M. Cerclet
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diocrité, dans l'esprit du journal, }6 ne courais aucun risque d'être compromis par un caractère rérolutionnaire, aussi éloigné de mes intentions que de Fesprit de mes tra-* Taux. Après avoir ainsi constaté qu'il n*en pouvait résulter pour moi d'autre inconvénient qunine perte de temps pour la grande série de mes travaux , je me suis décidé à y coopérer comme ressource matérielle provisoire. Si vous avez reçu exactement les numéros de ce journal, vous savez déjà que je m'y suis engagé. J'ai essayé de faire ressortir, par une démonstration directe, la loi que j'ai trou* vée dans ma première partie sur la succession des trois méthodes de l'esprit humain. Cette loi que, dans ma première partie, je n'avais pu qu'énoiH^er afin de m'en servir immédiatement, me parait propre à être mise dès aujourd'hui en corrélation, comme une première découverte générale en physique sociale. C'est là le but de trois articles de ce journal, dont vous avez probablement lu le premier. Ces raisonnements sont assurément très-mal encadrés là où ils tombent, on pourrait dire, entre la poire et le fromage. Mais je crois néanmoins que cela pourrait être de quelque utilité , pour appeler directement l'attention sur cette idée première, du moins chez un certain nombre d'esprits réfléchis. Je m'attends d'être tancé par Cousin et par ses élèves du Globe; mais peut-être y aurait-il possibilité quecela donnât lieu à une discussion utile. Vous pouvez être assuré que, si cela se réduit à des personnalités ou à des déclamations, je ne me dérangerai pas d'une ligne pour y répondre; je ne le ferai que si j'y entrevois jour à quelque éclaircissement réel.
« Si j'avais pu ne consulter que ma volonté et mettre de côté toute exigence matérielle, je me serais bien gardé d'écrire dans ce journal d'ici à quelque temps. Car je suis enfin (je puis maintenant vous l'affirmer) au moment d'écrire irrévocablement ma seconde partie, et ces travaux
secondaires me retardent. Afin d'en être dérangé le moins possible, je prends le parti de faire de suite une certaine collection d'articles (qui porteront principalement sur la question du pouvoir spirituel), et qu'on insérera peu à peu pendant deux ou trois mois, que je me suis exclusivement réservés pour écrire ma seconde partie et préparer enfln une publication réelle de mon ouvrage. J'aime mieux me débarrasser tout d'un seul coup du journal pour quelque temps , que d'être continuellement interrompu dans une composition qui demande l'emploi exclusif de toutes mes forces. Nous avons une direction d'esprit si heureusement identique, que je parie que vous pensez comme moi sur la destinée de ce journal. Il a assez de fonds pour se soutenir par Im-méme environ deux ans ; mais je serais bien étrangement surpris si son existence se prolongeait davantage. La nouvelle philosophie n'est certainement pas assez avancée pour comporter encore un journal, qui est la dernière forme de développement. Pour entreprendre l'éducation des masses, il faut sans doute que celle des esprits réfléchis soit d'abord effectuée. L'entreprise me paraît donc radicalement vicieuse aujourd'hui par sa nature; et, sous un rapport du moins, elle tend peut-être davantage à retarder la besogne qu'à l'avancer, puisque la discussion, qui aurait besoin aujourd'hui d'être concentrée dans les têtes fortes, continue par là à être disséminée dans le peuple des parleurs. D'ailleurs, le titre seul du journal prouve une conception manquée; car le mot producUur, qui est maintenant, dans l'acception vulgaire , synonyme d'industriel, ne peut prendre une signification plus étendue sans devenir insignifiant et métaphysique. Si on lui donne la torture pour comprendre, avec les industriels, les savants et les artistes, il est clair qu'au même titre il comprendra tout le monde, gendarmes, légistes et même prêtres. Aussi le conséquent J.-B. Say n'hésite pas à les qualifier tous depro-
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ducteurs immatériels. Vous voyez à quel gâchis mataphy- , sique cela conduit! Pour vous dire à ce sujet toute mon opinion, peut-être y aurait-il possibilité aujourd'hui d'un journal purement pilosophique qu'on pourrait intituler le Positifs et encore je ne réponds nullement de la réalité de cette conjecture. Mais, à coup sûr, il n'y a pas moyen de faire un journal politique industriel qui ait à la fois de l'énergie et le sens commun, puisque la formation corres- . pondante n'est pas à beaucoup près assez mûre et ne le sera peut-être pas avant deux générations au moins. Tout ce qu'on peut tenter jusqu'alors dans ce sens se réduit à de la polémiqué industrielle, puisque les industriels ne seront, d'ici à longtemps, qu'un simple parti d'opposition....
< Vous ne sauriez vous faire d'idée, mon cher ami, combien le commencement d'activité politique que prennent les industriels fait obstacle à la production et à l'intelligence d'idées philosophiques. Il faut être sur les lieux pour le bien sentir. Ces gens-là croient aujourd'hui toucher à la possession exclusive du pouvoir, et ils deviennent impertinents comme des nobles, peut-être même beaucoup plu?» Si on leur laissait leurs coudées franches, ils feraient des savants de purs ingénieurs qu'on mettrait au pain et à Teau toutes les fois qu'ils n'inventeraient pas une pratique nouvelle par semaine. Le point de vue matériel prend de jour en jour une prépondérance effrayante, et je prévois que le pouvoir spirituel aura bien de la peine à s'installer au milieu de gens qui ne conçoivent pas ce qui peut leur manquer quand ils voient la nation boire, manger, se loger et se vêtir mieux que jamais. Je ne vois, comme je vous l'ai déjà dit autrefois, que le développement du système de corruption qui puisse engendrer d'assez graves inconvénients pour faire désirer un remède à l'anarchie morale. Enfin figurez-vous qu'on ne sait pas encore si les savants auront même la moindre influence dans la société corn-
manditaire. Peu s'en faut que ces messieurs ne se croient à eux seuls capables de tout décider, même sans ingénieurs. Mais heureusementque la théologie est là pour nous forcer à des conceptions positives générales, comme seul moyen de la faire déguerpir..,.
c Comte, du Censeur, est de retour depuis peu à Paris, où il va s'établir définitivement; il est revenu de son exil plus encroûté que jamais dans la direction bâtarde de l'économie politique. Il va bientôt faire un livre, tout à fait à l'ordre du jour, pour prouver que toutes les théories qui ne sont pas immédiatement applicables à la pratique industrielle, doivent être sur-le-champ abandonnées. Yoilà un homme conséquent à faire peur! c'est lui qui a écrit dans le temps que, si l'astronomie était vraiment utile, les particuliers sauraient bien la payer, et partant qu'il fallait supprimer l'observatoire.
« Le livre de Dunoyer « qui vient de paraître semble dans une meilleure intention. Je ne le connais encore que par les conversations de l'auteur; mais je crois que, quoique évidemment mal conçu, il peut contribuer très-utilement à l'éducation politique de nos industriels. Il n'est pas trop en avant pour qu'ils ne le goûtent pas; et il est cependant assez dans la vraie direction pour exercer une bonne influence. Les idées positives y percent un peu. Je lui sais bon gré d'avoir senti l'importance politique de la question des races et d'avoir combattu à sa manière la perfectibilité indéfinie. C'est là un progrès très-remarquable dans un métaphysicien. Je l'avais cru jusqu'ici inférieur à Comte, mais maintenant je le place au-dessus....
« Vous apprendrez, j'en suis sûr, avec autant de plaisir que moi, que Blainville vient enfin d'entrer à l'Académie des sciences. Je Tai trouvé enchanté d'un succès qui lui
1 . L'industrie et ]a morale dans leon rapports avec la liberté. Paris, f 83&.
était dû depuis si longtemps et qui lui donne désormais une autorité indispensable à l'influence de ses grandes , innovations en physiologie. Je regarde ce fait comme d'un très-heureux augure pour le perfectionnement du caractère philosophique de notre Académie des sciences. La philosophie positive ne peut qu'y gagner, par l'ascendant que cela donne à celui de tous les savants qui, à ma connaissance, sent le plus fortement la grande destination politique de la science, et qui, en même temps, a dans le caractère le plus d'indépendance réelle. Cuvier a beaucoup contribué à cette nomination, en voulant à tout prix faire nommer son frère. Gomme il a fait de cela une affaire d'Ëtat, en ameutant dans ce sens tous les membres qui dépendent forcément du gouvernement, plusieurs des autres, qui, personnellement, n'aiment pas beaucoup Blainville, lui ont donné leurs voix par esprit d'indépendance.
« On m'a parlé, ces jours-ci, de mon cours à l'Athénée, que l'adminislration me presse de faire cet hiver; mais j'ai prié qu'on me réservât cette faculté pour l'hiver prodiain. Étant au moment d'écrire ma seconde partie, outre mes autres occupations^ je ne puis pas mener de iront une pensée aussi distincte que celle d'un cours , qui a besoin, pour que l'effet n'en soit pas manqué, d'être médité d'une manière spéciale, ce que je ferai expressément quand je serai quitte de mon premier volume. D'ailleurs, la publication de l'ouvrage me semble, pom» l'auditoire , une préparation indispensable, sans laquelle ce cours ne serait jamais convenablement entendu. »
7. Sommaire. Billet de M. Comte à H. Adolphe d'Eichthal, qui recevait de lui des leçons de mathématiques, pour Tinviter au cours qui fut interrompu par la maladie (M. A. d'Eichithal est le frère de M. G. d'Eîchthal). Mercredi 29 mars 1826.
« Je m'empresse de vous prévenir, mon cher monsieur Adolphe, que, quoique n'ayant pas atteint le minimum que
j'avais d'abord fixé pour le nombre de mes souscripteurs, je me suis décidé à ouvrir mon cours de philosophie positive dimanche prochain, 2 avril, à midi. Il se continuera tous les dimanches et mercredis, à la même heure, jusqu'au 1*' juillet, pour être repris ensuite au 1*' novembre jusqu'à la fin. J'espère que j'aurai le plaisir de vous compter définitivement dans l'auditoire.
« Après avoir beaucoup tâtonné , j'ai fini par prendre le parti le plus simple, en me décidant à faire le cours chez moi. »
8. SoMMAiBB : H. Comte constate que sa santé est assez rétablie pour qu'il puisse reprendre Tensemble de ses travaux. Opinion favorable qu'il exprime sur les esprits supérieurs parmi les Anglais. Anecdote qu*il raconte sur des tentatives qu'il fit pour entrer dans l'Université. On parlait alors de former une école induttrielle (projet qui n'eut pas de suite) ; on lui avait proposé d'y faire le cours de mathématiques. Il annonce qu'il est sur le point de reprendre son grand cours de philosophie positive ; il compte commencer le dimanche 21 décembre (il ne commença que le 4 janvier 1829) ; il espère avoir parmi ses auditeurs Humboldt» de Blainville, Fourier, Poinsot, Arago. Û informe M. G. d'Eichthal que, l'inspection du commerce n'ayant pas été fondée, les recommandations importantes qu'il avait trouvées et les espérances qu'il avait conçues sont annulées. Il se raille sans ménagement du projet de fonder une religion, lequel occupait alors les élèves de Saint-SimoQ.— ii M. Guitave d^EiclUhal, à Londres. 9 décembre 1828.
« .... Ainsi que vous l'avez présumé» ma santé, depuis votre départ, n'a pas cessé de se fortifier de plus en plus. Vous la trouverez maintenant excellente, bien meilleure et beaucoup plus ferme qu'elle n'a jamais été avant ma maladie : je me suis déjà assez remis au travail pour m'être suffisamment éprouvé sous le rapport cérébral, et je me trouve parfaitement de cette expérience. Vous me reverrez, à votre retour, en pleine activité de travail.
« Vos observations sur l'Angleterre m'ont vivement intéressé; elles s'accordent parfaitement avec ce que mes propres réflexions m'en avaient déjà appris. Je partage, je
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VOUS Tavoue, votre prédilection pour le caractère de cette nation, observé dans les individus bien organisés et convenablement élevés. J'aime surtout la réserve et la positivité (passez-moi ce néologisme) de leurs esprits supérieurs. Cependant je crois que vous avez dû trouver l'esprit général de ce peuple bien arriéré sous le rapport théorique et singulièrement porté à ne tout considérer que sous le point de vue de l'utilité immédiate et grossière. Vous, surtout, qui connaissez l'Allemagne, avez dû être frappé de cette grave imperfection. Il me semble que notre esprit français, dans son état actuel , et considéré chez les hommes supérieurs, réunit véritablement les deux grandes qualités opposées de ces deux esprits du Nord, ou du moins qu'il est éminemment apte à en réaliser la combinaison.
< Ayant beaucoup de choses à vous dire qui me sont personnelles, vous ne trouverez pas mauvais que, pour cette fois, je me dispense de vous présenter sur l'état de notre pays des observations que votre prochain retour rendrait peu importantes, d'autant plus que je ne pourrais ébaucher que bien imparfaitement dans une lettre ce que j'ai à vous dire à ce sujet.
« Je commencerai par vous rapporter un fait à la fois personnel et d'intérêt public. Je m'étais enfin décidé, cet automne, sur les instances de tous mes amis, et particulièrement les vôtres, si vous vous en souvenez, à tenter de m'introduire dans l'Université, c'est-à-dire à me présenter au concours pour l'agrégation qui a eu lieu au commencement d'octobre. Après avoir rempli les différentes formalités exigées, au moins celles qui m'avaient été indi^juées officiellement, sauf la momerie religieuse, dont on m'avait déclaré que, cette année, il était. possible de se dispenser, j'attendais patiemment le moment du concours. Heureusement il ne valait pas la peine que je perdisse du temps à m*y préparer. Au moment de concourir, je reçois une
lettre du Conseil d'instruction publique qui m'avertit que le concours m'est interdit, faute par moi de remplir la condition imposée par Tarrêté du 1* décembre 1827. Vous sentez que je tombais des nues; je ne savais de quoi il s'agissait. Cependant je réclame dans ce vague, je demande au ministre Yatimesnil une explication et une audience particulière. Elle m'est, il est vrai, accordée immédiatement, mais voici ce que j'y apprends : La belle condition qu'on avait en vue, et dont certes je ne pouvais me douter, c'est que dorénavant nul ne peut se présenter au concours pour l'agrégation sans avoir été trois ans maître dCétude dans un collège royal. Vous sentez que je n'en ai pas demandé davantage et que je n'ai pas manifesté la moindre envie de remplir dans l'avenir cette singulière obligation. C'est une mesure dictée par Prayssinous expirant à M. de Vatimesnil, qui n'a pas répudié la succession, et qui, à cheval sur l'ordre légal, en poursuit rigoureusement l'exécution, du moins à mon égard. Vainement ai-je essayé de lui en faire sentir Tabsurdité, en lui montrant que, recruté dans une telle pépinière , le corps des professeurs offrirait dans dix ans une singulière composition; il m'a répondu, et je vous répète textuellement ces paroles caractéristiques: « Nous ne « tenons pas à avoir les premiers sujets dans l'Université. » Bref, j'ai été débouté. Vous concevez, vous qui me connaissez, qu'au fond j'en suis fort aise. Je suis charmé, sans que mes amis aient rien à me reprocher du côté de la prudence, de ne pas me trouver étouffé dans cette sotte corporation pourrie, qui ne saurait éviter de tomber lourdement dans quelques années. Je vous conterai l'anecdote avec plus de détail à votre retour ; elle vaut la peine d'être connue.
« Quelque temps après cet heureux échec , une autre affaire s'est présentée, de nature à introduire enfin, et peut-être prochainement, un changement avantageux dans ma situation. On s'occupe actuellement à organiser à Paris,
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en dehors de rUoiversité, une école ifidustrielle pour l'éducation des classes supérieures de Tiadustrie. Le cours de mathématiques, dans cette université libre, m'a été proposé, et j'ai accepté. Sous le rapport matériel, la place sera avanti^ieuse, si, comme il est probable, l'établissement prospère. En tout cas, je trouve ce qui m'a toujours man* que jusqu'à ce jour : une base fixe d'existence obtenue par un moyen satisfaisant. Nous comptons pouvoir ouvrir l'école au P' janvier, et avec quelque succès. Gomme cet établissement répond à un besoin réel, et qui commence à être bien senti, je ne doute pas qu'avec de la persévérance nous ne finissions par réussir. Le gouvernement a accordé sans façon Tautorisation nécessaire, et il a même poussé la courtoisie jusqu'à nous accorder un local pro« visoire à la Sorbonne. Les élèves seront externes, mais resteront à travailler dans l'école depuis dix heures du matin jusqu'à cinq heures du soir. L'enseignement n'est pas aussi élevé que je l'aurais voulu, même pour un tel établissement; mais le besoin de ménager les préjugés des parents oblige à se restreindre d'abord dans des limites assez étroites, que j'espère bien reculer successivement en quelques années jusqu'au point convenable. L'idée mère est bonne et utile, c'est essentiel; les perfectionnements désirables arriveront plus tard.
« Enfin, pour terminer le récit sommaire de ce qui me concerne, il me reste à vous apprendre que je suis sur le point de reprendre mon grand cours de philosophie positive. Je vous envoie deux copies du programme général. J'espère que, si je suis obligé de commencer sans vous, j'aurai le plaisir de vous avoir tous deux après quelques premières séances. Mon cours est tout préparé; mais je ne puis commencer qu'après être parvenu à réunir le minimum de dix souscripteurs que je me suis fixé pour débuter. J'espère que cette condition sera très-incessamment rem-
plie, car elle Test en grande partie. Quant aux auditeurs bénévoles, ils ne manqueront pas. Outre Humboldt, qui sera probablement de retour un de ces jours, je puis compter sur MH. de Blainville, Fourier, Poinsot, Ara^o, etc., qui m'ont promis d'être assidus. Je crois pouvoir commencer le dimanche 21 de ce mois, pour dernier délai. Malheureusement, plusieurs de mes anciens souscripteurs ne sont pas disponibles, et j'ai été obligé de recomposer Tauditoire presque en entier. M. de Montebello, comme vous savez, est aux États-Unis; le général Maransin est mort; Gamot va partir pour l'Allemagne.
« Je m'aperçois que j'allais terminer ma lettre sans vous dire un seul mot de l'affaire que je poursuivais, au moment de votre départ, pour être nommé inspecteur du commerce. Vous avez probablement appris par la voie des journaux que cette institution n'a point été fondée, la Chambre ayant refusé de consentir à l'allocation demandée à cet effet. Ainsi mes espérances ont été déçues. C'est grand dommage; car j'étais presque certain du succès, le ministre m'ayant formellement promis une des places projetées. J'avais présenté pour cela une pétition apostillée de la manière la plus positive et la plus péremptoire par le nombre de signatures importantes, comme Ternaux, de Laborde, Tbénard» Arago, Gh. Dupin, Fourier, Chaptal, Poinsot, etc. Il est probable néanmoins qu'à la prochaine session la Chambre prendra une décision plus favorable; c'est du moins ce qu'on pense généralement au ministère du commerce et en dehors. Si cela est, mes espérances ne seraient donc qu'ajournées. J'aurai à voir, le cas échéant, s'il me convient encore de prendre ce parti.
« Pour ne pas vous sevrer entièrement de nouvelles générales, je vous annonce, ce que vous savez peut-être déjà par Rodrigues, que le Producteur va reparaître au I'' janvier. Heureusement, ces messieurs ne m'ont pas appelé à
leurs conciliabules; de sorte que je puis m'abstenir de toute participation directe ou indirecte, et que je conserve à leur égard une entière indépendance et tout mon franc parler. ren suis fort aise, car ils ne vont pas tarder k s'éteindre dans le ridicule et la déconsidération. Imaginez-vous que leors têtes se sont peu à peu exaltées, à ce point qu'il ne s'agit de rien moins que d'une véritable religion nouvelle, d'une sorte d'incarnation de la Divinité en Saint-Simon. Enfin, il ne reste plus qu'à dire la nouvelle messe, et cela ne tardera pas, au train que prennent les choses. C'est là l'objet essentiel et même exclusif de leurs travaux actuels, et le but du nouveau Producteur. Voilà oii les conduit le sentimentalisme. Tons pouvez juger par là du ravage que font les spéculations générales dans les cerveaux qui ne * sont pas assez énergiques pour supporter un tel régime, i
9. SonuiBS : M. G. d'Eichthal s'éUnt séparé de M. Comte pour se joindre aui Saiot-SimoDiens , M. Comte, se défendant de les juger sans les connaître, dit que leur doctrine est une mauvaise transformation de ses propres conceptions mêlées aux conceptions hétérogènes de Saint-Simon. Suivant lui, le retour à la théologie, chez des gens qui en étaient d'abord tout k fait sortis, est un signe de décadence intellectuelle ; il trace d'une manière expressive les phases de ce retour, —ii If. Gustave (tEichthal, à Pans, 11 décembre 1829.
« .... Il faut que ces messieurs (les saints-simoniens religieux) se soient singulièrement emparés de votre esprit, pour que vous commenciez par me faire le reproche de les juger sans les connaître. Comment avez-vous pu écrire cela, quand vous savez fort bien que je les ai vus nattre, si je ne les ai formés (ce dont je serais du reste fort loin de me glorifier)? Quoique vous ne connaissiez pas bien tout ce qui s'est passé entre nous, vous en savez pourtant assez pour élre convaincu, si vous prenez la peine d'y réfléchir librement, que les prétendues pensées de ces messieurs ne sont autre chose qu'une dérivation ou plutôt une mauvaise
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transformation de conceptions que j*ai présentées, et qu'ils ont gâtées en y mettant les conceptions hétérogènes dues à M. de Saint-Simon^ le tout élaboré ensuite par des esprits incapables de saisir et de suirre convenablement des idées générales, et surtout fort mal préparés à des traraux dont ils fioat loin de soupçonner même les véritables conditions préliminaires.... Le retourà la théologie, de la part de g^s qui en étaient d'abord tout à fait sortis, est pour moi aiyourd'hui un signe irrécusable de médiocrité intellectuelle et peut-être même de manque de véritable énergie morale....
t( Lorsqu'un esprit, déjà parvenu à l'état positif, retombe en enfonce et revient, par une véritable indisposition men* taie, à l'état théologîque, ce n'est pas de prime abord et de plein saut qu'il se rembourbe dans l'ornière, n se tient ordinairement, pendant un certain temps, dans ce panthéisme vague que je vois indiqué dans votre lettre et qui se rencontre constamment dans tous les cas pareils. Mais, si la maladie persiste, cet état ne saurait se prolonger, et l'esprit retombe involontairement dans la théologie ordinaire, la seule solide et conséquente, parce qu'elle a été construite par des esprits d'une tout autre trempe.... Je suis donc convaincu, ou que, l'excellence de votre organisation cérébrale l'emportant sur l'influence délétère de votre coterie, vous reviendrez à l'état positif (ce que je me plais à espérer pour un ou deux ans d'ici, au plus tard), ou que vous retomberez tout entier dans le catholicisme. Dans l'un ou l'autre cas, la discussion sera plus nette. »