte n'ayant pas cru pouvoir accepter, ma conduite est toute tracée par son refus. Il y a pour lui d'autres considérations que le besoin du moment; il faut qu'il puisse lever la tête quand il rentrera dans le monde. Jusqu'à présent, je ne me suis adressée qu'à vous, monsieur, et à M. de Blainville. Je vous sais un gré infini des oflfresque vous voulez bien me réitérer; mais je n'abuserai pas de l'extrême bonne volonté que vous nous montrezr Je sais qu'il serait bien à désirer que M. Comte pût passer deux ou trois mois à la campagne; mais si sa famille ne le met à même de le faire, et que cela ne puisse avoir lieu qu'en surchargeant ses amis^ilvaut mieux y renoncer.
« Paris, 6 mars 1827. »
Au début de la maladie et quand U n*y eut plus de doute sur le caractère qu'elle préaBUta, Mme Comte s'adressa à M* de Blainville seul cooime conseil et comme direction. Mais, quand elle retira son mari de chez Esquirol, elle était accompagnée de deux amis, à M. Comte et à elle, MM. Mellet et Adolphe Issalène» qui assistèrent comme témoins au mariage religieux. Ils virent le malade iréquem» ment tant que l'état fut mauvais; ces visites Jui faisaient beaucoup de bien. Jjd souvenir de ces services rendus dans l'affliction, dans la peine, dans le péril ne s'est pas effacé du cœur de Mme Comte.
M. Comte était sauvé* Hais, après la terrible excitation cérébrale à laquelle il venait d'être en proie pendant plusieurs mois, survint un coUapsus prôibnd. Lui-même l'a très*bien caractérisé en l'appelant, longtemps après qu'il en éUit revenu, un état de quasi- végétation : < Depuis dix ans que je n'avais vu le Midi, et je puis même dire depuis douze ans, car mon triÊte voyage en 1827 ne pieut guère compter xlans l'état de quasi-végétation où j'étais k la suite de ma grande maladie.... {Lettre à Mme Comu, Toulouse, octobre 18370 »
Le malade, car c*en était encore un, recouvrait peu à peu la santé sous la surveillance et les soins de sa fenune. Mais, k mesure qu'il la recouvrait, il sentait d'autant plus vive^ ineint l'impuissance où il était encore de vivre, comme jadis, par l'intelligence. Sa mélancolie était profonde, d'a«voir l'importune conscience de n'être plus ce qu'il avait été et la cxainte 4e ne le pas redevenir. C'en fut assez pour le jeter -dains le désespoir de lui-même, et le faire obéir, en xette condition passive et végétative, à une impulsion de suicide. Un jour S Mme Comte sortit pour un besoin de la maison; la positien na comportait pas de domestique, et
1. Ce fut dans le printemps de 1827. Je n*ai pu fixer exactement la date. Xes dépôts publics ne m^ont pas t>fliBrt la mention du suiciëe ée M. Comte.
elle ne pouvait plus enfermer le malade sous peine de ramener des crises et de la violence. Rentrant, elle ne le retrouva pas ; il était allé se précipiter dans la Seine du haut du pont des Arts.
Un garde royal qui passait sur ce pont aperçut un homme qui se noyait, il se jeta après lui et le ramena au bord. Il vint le lendemain, fut accueilli comme un sauveur par M. et Mme Comte, et renouvela plus d'une fois ses visites. Puis, quelques mois ou un an se passèrent sans qu'il reparût; et quand on le revit, il avait quitté le service et était dans le commerce des vins. Cette fois, M. Comte fut froid et embarrassé. Le visiteur s'en aperçut et ne revint pas, au grand regret de Mme Comte, qui a oublié son nom, mais n'a pas oublié sa belle action. Si le sauveur de M. Comte vit encore, Mme Comte serait heureuse, et je le serais aussi, que cette page, tombant sous ses yeux, lui apprit la reconnaissance qu'on lui conserve.
Sauvé de l'eau, M. Comte témoigna un grand regret de ce qu'il venait de faire et du chagrin qu'il avait causé à sa femme. Cette secousse n'interrompit pas la convalescence, et laissa le progrès se faire tel qu'il se faisait auparavant. Au mois de juillet, il fut en état de voyager, et il partit pour se rendre à Montpellier, dans sa famille. Sa femme eût encore un peu retardé ce voyage si, épuisée par tant de secousses, elle ne se fûtirouvée à bout de forces physiques et morales. Un incident bizarre prouve qu'alors même il n'était pas encore redevenu pleinement maître de ses actions. Il partit avec une dame (Mme de la Salle) qui faisait même route que lui. Arrivé à Lyon ou à Nimes, il emprunta à cette dame cinq cents francs, et la laissa continuer seule le voyage pour Montpellier, où elle arriva cinq jours avant lui. Ces cinq jours de retard causèrent dans sa ^famille une grande inquiétude. Mme Comte, ayant su qu'il n'était pas à Montpellier, s'inquiéta à son tour non moins
vivement, et s'adressa, pour le faire chercher, au préfet de police, qui transmit la demande aux préfets de deux départements, et oublia celui de l'Hérault. Les préfets répondirent que leurs recherches avaient été inutiles. Pendant ce temps, M. Comte était arrivé à Montpellier; mais ce ne fut que quinze jours ou trois semaines après son départ de Paris que sa femme reçut une lettre de lui^ Cette lettre, sans lui apprendre ce qui s'était passé dans ce retard (et on ne Ta jamais su), lui apprit du moins qu'il était retrouvé et que sa santé n'avait pas souffert.
La lettre suivante, de Mme Comte à M. G. d'Eichthal, est relative à cet incident : < Depuis que j'ai eu l'honneur de vous voir, j'ai reçu plusieurs lettres de M. Comte, et toutes mes inquiétudes ont cessé. Il se porte comme à Paris, et n'avait rebroussé chemin & Nîmes que dans l'intention de revenir auprès de moi; mais un jour de réflexion lui a suffi pour sentir qu'il indisposerait justement sa famille en renonçant, si près du but, à un voyage qu'elle désire depuis si longtemps. De Ntmes, il m'avait écrit et donné tous ces détails. Je ne comprends pas que cette lettre ne me soit pas parvenue. Quinze jours d'inquiétudes mortelles ont été pour moi la conséquence de cette perte. M. Comte m'a dit dans la dernière (du l*'} qu'il n'attend que ma réponse pour se mettre en route. Ainsi dans trois semaines ou un mois au plus tard il sera. Dieu merci, de retour. Dans cet état de choses, rien n'annonçant que j'aie besoin de faire ce voyage, je vous prie, monsieur, de recevoir mes remerctments sincères pour les facilités que vous m'avez offertes; ceci m'était personnel, et je vous en sais un gré infini. A l'époque où je me suis adressée à vous, il n'y avait que la certitude de pouvoir aller voir par moi-même ce qui en était qui pût me faire supporter les
1. Mme Auguste Comte avait reçu auparavant une lettre de M. Issalèue qui Tarait tirée d'inquiétude.
inquiétudes de toute nature doDtj^étais assaillie (A.thye, ce
3 août 1627). »
Malgré ce voyage de Montpelli^, M. Comte, qui eut tou* jours la pleine notion de ce qui s'était passé lors de sa maladie, en garda longtemps d'amers ressentiments, ne pardonnant pas la conduite tenue à Tégard de sa femme. Il était devenu examinateur des jeunes gens qui se destinaient à l'École polytechnique, et, sa tournée devant le conduire à Montpellier, il hésita à descendre chez son père (sa mère était morte alors, il s'agit de 1837). Dans cette hésitation, il écrivit à sa femme, le 20 septembre 1837, de Lorient, qui était une des étapes marquées dans sa tournée : « On m'a remis à la poste, en même temps que votre lettre, celle de mon père, que j'attendais en réponse à ma déclara* tion formelle et motivée de ne point descendre chez lui, et de ne pouvoir nftême y dtner. Cette réponse me satisfait très-peu; elle me semble surtout insuffisante en ce que c'est à tous que la déclaration de mon père devait être adressée. Toutefois, avant de lui écrire, je désire savoir expressément votre avis, et c'est pourquoi je vous l'envoie. »
Cette lettre était ainsi conçue :
Montpellier, 12 septembre 1837.
« Je réponds, mon cher ami, à ta lettre du 3. Qu'il te suffise d'avoir la certitude que, si ta femme voyageait avec toi, die serait reçue chez ton père comme elle le fut dans le temps. J'espère, en conséquence, que, d'après cetle assurance, tu descendras directement à la oakaison. Je compte les jours, tant il me tarde de t'embrusen m
Dans l'embarras où son mari se trouvait, Mme Comte, sans aucune intention d'aller à MontpeUîer, mais pour
MALADIE IIENTALB. 139
fadliter les rapports, lui ayait suggéré cette issue : c'était d'annoncer la visite de Mme Comte, pour Tan prochain, en compagnie de son mari. M. Comte avait usé de cet ex- ^ pédient, dont il remercia sa femme très-vivement.
Âogottlême, 30 septembre 1837.
« Quand je ne pourrais vous mander que deux mots, il y en aurait toujours un pour vous exprimer faiblement combien je suis profondément touché de votre exquise générosité en ce qui concerne mon père. Vous avez pu voir par ma lettre de mercredi, à mon arrivée ici, que j'étais quasi décidé, si votre silence eût persisté, à me montrer spontanément beaucoup plus sévère dans une occasion que ma position officielle rendait nécessairement fort éclatante en un tel pays. Je vous remercie extrêmement de Tingéniosité vraiment féminine qui vous a suggéré Theureux expédient par lequel, en sauvant la décence, je puis ne pas me priver de la satisfaction de loger chez mon père, et sans lequel; en effet, j'aurais très-probablement, en vrai mâle, tranché la difficulté par un triste coup d'État, quelque peiné que j'en fusse. Pour perfectionner inamédiatement votre idée, je vais, en vous quittant, annoncer aussitôt trèssérieusement à mon père votre visite officielle de l'année prochaine. Je saurai du moins ainsi à quoi m'en tenir dès mon arrivéç, et, si la réception n'était pas convenable, je sais très-bien le chemin de Thôtel du Midi, le meilleur, sans contredit, de Montpellier* »
Toulouse, 6 octobre 1837.
« J'ai trouvé ici^ à la poste, urne lettre ée mon père, qui, s*iiie|uîétant de n'avoir rien reçu de moi d'AngouIème (il croyait que je lui écrirais à l'arrivée, tandis que, comme vous le savez, je ne l'ai fait qu'au d^rt), a craint que je
ne descendisse à Thôtel du Midi, comme je Ten avais prévenu dans l'origine, et m'a réitéré très-formellement la déclaration que je vous ai envoyée de Lorient. J*ai profité de cette nouvelle occasion pour lui reproduire par ma lettre d*hier, qu'il doit avoir en ce moment entre les mains et qui me précède ainsi de quarante-huit heures, l'annonce très-positive de votre voyage avec moi l'an prochain, en l'invitant à le déclarer déjà à ses amis, en attendant^ lui dis-je, gt*e je le fasse moi-mime^. Je lui ai d'ailleurs rappelé que c'était d'après votre acquiescement formel, fondé sur sa lettre, que je vous avais envoyée, et à votre recommandation (ce qui d'ailleurs est très- vrai), que j'avais fini par changer ainsi ma première détermination. Tout est donc, vous le voyez, bien préparé; et, si les démonstrations sont diplomatiques, du moins on peut compter qu'elles abonderont, et que la décence sera pleinement couverte, grâce à l'heureux biais dont je vous remercie de nouveau. »
Même après la séparation intervenue en 1842 entre Mme Comte et lui, il ne se départit pas de ces sentiments et se souvint des indignités (c'est son motj de 1826 : « .... Le lieu même (Montpellier) où je me trouve en ce moment me rappelle trop les indjgnités auxquelles vous fûtes jadis en butte à mon occasion.... {Lettre à Mme ComUy 11 octobre 1842). »
Ce fut seulement longtemps après qu'écartaqt loin de lui un passé qui ne lui convenait plus, il oublia et son ancienne reconnaissance et ses anciens grie£s.
Cette reconnaissance, il l'inscrivit dans la préface du tome VI du Système de philosophie positive, p. x, où, énonçant qu'une sollicitude trop timide et trop irréfléchie^ mais naturelle en pareils cas, le remit entre les mains d*Esquirol,