‹ Auguste Comte et la philosophie positiveChapitre 27 sur 68 · M. Poinsot · texte numérisé non relu

M. Poinsot

les divers préjugés inhérents à chaque spécialité, et dont les autres académiciens doivent spontanément être mieux préservés. C'est donc sur leur haute raison que }e compte le plus ici pour rappeler convenablement l'harmonie rationnelle qui doit exister entre les fonctions à remplir et les conditions les plys proj^res à leur accomplissement. On doit, sans doute, toujours désirer, surtout en un cas aussi capital, que le talent didactique ne soit pas, s'il est possible, séparé d*une vraie capacité d'invention ; mais, sous ce dénier aspect, il est évident que ks màmoireî ne constituent point la seule garantie décisive. Tous ceux qui, même sans adopter mes prindpes, auront impartialement apprécié mes travaux, me rendront, je l'espère, la justice de r>econnaltre que la non-production de mémoires académiques ne tient nullement chez moi à la stérilité d'invention, mais à la direction inusitée que ma vocation caractéristique a dû imprimer à l'ensemble de mes propi^s recherches, dont les principaux résultats, quoique dune autre nature, ne sont certainement, j'ose le dire, abstraction faite de leur réalité, ni moins originaux, ni moins difBeiles, ni moins importants, que ceux qui se rattachent à la marche la plus suivie depuis deux siècles. Si, à raison même de s<nei caractère, et surtout de sa nouveauté, ma direction philosophique m'interdit inévitablement presque toute participation aux divers encouragements, utiles ou honorifiques, que l'organisation actuelle prodigue très-justement aux recherches purement scientifiques, faut-il aussi me voir enlever, par suite de cette position exceptionnelle, jusqu'aux attributions qu'une telle vie intellectuelle doit me rendre plus spécialement apte à remplir? Personne n'oserait l'admettre, à moins d^ regarder la philosophie des sciences comoae ne méritant, de la part des savants, aucune sorte d'encouragement quelconque et comme en devant être, au contraire, systématiquement repoussée ; ce qui certes n'est nullement

POSITION MATÉBIELLE. 247

riatentioD de rÂcadéimie» qui, eu conséquence, eiopéchera» je l'espère, que le principe de la spécialité » abusivement détourné, à mon préjudice, de sa vraie destination rationnelle, ne soit ici érigé en maxime directement opposée au principe universel de l'aptitude, dont il ne doit évidemment constituer qu'un simple cas particulier, par la subordination constante du moyen au but.

c Je ne crois pas, en terminant, devoir excuser auprès de l'Académie retendue inusitée de la discussion que je vi^os d'ébaucher, sauf le regret que j'éprouve de o'avoir pu l'iudiquer sans confusion en termes plus concis. fiar« des réflexions directement 4eBtiné^s à perfectionner, m pi^t de tous, une des plus importantes attributions actuelles 4e l'Académie, ont toutautauft de droits, sans doute, à sa scrupuleuse sollicitude que les communications jourualièriei^ qu'elle reçoit sur des points particuliers de doctrine. Le périlleux honneur d'avoir cette fois pour concurrent ujq académicien ', me fait d'ailleurs espérer que ma respectueuse remontrance .obtiendra aujourd'hui un surcroit spécial d'attention et même d*intérât ; die manière à prévenir ou à dissiper des inquiétudes trop conformes à l'esprit crijtique de notre temps paur devoir être entièrement dédaignées. An reste, quel que doive être le sort réel de cette nouvelle candidature, je dois ici déclarer finalement que je ne renoncerai jamais à une chaire q^, depuis vingt-quatre an^, fut, à mes yeux, un but constant .d'efforts journaliers; l'expérience ayant désormais pleioemœt motivé jcette juste obstination, en démontrant d'une manière irrécusable que mon aptitude effective correspond sul^fisamment à cette légitime ambition (Paris, 27 juillet 1840). »

Cette lettre ne fut pas accueillie par l'Académie. M. Comte, en l'imprimant; y joignit quelques roots où il se plaint du

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