H. Comte parle ici de son livre sur la géométrie
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complète ; m» par exemple, vqui iive^ le loisir de lire ce voluin« ea dpuze heures» aisémeot réparties eo deux jours de repos, vous y trouyerez alors, j'espère, un sentiment uniforme et progressif, tantôt explicite, plus souvent implicite, de l'harmonie élémentaire entre le concret et l'abstrait, qui fait tout le fond essentiel de l'esprit mathématique, si rare chez nos géomètres. Quant aux innovations plus déterminées, vous n'y devez remarquer que la conception et l'ébauche de ce que j'ai nommé la géanûtrit eomparéef nouvel aspect fondamental de l'ensemble de la géométrie, essentiellement inaperçu par nos automates algébriques, et qui devait succéder à la géométrie générale constituée depuis Descartes. Ce siyet devient surtout direct dans la dernière partie du volume, où vous verrez que j'û à dessein formellement attribué k Mongpe fort au delà de ce qui lui revient dans cette création, qui chez lui n'était nullement systématique, quoique l'idée mère lui en soit réellement due, au moins instinctivement; j'ai pris cette forme pour désarmer autant que possible les basses jalousies mathématiques dont je suis entouré, afin de faciliter, d'après cette autorité respectable et respectée, l'adoption de vues qu'on aurait peut-être repoussées chez moi. Mais je ne doute pas que les bons esprits ne reconnaissent aisément à cet égard l'influence caractéristique de ma propre philosophie générale. Le succès immédiat de ce petit travail s'annonce très-favorablement ; j'espère qu'il pourra contribuer à jeter des germes philosophiques en quelques jeunes intelligences qui se seraient autrement fourvoyées. Toutefois, pour ne pas concevoir aussi une opinion trop favorable de notre jeunesse et surtout de ses maîtres, il f^^^ noter que ma position officielle influe beaucoup sur cette rapide propagation, par l'espoir de trouver, dans cette lecture, les moyens de réussir dans les examens que je ferai subir en juillet, liais, quelque soit le motif} l'^f^^^
n'en est pits moins produit, et le contact plus spécial» plus intime, plus élémentaire que je contracte désormais avec la jeunesse positive rattache cette petite publication k ma grande opération philosophique j dont le progrès m'occupera toujours» sous quelque forme que j'y puisse participer, c Je vous remercie infiniment de votre franche et judicieuse consultation au sujet de mon projet d'appréciation spéciale de la philosophie allemande. Votre sage opinion achève de me décider à ne donner aucune suite à ma première intention à ce si^jet, quoique je l'aie publiquement annoncée. Sans doute, je n'avais jamais espéré que cette lecture formelle pût réellement m'apprendre rien de quelque importance ; il y a de longues années que de tels contacts ne peuvent plus avoir pour moi aucune haute utilité philosophique. J'avais seulement Tiotention d'y puiser des moyens spéciaux de faciliter aux Allemands l'adoption de ma propre philosophie, que je ne suis d'ailleurs nullement disposé à modifler pour eux, dans l'état de pleine maturité qu'elle a enfin atteint, irrévocablement. Mais, poussé par vos sages conseils à y réfléchir davantage, j'ai senti finalement que ce n'est point à moi qu'il ^appartient de réaliser ce que renferme d'utile mon premier projet. Gela doit être l'affaire de quelque penseur allemand, qui s'en acquittera d'ailleurs naturellement beaucoup mieux que je ne pourrais le faire, comme devant plus nettement sentir ^ quoi consiste un tel office de transition Or, l'action spontanée de mon ouvrage en Allemagne y déterminera probablement, sans que je m'en mêle aucunement, une telle opération, pour laquelle j'aurai peut-être le bonheur d'y trouver des appréciateurs plus éminents et surtout plus consciencieux que ne l'a été envers le kantisme notre spiri^ tuel sophiste Cousin. Me voilà donc, en toute sûreté de conscience philosophique, dispensé d'une lourde et fastidieuse lecture, qui^ en efifet, né méritait pas de troiabler
la salutaire économie de mon hygiène cérébrale. Néanmoins je ne renonce point, suivant votre bon avis, à l'étude de la langue allemande, qui seulement ainsi me devient moins pressante ; je m'y déciderai pourtant bientôt pour compléter mon système personnel d'appréciation générale de notre littérature occidentale, dont cet élément est maintenant le seul qui me manque essentiellement. Mais je m'y bornerai à la lecture de Goethe, qui me semble le seul génie esthétique vraiment créateur. Le fameux Schiller ne m'a jamais paru, d'après les traductions, qu*une sorte de gauche imitateur du grand Shakspeare, bien plutôt qu'un vrai poète; sa niaise sentimentalité métaphysique, réchauffée par l'influence de Rousseau, m'est d'ailleurs insupportable. « A propos de ce précieux conseil, je me félicite que cette demande vous ait donné lieu de me développer votre opinion générale sur l'action mentale de la philosophie allemande dans votre milieu anglais et particulièrement dans votre évolution personnelle. Rien ne me paraît plus sage et plus exact que .votre double appréciation à cet égard. Je ne suis nullement surpris de l'utile influence provisoire que ce système spéculatif a dû exercer jusqu'à ce jour chez votre public et auparavant chez vous-même. Le positivisme véritable n'a pu cheminer encore qu'entre deux écueils également désastreux, l'empirisme et le mysticisme, qui, i défaut d'une meilleure discipline, se servent mutuellement de correctif imparfait. En remontant, sous ce rapport, dans le souvenir de ma propre évolution, je vois que la doctrine de Gall a rempli chez moi, à certains égards, l'ofiice que développe maintenant en Angleterre le kantisme, au moins quant à la critique irrévocable de notre école négative. J'ai observé ici la même marche essentielle chez quelques esprits avancés ; tout ce qu'il y a de vraiment solide chez les Allemands sur l'insuffisance et la superficialité radicales de l'école française se retrouve, en effet, sous
de bien meilleures formes dans la conception phrénologique, bien mieux adaptée à notre génie national. Quant au sentiment scientifique des lois sociales, je ne sache pas que la philosophie allemande ait réellement contribué, soit directement, soit indirectement, à le développer jamais chez moi ; mais je sais que son action n'a pas été inutile, même à cet égard, chez beaucoup d'autres penseurs français, quoiqu'elle fût bien plus nécessaire en Angleterre. Je suis d'ailleurs charmé que votre ouvrage soit essentiellement dirigé contre la prépondérance sociale, désormais essentiellement rétrograde^ d'une telle philosophie, surtout chez le public anglais. Sous ses diverses formes principales, la moderne métaphysique, soit ouvertement critique, soit à prétentions organiques, constitue réellement le seul système mental contre lequel nousayons aujourd'hui besoin de lutter directement. L'esprit théologique est trop déchu ou trop neutralisé pour être encore vraiment dangereux dans aucune partie de notre occident européen ; c'est partout l'esprit métaphysique qui constitue désormais le seul antagoniste que le positivisme doive avoir sérieusement en vue ; lui seul prolonge désormais l'influence, impuissante pour rien fonder, mais trop efficace pour entraver, du génie religieux qui s'éteindrait spontanément sans un tel remaniement. ... »
9. Sommaire : Lettre du 16 mai 1843, Paris.^ M. Comte a reçu l'ouvrage de M. Mill sur la Logique; il le remercie de tous les témoignages qui lui sont rendus dans ce livre , et de la ferme adhésion quMl y trouve à la méthode positive. Cette lettre renferme aussi quelques détails qui montrent comment il s'est fait que MM. G rote et Molesworth aient pris intérêt à M. Comte.
< .... Après cette longue mais indispensable digression personnelle à laquelle vous deviez être peu préparé', j'ar-
1. Il s'agit des événements racontés dans le chapitre neuvième, p. 334.
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rive enfin heureusement à ce qui devait être d'abord lesDJet presque unique de cette lettre, Tinripression profondément satisfaisante que m'a graduellement produite Tensemble de votre important ouvrage, que j'ai mûrement goûté entre deux orages, dont il m'a doucement distrait. Ma désuétude presque totale de la langue anglaise pendant ces trois dernières années , où je ne me suis guère occupé que de lectures italiennes ou espagnoles, m'a un peu gêné pour les cinquante premières pages; néanmoins mes souvenirs de la première langue vivante que j'ai apprise il y a plus de vingtcinq ans , n'ont pas tardé à me tendre cette lecture aussi facile qu'iutéressante. Il n*est pas en mon pouvoir, je le sens, de vous remercier dignement, du moins aujourd'hui, de votre généreuse sollicitude à me rendre, en toute occasion , l'éclatante justice philosophique que vous avez cru m'étre due^ Cette puissante appréciation, la première récompense de mon travail et la plus décisive de toutes celles que je puis désormais espérer , nâ'a laissé une intime impression de reconnaissance qui ne finira qu'avec ma vie; car je ne puis douter que, tout en utilisant mes travaux, rien ne vous obligeait certes à cette noble et ardente manifestation, qui peut-être ne sera pas sans danger pour vous, malgré la nature de votre position. Un tel sentiment m*aurait rendu bien amère la nécessité philosophique de vous signaler convenablement ma franche appréciation, si elle avait dû vous être aucunement défavorable. Mais j'éprouve, au contraire, une bien pure satisfaction en vous annonçant combien je me félicite aujourd'hui de vous avoir conseillé de ne pas renoncer à cette éminente compositiwi; dont votre rare et excessive modestie vous a un moment conduit à écarter la publication comme trop peu en har' roonie avec l'état final atteint aigourd'hui par votre intelli*