CHAPITRE II
De la méthode subjective suivie par M. Comte dans son traité de Politique positive.
Dans les premiers chapitres qui vont suivre, je combats quelques points essentiels sur lesquels M. Comte a fondé son traité de la Politique positive. Cette critique rigoureuse, à mon grand regret, n'est point un triomptie d'argumentation que je poursuis. Après la discussion , j'essayerai d'expliquer les déviations ainsi critiquées; elles sont toutes postérieures à 1845; et en 1845 il y eut pour H. Comte une crise philosophique dans laquelle on voit comment il changea son point de départ et crut pouvoir franchir les échelons et devancer les temps. Mais cette explication ne peut précéder la discussion.
Ceci posé, je viens à mon objet ; et d'abord je rappellerai un petit fait qui me concerne. Avant que la Politique positive fût imprimée, M. Comte en lut les premiers chapitres à la Société positiviste, dont je faisais partie, et j'assistai à cette lecture. M. Comte commença par nous recommander de nous abstenir de toute observation, attendu qu'il n'en voulait écouter ni admettre aucune, puis il se mit à lire. J'écoutai avec une avide attention. Depuis longtemps j'entendais parler de cette œuvre ; je savais que M. Comte y attachait une importance capitale; elle arrivait peu après le tourbillon de 1848 et dans les menaces diverses qui suivirent; elle s'annongait^comme décisive à la fois sur le
présent et sur Tavenir. Jamais auditeur ne fut mieux préparé ; évidemment j'attendais pour la politique quelque chose d'aussi neuf et d'aussi lumineux que l'avait été pour moi, dix ans auparavant, la philosophie positive ; quelque chose qui, des principes nouveaux désormais admis, comme point de départ, tirât les conséquences encore voilées d'une ombre épaisse; quelque chose qui, par un enchaînement irrésistible , captivât mon intelligence et contraignit mon assentiment. Rien de tout cela ne résulta pour moi de cette lecture; après l'avoir entendue, je restai froid; aucune lumière ne se fit dans mon esprit; des paroles avaient frappé mon oreille, mais l'évidence ne les avait pas suivies : je ne saisissais pas le passage des principes aux conséquences ; et, ainsi données, les conséquences ne me semblaient plus que venir à Fimproviste. Toutefois, tel était l'ascendant que M. Comte exerçait sur moi, qu'en cette occurrence je n'accusai ni lui ni son nouvel ouvrage ; c'est à moi que je m'en pris. Je supposai que de telles théories étaient trop abstraites et trop difficiles pour être saisies à la simple audition. J'acceptai provisoirement mon incapacité; je suivis, dans la presse des circonstances, les solutions qui m'étaient offertes, non sans quelque soupçon, qu'une lecture attentive, quand les volumes auraient paru, pourrait modifier l'assentiment que j'avais donné.
Cette lecture, je la fis en effet plus tard; cette lecture, je viens de nouveau de la faire ; et maintenant une mûre méditation m'a persuadé que mon assentiment provisoire devait être retiré, et qu'il y avait faute contre la méthode.
Ce n'est pas sans intention que je prononce ici le nom de méthode et que je l'invoque. En effet, la. méthode sera nécessairement l'arbitre souverain entre M. Comte et moi. Lui-même l'a prise par avance pour juge dans ce bon passage qu'on ne saurait trop méditer : < Quelque profonde conviction qui me lie à ma manière d'accomplir cette
grande tâche philosophique (l'établissement de l'évolution sociologique de l'histoire), je tiens infiniment à séparer ce principe capital (la méthode), qui me paraît déjà suffisamment irrécusable, d'avec le mode effectif de réalisation que je vais tenter dans ce volume, afin que, lors même qu'une telle tentative serait finalement condamnée, la raison publique n'en tirât aucune induction défavorable contre une méthode seule susceptible d'opérer tôt ou tard le salut intellectuel de la société, et se bornât seulement à prescrire à de plus heureux successeurs des essais plus efQcaces dans la même direction. En tous genres^ et surtout en ce cas^ la méthode est encore plus importante que la doctrine elle-même {Philosophie positive^ t-IV, p. 176). »
Ce que je n'hésitai pas à dire, il y a peu d'années, quand je me déclarai disciple de M. Comte, je n'hésite pas à le répéter ici : sans lui, la dernière partie de ma vie n'aurait pas été ce qu'elle est. Je ne nie pas qu'il m'ait entraîné dans quelques erreurs que je suis moralement obligé de confesser en m'accusant ou de trop de précipitation, ou de trop de docilité, ou de peu de clairvoyance. Mais je n'en tiens guère de compte au prix des vives lumières dont je lui suis redevable. Si l'enseignement que j'ai reçu de ses ouvrages m'eût fait défaut, je serais resté, suivant la nature de mon esprit et de mes études, dans la condition négative, ayant reconnu d'une part, après des efforts souvent recommencés, que je ne pouvais accepter aucune philosophie théologique ou métaphysique, et d'une autre part ayant reconnu également que je ne pouvais, par mes propres forces, monter à un point de vue universel qui me tînt lieu de métaphysique ou de théologie. Ce point de vue, M. Comte me l'a donné. Ma situation mentale en fut profondément modifiée; mon esprit devint tranquille, et la sérénité fut trouvée. Même mes travaux les plus spéciaux en subirent l'influence. Aussi ma gratitude est sincère et durable.
M. Comte, en fondant la philosophie positive, en étendant la méthode positive à l'ensemble de la oonnaissanoe humaine, a mis, dans le domaine public, un instrument puissant dont il est le créateur sans doute, mais qui ne lui appartient plus exclusivement. Cette méthode le domine aussi bien que tout autre, et lui-même, à son tour, il en est, comme un de nous, le justiciable. Nous ne la récusons pas, nous qui l'avons reçue et acceptée ; il ne peut pas la récuser, lui dont elle est la grande découverte . Quand Newton et Leibnilz eurent institué le calcul diiTérentiel, ils devinrent aussitôt siyets de ce calcul, et ils n'eurent plus audessus de ceux qui l'avaient appris d'eux que la gloire de l'invention ; tout le reste fut dès lor$ dévolu à la discussim et au développement. De même ici la méthode positive est un juge impersonnel destiné à prononcer sur tout ce qui s'est fait par le maître, sur tout ce qui se fera par les disciples.
Interrogeons donc ce juge sur le livre qui nous occupe ici, la Politique positive. A peine l'a-t^on ouvert, qu'il se montre tout entier régi par la méthode subjective (yeiphquerai tout à l'heure ce qu*est la méthode subjective). Les expressions de M. Comte sont aussi explicites qu'il est possible : c II faut revenir, dit-il, sur l'exclusion provisoire de la méthode subjective par l'élaboration scientiûque. Car c^tte marche possède, en elle-même, d'immuables propriétés qui peuvent seules compenser les incopvénients du mode objectif. Notre constitution logique ne saurait êtrç empiète et durable que d'après une intime combinaison des deux méthodes. Le passé ne nous autorise nullement à les regarder comme radicalement inconciliables, pourvu que toutes deux soient systématiquement régénérées, suivant leur commune destination, à la fois mentale et sociale. Il serait tout aussi empirique d'attribuer à la théologie un privilège exclusif envers la méthode subjective que
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d'y voir la ^euld source de l'aptitude vraiment religieuse. Si désormais h sociQlogie #'est pleinement emparée de ce dernier attribut, eUe peut également 9'approprier l'autre, d'après leur intime connezité. Pour cela, il suiBt que la méthode subjective, renonçant à la vaine recherche des causes, tende directement, comme la méthode objective, vers la seule découverte des lois, afin d*améliorer notre condition et notre nature. En un mot, il faut qu'elle devienne sociologique, au lieu de rester théologique. Or, cette transformation finale, auparavant impossible, résulte spontanément de la récente extension des théories positives à l'évolution fondamentale de l'humanité {Politique positive^ 1. 1, p. 455). »
Ainsi il est bien établi par les propres paroles de M. Comte que, tandis que la méthode objective a présidé à l'élaboration de son premier grand ouvrage, le Systkne de philosophie positivôy c'est la méthode subjective qui préside à l'élaboration de son second grand ouvrage, la Politique positive.
Maintenant, si Ton cherche pour quelle raison il a substitué une méthode à l'autre, on n'en trouve qu'une seule que voici dans les propres termes de M. Comte : < La fondation de la sociologie permet à la méthode subjective d'acquérir enfin la positivité qui lui manquait, en nous plaçant irrévocablement au point de vue pleinement universel {Politique positive^ 1. 1, p. 446). > Cette raison se trouve en divers autres endroits explicitement ou implicitement.
Il importe de bien comprendre la question telle que M. Comte la pose et telle que je l'accepte sans aucune diffi« cuité. Placé au point de vue universel, on en part comme d'un principe fécond d'où l'on tire, par voie de conséquence et d'enchaînement, les particularités et les applicationsu C'est le cas bien connu de la mathématique, et, dans l'astronomie, du principe de gravitation devenu le point de
vue universel dont tous les faits particuliers de la mécanique céleste sont dépendants. Or, cela est non pas la méthode subjective, mais la méthode déductive.
Maintenant il y a lieu d^examiner s'il est loisible, comme a fait M. Comte, de les confondre, et de dire que, quand on suit la méthode déductive, on suit la méthode subjective.
Quelle est la distinction des deux méthodes? Elles diffèrent radicalement, et cela est facile à faire voir. Elles n'ont de coïncidant qu'un seul côté, c'est de procéder par voie de conséquence et d'enchatnement ; mais ni le point de départ ni le système des conséquences et de Tenchalnement n'est le même. Dans la méthode subjective, le point de départ est une conception de l'esprit, qui pose, à priariy comme on dit, un certain principe métaphysique d'où il déduit ; dans la méthode déductive, le point de départ est un résultat d'expérience, donné soit par l'intuition comme dans les axiomes mathématiques, soit par la généralisation de l'induction comme dans le principe de la gravitation. Le système des conséquences et de l'enchaînement n'est pas moins opposé dans les deux méthodes. Dans la méthode subjective, les conséquences sont métaphysiques comme le* point de départ, n'ont besoin que de satisfaire à la condition d'être logiques, et ne trouvent ni ne requièrent les confirmations à posteriori de Texpérience ; aussi s'élendentelles sans peine à perte de vue. Dans la méthode déductive, les conséquences ne valent qu'après vérification expérimentale; la déduction indique, l'expérience vérifie; aussi ne s'étendent-elles qu'avec lenteur et par un travail tout à fait analogue à celui qui a créé expérimentalement les points de départ ou principes.
Avec cette vue précise des deux méthodes, revenons à M. Comte et à ce qu'il a fait logiquement. Il a brouillé et confondu les deux méthodes d'une façon inextricable. En effet, son point de départ est celui de la méthode déduc-
tive: je lui concède, et en cela j*obéis, disciple fidèle de la philosophie positive, à une pleine conviction, je lui concède qu'il est placé à un point de vue universel, ou, pour parler plus précisément, au point de vue le plus élevé que la connaissance humaine ait encore obtenu. Arrivé là, que devait-il faire? employer la méthode déductive. Que fait-il réellement? il emploie la méthode subjective, c'est-à-dire que, de ce point de vue universel légitimement conquis, il tire les conséquences non que l'expérience vériQe, mais que son imagination ou, si l'on veut, une logique subjective lui fournit ; car ici, entre l'imagination et la logique subjective, je ne fais aucune distinction.
Mais, dira-t-on, puisque, en mathématique, on déduit de quelques axiomes une longue suite d'incontestables véri-tés, pourquoi, en sociologie, en politique positive, M. Comte, partant d'un principe que vous reconnaissez valable, n'aurait-il pas déduit des vérités également incontestables? La réponse, bien simple, m'est fournie par un des principes Jes mieux assurés de la philosophie positive, un de ceux que M. Comte a le plus fermement posés, et qui lui font le plus d'honneur, c'est que, plus une science est élevée hiérarchiquement, plus la faculté de déduire est diminuée. On déduit admirablement en mathématique; on déduit, grâce à Newton, pleinement en mécanique céleste ; on déduit encore beaucoup, mais moins, en physique ; la déduction se rétrécit notablement en chimie; elle se rétrécit bien davantage en biologie ; elle est à son minimum en sociologie^ Comment 4onc M. Comte aurait-il pu construire
1. Ce principe est tellement évident dans la philosophie positive, que je cite en note seulement et un seul passage de M. Comte, pris dans l'ouvrage môme où il abandonne la méthode déductive pour la méthode subjective : « Quant à la logique déductive, son principal siège se trouve nécessairement dans la science mathématique , qui en élabore pleinement tous les procédés caractéristiques. Leur uniformité naturelle ne permet, à cet égard, aux études plus élevées, d'autre participation réelle que de
aucun long enchaînement de vérités sociologiques, une re* ligion, une politique^ un avenir, là même où la possibilité logique d'enchaîner les conséquences a les bornes les plus étroites?
C'est là en effet qu'on touche du doigt la difficulté mentale qui arrêta M. Comte et lui fît faire un amalgame des deux méthodes. La méthode subjective, étant, elle, soumise non aux vérifications de l'expérience, mais seulement aux vérifications par la liaison de prémisses à conséquences, a devant elle un champ illimité; rien ne l'arrête ni ne la borne; et, grâce à elle, les métaphysiciens font, comme ils disent, des constructions qui embrassent l'homme et le monde. Au contraire, la méthode déductive n'offrait que lenteurs et obstacles ; en un mot, elle imposait la nécessité d'attendre partout l'expérience pour vérifier, corriger, rejeter ce que la théorie indique. Enserré dans ce dilemme, M. Comte glissa dans la voie des prémisses et des conséquences, voie trompeuse dans les sciences élevées et particulièrement dans la sociologie, la plus élevée de toutes. Il se rassura, parce que son principe, son point de départ était positif, et il ne vit plus que le reste cessait de l'être. De là naquit quelque chose qui n'a point d'exemple, une méthode avec une tête positive et une queue subjective ou métaphysique (c*est ia même chose), une méthode dans laquelle on ne peut trop louer le point de départ et trop se tenir en garde contre les conséquences.
Donc, la méthode étant faussée, tout est faussé, même ce qu'il y a de bon et de vrai ; une fausse méthode est comme
faire graduellement apprécier la difficulté de déduire à mesure que les spéculations se compliquent. Mais la marche et le mode des déductions y restent toujours les mômes, comme tenant seulement à notre intelligence et nullement aux objets quelconques de nos méditations Continues {IholU tiquèpotitive, l I, p. 5S6). » fin écrivant cea lignés, M. Comte condàïûnait d*afance tout ce qui, dans soh traité de Politique potitivéj dépassé la déduction la plus restreinte.
un faux jour qui dénature les meilleures formes. Dès lors la conception de M. Comte est aflëctée du même vice que toutes les conceptions qui, de données acquises d*une façon quelconque, prétendent tirer une longue série d*arrange^ ments sociaux enchaînés les uns aux autres. Il importe même peu que ces données soient vraies ou soient fausses; si fausses, la déduction est entachée de la même fausseté ; si vraies, la déduction devient très-promptement imprati-* cable ; de sorte que dans les deux ca9 on n'embrasse qu*Uiie illusion.
Qu'on ne donne pas à mes paroles une extension qu'elles ne comportent pas. Tout, il s'en faut, n'est pas à rejeter dans la Politique positive. D'abord on y admirera, comme dans toutes les œuvres de M. Comte, la puissance de tra* vail et de combinaison ; et l'on y Aent combien eet edprit est supérieur dans la disposition et le maniement des généralités. PuisTongle du lion apparaît en divers morceaux qui, dictés par de droites inspirations de la philosophie positive, méritent d'être étudiés et médités. Aussi, pour lire ce livre, faut-il se munir de la lumière de la méthode ; car il ne renferme aucune nouveauté qui n'ait besoin de la vérification expérimentale.
L*examen de la question de méthode est suffisant, et il pourrait s'arrêter ici ; mais, comme l'application de la méthode déductive à la sociolbgie en peut recevoir quelque lumière, il y a intérêt à le continuel*; car je ne prétend» ' point dire que. la sociologie n'admet aucune déduction; loin de là, elle en admet un genre tout différent de celui qu'a pratiqué M. Comte, et d'une extrême importance.
M. Comte, en divers endroits, insiste sut* les proî^riétés dé la méthode subjective, qui présida aux débuts de rhiima'nité, et qui, rendue aussi positivé que la méthode objéttiVe ou èxpérinnentalè, doit rentrer en possession de diriger left esprits : < Leur ensemble (de la méthode objective et û^ là
méthode subjective) fonde la logique vraiment religieuse, qui consacre, en les régénérant, les deux voies opposées que suivirent la théologie et la science pour préparer, chacune h sa manière, notre état Aè&nitiî (Politique positive^ 1. 1, p. 447). » Si Ton prend les termes de cette phrase et si Ton en rapproche les mots cités plus haut : Il faut que la méthode devienne sociologique^ il en résultera que l'esprit n*est pas dirigé par la méthode, mais la dirige, et que la méthode dépend du sujet, et non le sujet de la méthode ; c'est le renversement entre ce qui gouverne et ce qui est gouverné. Quoi qu'il en soit, la méthode subjective a eu son âge, qui ne doit pas revenir. L'humanité, mûrie par les siècles, ne veut plus user de la faculté qu'eut la mé* tbode subjective de poser les principes à priori, et elle ne peut user de la faculté de tirer les conséquences que dans les limites accordées par chaque science, limites d'autant plus restreintes que la science est plus compliquée. En un mot, à la méthode subjective elle a substitué la méthode déductive, qui est soumise à la double condition d'avoir des points de départ expérimentalement, acquis et des conséquences expérimentalement vérifiées.
Ainsi la méthode déductive est, ce qui doit être, la contre-partie de la méthode inductive, et, si je puis ainsi par* 1er, l'autre côté d'une échelle double. Dès lors, l'homogénéité est établie dans l'esprit. M. Comte a été le premier à apercevoir et à condamner l'hétérogénéité des conceptions actuelles qui partagent un même esprit entre des principes théologiques, métaphysiques et scientifiques ; il se vanta, et avec raison, d'avoir banni cette hétérogénéité et constitué un régime mental pleinement homogène. Mais, en réinstallant la méthode subjective qui n'a aucune place dans les sciences, il ramène l'hétérogénéité, brise l'homogénéité, et 4éfait lui-même ce qui fit sa gloire et sa puissance philosophiques.
Puisque M. Comte, manquant le vrai but, a appliqué à la sociologie la mélhode subjective, non la méthode déductive, voyons l'office que celle-ci y remplit effectivement. Encore ici rhomogénéité se manifeste : la méthode déductive, en sociologie, a justement pour l'avenir de l'histoire la même vertu que pour le passé. Arrivée au point de vue universel, comme le dit M. Comte, et de là considérant les temps écoulés, la méthode déductive signale, dans les événements successivement accomplis, ceux qui appartiennent à Tordre du développement régulier, et les sépare de ceux qui appartiennent à la catégorie des perturbations, de quelque cause qu'elles proviennent ; c'est ainsi qu'elle achève la phi« losophie de l'histoire et en assure les lois. Semblable est son rôle pour les événements de l'avenir, c'est-à-dire qu'elle reconnaît ceux qui appartiennent au développement régulier, et les sépare de ceux qui n'y appartiennent pas. Mais, comme ces événements à venir n'existent pas encore, et que, en raison de la complexité de la sociologie, elle ne peut les deviner que dans la limite la plus restreinte, il lui faut attendre qu'ils se produisent. Son office, et c'en est un de suprême importance qu'elle seule peut remplir, consiste alors à montrer aux gouvernements et aux peuples de quels de ces événements il faut favoriser l'évolution, et quels il faut étouffer à leur naissance. Tel est le programme de la politique positive; elle est tout entière, non dans des conséquences lointaines que la sociologie ne comporte pas, mais dans des conséquences prochaines, qui sont fournies par la trame des événements et qu'elle enseigne à juger et à diriger.