‹ Auguste Comte et la philosophie positiveChapitre 4 sur 68 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

eu lieu au sujet de M. Comte, ceux qui ne veulent pas aller au fond des questions philosophiques , ou qui les résolvent conformément à une philosophie toute difTérente , se sont uniquement attaqués à ces conséquences que je conteste moi aussi, et, groupant avec une facile adresse ce qu'elles contiennent de plus étrange, ils ont dit au public : « Jugez de Tarbre par les fruits, de la doctrine par les résultats, et ne prenez pas la peine de remonter à des principes si clairement condamnés par leurs conséquences. » Tant que le débat est circonscrit en dételles limites, la réponse n'est pas facile; et la philosophie positive paraît chargée, puisque cestM. Comte lui-même qui Tena chargée , de la responsabilité de conceptions que rejette la raison commune. Mais il ne faut pas laisser plus longtemps son triomphe prétendu à cette argumentation ; elle repose sur une supposition qui est fausse, à savoir, que les doctrines de la politique positive soient la déduction effective de la, philosophie pontive. Ces doctrines, loin d'en être déduites, la contredisent souvent; et il est possible d'éliminer ce qu'elles contiennent d'erroné sans porter la moindre atteinte aux fondements. Non qu'à mon avis le succès de la philosophie positive ne souffre pas de la confusion ainsi produite, et que les progrès naturels n'en aient pas été diminués par le partage entre deux directions dont la contradiction implicite, saisie avidement par le vulgaire des raisonneurs, pèse gravement sur les intelligences les mieux disposées au régime positif.

PRËFÂGB. m

En tout cas, quand cette contradiction est dissipée, on voit qu'elle est un malheur d'un grand esprit, mais non le malheur de la doctrine.

En écrivant la biographie de M. Comte, j'ai été nécessairement conduit à rechercher l'historique de la philosophie positive^ c'est-à-dire par quelles racines elle tient au passé qui Ta précédée immédiatement. Cette histoire n a jamais été faite ; les débats se sont toujours arrêtés à Saint-Simon. Or, après mes investigations, il sera certain qu'il faut remonter plus haut^ et (pie, du moins pour les théories histo* riques^ portion essentielle de la philosophie positive^ M. Comte a pour prédécesseurs deux des plus éminents esprits et des plus profonds penseurs du dixhuitième siècle, Turgot et Eant. Avoir été ainsi précédé ne diminue rien de la gloire de celui qui fut le fondateur définitif, et ajoute grandement à la solidité de la doctrine fondée. Toute doctrine digne de s'emparer de lavenir est filiation. La conception germait chez les hommes qui, philosophiquement, étaient le plus en avance sur leur époque , et elle parvint à pleine maturité dans l'esprit de M. Comte, qui, comme eux, devançait son époque; seulement chez lui, par le progrès de toute chose, elle était montée à un niveau supérieur ; c*est pourquoi eux furent des précurseurs , et lui fut le créateur et le maître de la doctrine.

Un novateur n'a rien à espérer, en thèse générale, de la société au milieu de laquelle et pour laquelle il

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